Conseil Départemental
Nord
Yannick Lemaire et Harmonia Sacra : 25 ans de baroque en partage !
Depuis bientôt 25 ans, l’ensemble musical Harmonia Sacra, soutenu par le Département, œuvre pour la démocratisation de la musique baroque dans le Valenciennois et au-delà. Rencontre avec Yannick Lemaire, son directeur passionné… et passionnant !
Qui se cache derrière Harmonia Sacra ?
Yannick Lemaire : Harmonia Sacra est un ensemble de musique baroque à géométrie variable ! Une quinzaine de musiciens compose le noyau de notre ensemble, mais nous organisons surtout des programmes en petite forme, avec des ensembles de 3 ou 4 musiciens à la fois. Cela nous permet d’organiser des concerts dans des lieux atypiques, comme des granges, des salles des fêtes ou des bibliothèques par exemple.
Les musiciens de l'ensemble baroque Harmonia Sacra se produisent dans tout le Hainaut
Comment est né votre ensemble baroque ?
Y.L. : C’était en 2002. Originaire du Valenciennois, j’avais terminé mes études de musicologie en Touraine et décroché mon diplôme de direction de chœur à Paris. Je souhaitais trouver un poste de chef de chœur, et le constat était évident qu’il n’y avait quasi pas d’ensemble de musique ancienne en territoire. À cette époque, l’Opéra de Lille était encore en travaux, j’ai donc décidé de créer mon propre ensemble en collaboration avec Fabien Guilloux, musicologue. Harmonia Sacra est né comme ça.
Pourquoi l’avoir implanté dans le Valenciennois ?
Y.L. : J’ai su toute de suite que mon ensemble devait se monter là. J’ai un lien très fort avec le Valenciennois, c’est là que j’ai grandi. Et puis nous sommes dans l’ancien Comté du Hainaut qui appartenait un temps aux Pays-Bas méridionaux. Ce fut une terre très riche en matière de baroque avec de nombreux artistes, architectes et musiciens. Il reste de nombreuses traces de cette époque : avec d’autres musiciens, des chercheurs et des historiens, nous explorons ce patrimoine, et petit à petit, on arrive à redessiner le paysage artistique du Hainaut, véritable pôle européen de la musique de la Renaissance en son temps.
Harmonia Sacra est aussi reconnu partout en Europe ?
Y.L. : Transmettre fait partie de notre ADN. Avec « A l’école du Baroque », nous sommes engagés dans plusieurs programmes éducatifs des ministères de l’Education Nationale et de la Culture : nous portons une attention particulière aux scolaires et à l’insertion professionnelle des jeunes musiciens. Nous avons des résidences « Jeunes création » qui nous permettent d’accueillir des étudiants des conservatoires de Paris, Bruxelles ou Lyon. Nous collaborons avec d’autres enseignants de musiques anciennes pour accueillir des étudiants de Londres, d’Italie ou de Bâle. C’est un réel partage qui se fait en toute simplicité, on est heureux de donner envie au-delà de nos frontières !
Parlez-nous de votre festival Embar(o)quement immédiat, comment est-il né ?
Y.L. : Je ne viens pas d’une famille très « cultureuse », je suis un pur produit de la République ! J’ai eu la chance de faire de belles rencontres et d’avoir été bien entouré. Cela m’a donné envie de partager la musique avec tous, je ne voulais pas travailler uniquement pour les mélomanes. Lille 2004, Capitale européenne de la Culture a créé un appel d’air dans la région. Nous travaillions à l’époque sur le patrimoine musical des jésuites. Suite à ce temps fort, la Région a beaucoup investi dans les capitales régionales de la Culture. Valenciennes en a bénéficié en 2007, et c’est grâce à cela que nous avons pu monter la première édition de notre festival : un mois de musique et de mise en valeur des compositeurs du territoire qui fut l’acte fondateur d’Embaroquement. Les élus nous ont interpellés sur la qualité et l’intérêt de notre programme, avec la volonté de nous soutenir dans le temps. C’est notre 20e édition cette année !
Comment se déroule le festival ?
Y.L. : Chaque année, durant le mois de mai, nous programmons une quarantaine de rendez-vous autour de la musique baroque. Des concerts évidemment, mais aussi des spectacles, expositions, rencontres, ateliers… Pour l’occasion, nous invitons des musiciens étrangers qui viennent enrichir la programmation et nos échanges. Nous pouvons jouer au Phénix à Valenciennes, comme dans des églises de campagne, des médiathèques, des musées ou des salles des fêtes de tout le Hainaut. Le festival Embaroquement est un terrain de jeu incroyable qui nous pousse à aller à la rencontre des gens, à être inventif. Nous devons composer avec les budgets des communes qui doivent parfois faire à l’économie. Nous travaillons avec un tissu associatif très riche.
La mobilité semble être au cœur de votre action, c’est ce qui a motivé la création de l’Opérabus ?
