
Lu dans l’Écho : "Commémorer, c’est transmettre des valeurs démocratiques"
« Le 9 novembre 2026 sera un grand jour de la Mémoire. Le Département du Pas-de-Calais est l’un des membres fondateurs de la Mission Patrimoine de la Première Guerre mondiale qui organise, du 3 au 11 novembre 2026, des Grands Jours de la Mémoire dans les territoires concernés par les sites funéraires et mémoriels de la Grande Guerre inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO », indique Jean-Claude Leroy, le président du Département. Au-delà de la cérémonie commémorative du 11 novembre, journée nationale de la victoire et de la Paix et d’hommage à tous les Morts pour la France, la Mission Patrimoine de la Première Guerre mondiale souhaite rendre « vivante et concrète » la mémoire de la Grande Guerre.
« Perpétuer cette mémoire est un devoir », rappelle Jean-Claude Leroy. « Nous nous engageons à faire vivre les sites mémoriels pour que les générations futures comprennent leur histoire et les valeurs de paix qu’ils portent ». Ce grand jour de la Mémoire dans le Pas de-calais se déroulera au cimetière du Faubourg d’Amiens à Arras.
Crédit photo :Y. Cadart / CD62
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Questions à Valérie Cuvillier, vice-présidente en charge de la culture et des enjeux liés au patrimoine
Quelle était la motivation du Département du Pas-de-Calais en participant à la démarche d’inscription des sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale français inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO ?
V. C. : Le Pas-de-Calais porte dans ses paysages une histoire qui nous oblige. Notre département a été profondément meurtri par la Première Guerre mondiale : 186 communes sur 905 rayées de la carte, près de 35 000 hommes tués ou disparus, soit 14 % des mobilisés. Les cimetières et mémoriaux de nombreuses nations témoignent encore aujourd’hui de cette histoire. Nous avons donc fait le choix de ne pas laisser cette mémoire s’effacer. Dès 2008, le Département s’est inscrit dans la dynamique européenne engagée à l’approche du centenaire de la Première Guerre mondiale. Il a pris une part active aux grands projets qui ont structuré nos territoires, de Notre-Dame-de-Lorette au monument des fraternisations, des jardins de la Paix aux nombreux projets portés par les communes et les associations, tout en développant ses propres actions culturelles et pédagogiques.
En 2011, il est devenu l’un des membres fondateurs de l’association chargée de porter, en France, le projet d’inscription des sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale du Front Ouest. L’inscription obtenue en septembre 2023 est venue consacrer ce travail collectif. Mais cette inscription ne constitue pas pour nous un aboutissement. Elle est une reconnaissance du travail accompli pour préserver et transmettre l’histoire commune des peuples engagés dans la Grande Guerre, mais elle est surtout une responsabilité supplémentaire ; celle de continuer à faire vivre cette mémoire pour les générations futures. Car ces lieux ne sont pas seulement des témoignages de la guerre, ils peuvent aussi porter un message universel. L’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, est une reconnaissance importante. Mais elle est surtout une responsabilité supplémentaire. Ces lieux nous racontent une histoire de guerre. À nous d’en faire aussi des lieux de paix.
Comment le Département envisage et participe aux différentes commémorations (Première et Deuxième Guerre, Journée du souvenir des victimes de la Déportation…) ?
V. C. : Commémorer, ce n’est pas seulement se souvenir. C’est aussi transmettre des valeurs, faire vivre notre histoire commune et rappeler combien la paix, la liberté et la démocratie sont précieuses. Le Département s’est fortement mobilisé entre 2013 et 2018 à l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale. Cette période a permis de faire émerger de nombreux projets dans les territoires et de renforcer durablement notre politique en faveur de la mémoire et de la valorisation de notre histoire. Aujourd’hui, nous poursuivons cette dynamique en l’élargissant à l’ensemble de notre histoire départementale : la Première et la Seconde Guerre mondiale, la Déportation, mais aussi, plus largement, tout ce qui contribue à faire vivre notre mémoire collective et les valeurs démocratiques auxquelles nous sommes attachés. Cette implication se traduit d’abord par la présence de nos élus lors des grandes commémorations nationales et locales : 8-Mai, 11-Novembre, Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation, mais aussi les cérémonies organisées dans les communes.
Les conseillers départementaux y participent aux côtés des associations, des anciens combattants, des porte-drapeaux et des habitants, notamment à travers les dépôts de gerbes et les temps de recueillement. Le Département accompagne également les communes et les associations qui portent des projets mémoriels. Un dispositif d’aide aux opérations mémorielles et de valorisation historique a été mis en place, que nous avons complété cette année par un soutien à l’achat ou à la restauration des drapeaux associatifs. Cette aide est à la fois concrète et symbolique. Derrière chaque drapeau, il y a des bénévoles qui font vivre les cérémonies et assurent, souvent depuis de nombreuses années, la transmission de la mémoire dans nos territoires. Nous voulons reconnaître leur engagement, préserver ce patrimoine fragile et permettre que ces cérémonies continuent à avoir tout leur sens.
