← Revenir aux actualités
Yvelines

Conseil Départemental

Yvelines


Culture
Consulter l'article original
Les prêts d’œuvres du Musée départemental Maurice Denis

Les prêts d’œuvres du Musée départemental Maurice Denis

Le Musée départemental Maurice Denis, à Saint‑Germain‑en‑Laye, conserve l’une des plus importantes collections nabi. Des salles du musée d’Orsay au Metropolitan Museum of Art jusqu’aux cimaises de Tokyo, ses œuvres voyagent en France et dans le monde entier. Un rayonnement qui a un impact positif sur la notoriété de ce musée yvelinois.

Le Musée Départemental Maurice Denis est situé à Saint-Germain-en-Laye. © CD78

Le Musée Départemental Maurice Denis est situé à Saint-Germain-en-Laye. © CD78

Lors de l’Assemblée départementale du 3 avril dernier, les élus ont approuvé le prêt de 19 œuvres à quatre institutions qui en ont fait la demande : le Royal Łazienki Museum à Varsovie, le Musée Fourvière à Lyon, le Musée Bourdelle et le Musée de Montmartre à Paris.

Avec en moyenne une trentaine d’œuvres prêtées chaque année en réponse aux sollicitations de Musées de France et du monde entier, le Musée départemental Maurice Denis a su tisser des relations de confiance avec ses pairs. Elisabeth Verbecq, chef du Service Conservation & Valorisation des Collections et Régisseur des collections au Musée départemental Maurice Denis précise que « depuis la crise sanitaire et économique, les œuvres ont moins tendance à quitter le territoire européen. »

Dans l’ombre du régisseur des collections

Derrière ces prêts, un personnage essentiel veille dans l’ombre : le régisseur. C’est lui (ou elle) qui prépare chaque départ comme on prépare une expédition précieuse. Il inspecte les toiles, ajuste les caisses, contrôle l’humidité, vérifie les assurances, accompagne parfois les œuvres comme un gardien silencieux. Rien n’est laissé au hasard_._ Une œuvre qui part doit revenir intacte, comme si elle n’avait jamais quitté son atelier.

Dans les salles des musées d’accueil, le régisseur observe les accrochages, scrute les lumières, vérifie les fixations. Il est le premier à voir l’œuvre s’installer dans un nouveau décor, le dernier à la saluer avant son retour.

Ces déplacements, invisibles pour la plupart des visiteurs, tissent pourtant une toile immense. Ils nourrissent la recherche, créent des ponts entre institutions.

Comme le disait l’historien de l’art américain John Klein, spécialiste reconnu du peintre Maurice Denis à la Washington University de St. Louis, «Les œuvres de Maurice Denis voyagent parce qu’elles parlent à tous. Elles portent une lumière, une sérénité, une intensité qui résonnent bien au‑delà de leur époque. »

En France : les œuvres retrouvent leurs familles d’artistes

En France, les tableaux et dessins du musée saint-germanois quittent régulièrement leur demeure yvelinoise pour rejoindre les grandes institutions. Le Musée Bourdelle, le Musée de Montmartre ou encore celui de Fourvière à Lyon ont souvent exposé ses œuvres, permettant de les replacer dans les récits plus larges sur la modernité, le symbolisme ou l’aventure nabi. Il y a quelques mois, le Musée des Arts Déco à Paris a accroché la toile de Paul Sérusier pour son exposition dédiée au grand couturier Paul Poiret.

A Orsay, des tableaux majeurs comme La Visitation et Le Mystère catholique ont retrouvé leurs compagnons nabis sous les lumières du grand musée parisien. À Lyon, certaines œuvres s’insèrent dans une réflexion plus vaste sur l’évolution de l’art européen au tournant du XXe siècle.

Les sorcières autour du feu, 1891, Paul-Elie Ranson (1861-1909) – Huile sur toile. Ce tableau a été prêté au musée de Pont-Aven dans le cadre de son exposition sur les sorcières en novembre 2025.

En Bretagne, terre d’inspiration et de souvenirs pour Maurice Denis, le musée de Pont‑Aven accueille régulièrement ses créations comme celles d’un enfant du pays, fidèle à l’héritage de Gauguin et des Nabis.

En Europe, des dialogues renouvelés

Au-delà de nos frontières, la collection du musée départementale poursuit son itinérance dans toute l’Europe où elle est très sollicitée. En Suisse, des œuvres (comme Le Printemps) ont trouvé un écrin à la Fondation de l’Hermitage de Lausanne où leur dimension décorative et poétique résonne particulièrement. En Allemagne, les musées de Brême et de Wiesbaden ont accueilli des tableaux pour les intégrer dans des expositions consacrées au symbolisme européen ou aux spiritualités modernes.

Du côté de la Belgique, La Mère à l’enfant a pris place parmi les avant‑gardes de 1900 aux Musées royaux des Beaux‑Arts de Bruxelles. En ce moment, et jusqu’en juillet 2026, plusieurs peintures du musée yvelinois sont accrochées à Barcelone dans le cadre de l’exposition « Les Nabis, prophètes d’un art nouveau », notamment deux œuvres remarquables : « Saintes femmes au tombeau » ou « Madame Ranson au chat »

Saintes Femmes au Tombeau, Mâtinée de Pâques, 1894 Maurice Denis (1870-1943) Huile sur toile

Au-delà des mers

Mais c’est hors d’Europe que le voyage devient presque romanesque.

Le Japon, fasciné par la pureté des lignes et la dimension décorative des Nabis, accueille les œuvres de Maurice Denis avec une ferveur singulière. Au Musée d’Art Hyogo de Kobe, Le Paradis a trouvé un public attentif ; à Nagoya, La Légende de Saint Georges a illustré les échanges artistiques entre France et Japon ; à Tokyo, Le Bois sacré a été contemplé avec une attention presque méditative. « Madame Terrasse et ses enfants », une encre et aquarelle de Pierre Bonnard a également été prêtée au Musée Mitsubishi Ichigokan de Tokyo.

Aux États‑Unis, les musées de New York, Boston, Chicago, Cleveland ou Portland et au Canada le musée de Toronto, ont présenté les œuvres de la collection nabi (Pierre Bonnard, Edouard Vuillard, Maurice Denis, Félix Vallotton) comme autant de jalons d’une modernité spirituelle et sensible. Plus loin encore, au-delà des océans, Melbourne (Australie), Séoul (Corée du Sud) ou São Paulo (Brésil) ont offert à La Baigneuse, La Femme au châle bleu ou La Jeune Fille au bouquet de nouveaux horizons.

Maternité à Mercin, 1896-1897 Maurice Denis (1870-1943) ; Huile sur carton

Ainsi, tandis que le musée départemental Maurice Denis reste ancré dans la terre des Yvelines, son esprit, lui, voyage aux quatre coins du monde. L’itinérance de ses pièces artistiques prolonge l’ambition du peintre des Nabis : faire de l’art un langage universel, accessible et profondément humain.


← Revenir aux actualités