Y.L. : Ce festival questionne en effet la mobilité. Avec le temps, on a cherché à structurer la mobilité inversée. Le Baroque correspond aux siècles de l’invention du spectacle, à l’art de faire vivre une expérience immersive aux spectateurs. Comment réussir à faire vivre une image qui n’est pas la réalité dans une salle de motricité pour enfants ou autres structures mal adaptées ? En 2014, on bénéficiait d’un mécénat de Transville, notre bilan questionnait aussi l’envie des artistes : on souhaitait vraiment pouvoir proposer une immersion dans le spectacle, on voulait en faire plus pour le décor. L’idée d’un bus aménagé en mini opéra a germé, d’abord sur le ton de la plaisanterie, puis plus sérieusement après que Transville nous ait proposé l’un de ses bus en réforme.
L'Opérabus, c’est donc une salle d’opéra roulante ?
Y.L. : C’est ça ! C’est un opéra miniature au décor soigné, une salle itinérante et autonome dans un ancien bus de ville qu’on a mis un an à transformer. Depuis son lancement en 2015, on a touché des dizaines de milliers de personnes grâce à lui, alors qu’il n’y a que 29 places à l’intérieur ! L’Opérabus a montré sa pertinence, il va là où on l’invite, jusqu’au sud de la Loire : dedans on peut faire jusque 3 ou 4 représentations par jour. Cela nous permet d’immerger les gens dans l’univers baroque, de leur mettre le pied à l’étrier, beaucoup sont agréablement surpris. Chez Harmonia Sacra, on n’a jamais été dans les cases, aujourd’hui, on est reconnus pour ça !
Une représentation comme à l'opéra, mais dans un bus !
Vous ne vous arrêtez jamais ! Parlez-nous aussi de votre projet de centre musical de rencontre à Valenciennes
Y.L. : Depuis nos débuts, nous n’avions pas de locaux dédiés, ni pour nos bureaux, ni pour répéter. On cherchait un lieu ouvert à tous sans trop de précision, on savait juste qu’on voulait rester sur Valenciennes où notre ancrage est important. La providence nous a mis sur le chemin des propriétaires de l’Hôtel de Barneville, situé en plein centre-ville. Quand on a découvert cet ancien hôtel particulier du 18e siècle, on s’est tout de suite projetés ! Ce nouveau centre musical de rencontre permettra de faire se rencontrer les gens, de leur faire découvrir l’univers baroque, ce sera un lieu de ressourcement et de partage. On l’a d’ailleurs vécu lors de l’Urban trail de Valenciennes où près de 3000 personnes ont couru dans nos salons pendant que le musicien Jean-Luc Ho jouait du clavecin !
L’Hôtel de Barneville sera donc une sorte de musée vivant ?
Y.L. : On doit d’abord lancer les travaux, mais d’ici 18 mois, on projette de consacrer deux-tiers du bâtiment à un espace muséographique vivant. Nous possédons déjà 21 instruments baroques de collection, dans un état exceptionnel, notamment des copies et reconstitutions de clavecins du 17e siècle de la famille Rucker. Ces instruments seront accessibles aux musiciens et interprètes qui les feront découvrir au public et l’inviteront à des représentations, des conférences, des ateliers...
Il y aura aussi deux espaces d’expositions temporaires, un salon de musique baroque, des chambres pour les résidences, et on l’espère, une petite cafeteria pour venir se restaurer au doux son des répétitions ! Et nos bureaux évidemment… En tout cas, on sera largement ouvert au public, et on accueillera aussi facilement les scolaires grâce au tram tout proche. Cette structure viendra compléter l’offre touristique locale, avec le Phénix et le musée des Beaux-Arts.
Yannick Lemaire devant un clavecin Rucker du 17e siècle qui sera exposé à l'Hôtel de Barneville
Le mot de la fin ?
Y.L. : On n’a pas attendu le projet de l’Hôtel de Barneville pour faire découvrir au plus grand nombre la musique baroque. Mais je pense qu’il y aura un avant et un après : avant, on aura travaillé 25 ans en direction de tous les publics, et après, les 25 années qui se préparent vont nous permettre de développer la transmission de notre passion. Ce qui est sûr, c’est qu’on se réinvente tout le temps, on reste inventif et le partage est notre raison d’être.
Harmonia Sacra, médaillé de la Renaissance Française
Le 3 mai dernier, l’ensemble Harmonia Sacra a reçu en sous-préfecture une médaille d’argent de la Renaissance Française. Cette médaille récompense l'engagement d'Harmonia Sacra en faveur de la promotion de la musique et de la culture française, et plus particulièrement du patrimoine musical du Hainaut en France et dans le monde entier.
Pour soutenir la transformation de l'Hôtel de Barneville, faites un don sur le site de la Fondation du Patrimoine !Toute la programmation et la billetterie du festival Embar(o)quement immédiat sur le site officiel