Enfin, le Département mobilise ses établissements et ses services – la Coupole d’Helfaut, les Archives départementales, la Maison de l’Archéologie, les directions de la Culture, de l’Éducation et des Collèges, des Sports, ainsi que Pas-de-Calais Tourisme – pour préserver et valoriser notre patrimoine mémoriel. Expositions, conférences, publications, actions culturelles, spectacles ou manifestations sportives : nous voulons que la mémoire vive toute l’année, dans les territoires et auprès de toutes les générations.
Parce que notre responsabilité n’est pas seulement de commémorer le passé. Elle est aussi de faire vivre les valeurs qu’il nous enseigne et de transmettre aux générations futures le sens de la paix, de la liberté et de la fraternité.
Quels sont les enjeux pour la jeunesse notamment ?
V. C. : C’est essentiel aujourd’hui, parce que la situation géopolitique que nous connaissons nous invite plus que jamais à connaître notre histoire. Quand la guerre revient aux portes de l’Europe et que les tensions internationales se multiplient, nous devons donner à notre jeunesse les clés pour comprendre ce qui se joue. Connaître notre histoire, c’est comprendre comment les conflits peuvent naître, mesurer leurs conséquences humaines et prendre conscience de la valeur de la paix. On dit souvent que celui qui ne connaît pas son histoire est condamné à la revivre. Cette formule résume bien le sens du devoir de mémoire : il ne s’agit pas de regarder le passé avec nostalgie, mais de s’appuyer sur ce que nous avons appris pour éclairer le présent et préparer l’avenir. C’est aussi donner aux jeunes les outils pour exercer leur esprit critique face à la désinformation, aux discours de haine et aux tentatives de réécrire l’histoire.
Le Département agit très concrètement auprès des collégiens, notamment à travers les Classes mémoire organisées à la Coupole d’Helfaut pour les élèves de troisième. Ils y découvrent l’histoire de la Résistance et de la Déportation à travers les lieux, les archives et les témoignages. Certains participent également à des ateliers d’écriture ou réalisent des portraits de résistants.
Cette année, cette démarche prend une dimension toute particulière avec Lili Leignel-Rosenberg, ancienne déportée et marraine des classes mémoire de la Coupole. Elle continue de témoigner auprès des jeunes et de leur raconter ce qu’elle a vécu. Sa parole est irremplaçable. Lorsqu’un jeune peut entendre directement le témoignage d’une femme qui a vécu la Déportation, l’Histoire cesse d’être une succession de dates : elle devient une histoire humaine, faite de vies, de choix, de courage et de souffrances. Nous sommes également engagés aux côtés de l’Éducation nationale dans le Concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD). Toutes ces actions contribuent à former des citoyens éclairés, capables de comprendre leur histoire, de faire preuve de discernement et de prendre leur place dans une Europe construite sur la réconciliation des peuples. Si nous voulons, comme le rappelle l’UNESCO, ‘construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes’, nous avons un devoir de transmettre aux nouvelles générations les valeurs d’humanité, de fraternité, de liberté et de respect de l’autre. Dans un département qui a connu sur son sol les horreurs de la guerre, notre responsabilité est de faire comprendre que la paix n’est jamais acquise. Se souvenir des guerres, c’est aussi apprendre à construire la paix.
Crédit photo :J. pouille / CD62
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Faire mémoire autrement
L’objectif du « grand jour de la Mémoire », le lundi 9 novembre 2026, est de « mettre en lumière » le cimetière du Faubourg d’Amiens, site retenu par le Département et la Commonwealth War Graves Commission - CWGC qui a la charge des cimetières, monuments commémoratifs, tombes, paysages et archives dans 23 000 lieux et dans plus de 150 pays et territoires -, notamment grâce au grand parking de la Citadelle situé juste en face. Mettre en lumière ce cimetière, c’est aussi mettre en lumière les acteurs, les initiatives qui le font vivre. Le Département et ses partenaires ont imaginé « une expérience commémorative en trois temps ». Le temps du « ressentir » sera le plus spectaculaire.
De 18 h 30 à 20 heures, une mise en lumière « exceptionnelle et respectueuse » du mémorial sera accompagnée de projections de films (provenant de l’Imperial War Museum) et de photographies d’archives liées à l’histoire du site (son inauguration le 31 juillet 1932 par exemple), le tout animé par le Somme Battlefield Pipe Band présent dans le cimetière jouxtant le Jardin de la Paix écossais. La visite du site s’effectuera par groupes d’une vingtaine de personnes. Il y aura un autre temps pour « comprendre », avec une table ronde organisée dans le cadre du partenariat entre la Mission Patrimoine de la Première Guerre mondiale et la série documentaire historique Champs de Bataille - La Série créée et présentée par l’historien et journaliste Serge Tignères, accessible gratuitement sur YouTube. Du 3 au 11 novembre, chaque table ronde fera connaître les sites, leurs histoires et les enjeux mémoriels qui leur sont associés, en privilégiant la participation de jeunes. Dans le Pas-de-Calais, la table ronde – installée dans le bel auditorium Danièle-Seux des Archives départementales à Dainville - abordera les aménagements paysagers des lieux de mémoire au travers des expériences de la CWGC et du Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge (service pour l’entretien des sépultures militaires allemandes), mais aussi l’appropriation de la mémoire de la Grande Guerre par la jeunesse. Des expositions seront parallèlement présentées, en marge de la mise en lumière, en plein air ou en intérieur. Le programme complet sera disponible sur le site internet des archives départementales : archivespasdecalais.fr.
Le cimetière du Faubourg d'Amiens : un site emblématique
Situé à proximité de la Citadelle, le cimetière du Faubourg d’Amiens comprend deux mémoriaux, Arras Flying Services Memorial et Arras Memorial, conçus par Sir Edwin Lutyens, avec des sculptures de Sir William Reid Dick. L’aménagement du cimetière a débuté en mars 1916, derrière un cimetière militaire français établi auparavant. Il a été utilisé par les ambulances de campagne et les unités combattantes jusqu’en novembre 1918.
Crédit photo :Y. Cadart / CD62
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Le cimetière a été agrandi après l’Armistice, lorsque des tombes provenant des champs de bataille et de deux cimetières plus petits des environs y ont été transférées.
Le cimetière compte 2 657 sépultures du Commonwealth datant de la Première Guerre mondiale.
Après la guerre, les tombes du cimetière militaire français ont été transférées vers d’autres lieux de sépulture, et le terrain qu’elles occupaient a servi à l’édification des deux mémoriaux.
Le Arras Memorial, situé à proximité immédiate, rend hommage à 34 785 militaires du Royaume-Uni, d’Afrique du Sud et de Nouvelle-Zélande. Ces hommes, qui n’ont pas de sépulture connue, sont tombés dans le secteur d’Arras entre le printemps 1916 et le 7 août 1918. Les événements marquants de cette période furent l’offensive d’Arras (avril-mai 1917) et l’offensive allemande du printemps 1918.
Le Arras Flying Services Memorial, grand obélisque en pierre de Portland, entouré d’une pelouse, commémore plus de 1 000 aviateurs du Royal Naval Air Service, du Royal Flying Corps et de la Royal Air Force — qu’ils aient été détachés d’autres corps d’armée du Commonwealth ou qu’ils se soient engagés directement dans l’aviation — tués sur l’ensemble du front de l’Ouest et n’ayant pas de sépulture connue.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Arras a abrité le quartier général des forces britanniques jusqu’à l’évacuation de la ville le 23 mai 1940. Arras est ensuite restée aux mains des Allemands jusqu’à sa reprise par les forces du Commonwealth et de la France libre le 1er septembre 1944.
Le site compte huit sépultures de la guerre 1939-1945, comprenant trois soldats et quatre aviateurs du Royaume-Uni, ainsi qu’une victime non identifiée.
Un patrimoine reconnu au niveau international
Le 20 septembre 2023, le Comité du Patrimoine mondial de l’UNESCO inscrivait sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité 139 sites funéraires et mémoriels français, allemands, belges, américains, italiens et du Commonwealth de la Première Guerre mondiale, répartis entre la France et la Belgique. Afin d’assurer la gestion et la valorisation de ces lieux de mémoire, le ministère des Armées, les Conseils départementaux et régionaux ainsi que les principaux gestionnaires de sites concernés (l’Office national des combattants et victimes de guerre pour les nécropoles nationales françaises ; le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge, l’American Battle Monuments Commission et le Commonwealth War Graves Commission) ont unis leurs efforts et créé une Mission de gestion et de suivi du bien.
Cette Mission vise à mutualiser les moyens des collectivités territoriales et de l’État avec ceux des structures chargées de la gestion et de la valorisation des sites.
Elle associera également les communes, musées et offices de tourisme. L’objectif est de favoriser la protection et la valorisation des sites de la Première Guerre mondiale.
139 sites dont 14 sont dans le Pas-de-Calais
- Mémorial indien du Commonwealth à Richebourg
- Cimetière militaire portugais de Richebourg-l’Avoué
- Mémorial national canadien de Vimy à Givenchy-en-Gohelle
- Canadian Cemetery n°2 à Neuville-Saint-Vaast
- Givenchy Road Canadian Cemetery à Neuville-Saint-Vaast
- Lichfield Crater à Thélus
- La Targette British Cemetery à Neuville-Saint-Vaast
- Cimetière militaire allemand de la Maison Blanche à Neuville-Saint-Vaast
- Cimetière militaire tchécoslovaque de Neuville-Saint-Vaast
- Nécropole nationale française de Notre-Dame-de-Lorette à Ablain-Saint-Nazaire
- Faubourg d’Amiens Cemetery, Arras Memorial et Arras Flying Services Memorial à Arras
- Dud Corner Cemetery et Loos Memorial à Loos-en-Gohelle
- Etaples Military Cemetery à Étaples-sur-Mer
- Wimereux communal cemetery à Wimereux
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