Conseil Départemental
Nord
"L'inclusion, ça commence par un dialogue"
Originaire de Prémesques, Charles Goemans est un battant que rien n'arrête. Pas même une tornade qui l'a laissé en situation de handicap physique il y a bientôt 12 ans. Depuis, cet ancien arboriste-grimpeur s'est inventé de nouveaux rêves et veut relever un défi un peu fou pour faire changer le regard sur le handicap. Rencontre.
On s'y attendait un peu et on n'a pas été déçus. Charles Goemans nous a mis, au photographe et à moi-même, une bonne claque. Au sens figuré bien sûr, car ce dynamique Prémesquois n'aime rien tant que les rencontres et le dialogue.
Et une certaine forme de vitesse aussi. Après mon accident, j'ai été en fauteuil roulant, puis j'ai eu des cannes, puis des bâtons de marche. Mais tout ça ne me permettait pas d'avancer assez vite ! Du coup je suis remonté sur mon vélo, mais j'ai fait plusieurs chutes. Charles Goemans achète alors un tricycle d'occasion... qui bascule dès qu'il prend un peu de vitesse, le centre de gravité étant trop haut. C'est donc désormais en vélo couché - financé par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) - qu'il se déplace pour tous ses trajets. Du plus court au plus long, de celui qui mène à la boulangerie du coin à celui qui permet d'aller au plus loin de soi-même.
Tout réapprendre
Les longs chemins, Charles Goemans en a déjà parcouru un certain nombre. Alors qu'il n'avait que 25 ans et travaillait comme arboriste-grimpeur, il part en Australie pour vivre quelque chose de grand, un peu comme font parfois les gens avant de fonder une famille. Il parcourt 22 000km en 18 mois, jusqu'à ce qu'une tornade ne se mette en travers de sa route.
C'était un vendredi 13... des vents à 300km/h... Avec mon pote, on était à l'abri mais on est partis voir si les voisins avaient besoin d'aide. Un arbre s'écroule devant leur véhicule, Charles Goemans cherche à l'éviter et perd le contrôle. Huit tonneaux plus tard, éjecté à plusieurs dizaines de mètres malgré le port de la ceinture, il est héliporté dans le coma à l'hôpital de Perth.
Quand je me suis réveillé, toute la partie droite de mon corps ne bougeait plus. Aujourd'hui j'ai des plaques et des vis partout : mon corps, on dirait Casto !, plaisante-t-il. Rapatrié en France, il est hospitalisé plusieurs mois à Lille puis passe 18 mois au centre de rééducation de l'association L'Espoir à Villeneuve d'Ascq. J'ai dû tout réapprendre : parler, marcher, me diriger. Je suis né une deuxième fois. C'était dur, mais avec le recul, c'était la partie la plus facile.
Trouver sa place dans la société
Car durant toute sa rééducation, Charles Goemans vit dans une bulle de bienveillance, entouré de compagnons d'infortune qui forment comme une seconde famille. Mais en sortant, j'ai eu l'impression d'être lâché dans la jungle. Les gens ne prennent pas de pincettes, personne ne fait attention à toi. Certains jours, je ne prenais ma canne que pour justifier ma démarche claudiquante. Pour qu'on arrête de me considérer comme un mec bourré.
Je suis un battant, j'ai été éduqué comme ça. Je suis quelqu'un qui va de l'avant et j'ai plus souffert du regard des autres que de mes blessures physiques.
Charles Goemans
Charles Goemans fait un bilan de compétences avec une équipe UEROS (Unités d'évaluation de réentrainement et d'orientation sociale et professionnelle) et décroche plusieurs contrats. Mais il se fatigue vite, ne peut se concentrer très longtemps et a besoin d'être debout ou en mouvement. Alors à chaque fois, c'est le même constat : Charles est très motivé, il s'intègre bien à l'équipe mais il ne rentre pas dans les cases, entend-il. Qu'à cela ne tienne, sa propre case, il va la créer lui-même.
Faire exploser les barrières
C'est ainsi que l'association Step by step, en route vers l'infini des chemins voit le jour. Des mots anglais pour parler à tous, et "l'infini des chemins" parce qu'on peut parcourir des chemins toute sa vie sans faire deux fois le même. Le projet qui va avec est à la mesure de son créateur : relier le cap Nord en Norvège, en vélo couché, soit près de 5000 km aller-retour.
Avec les Jeux Paralympiques à Paris, j'ai cru que le regard des valides allait changer mais on est vite retombés dans l'oubli. Je suis allé raconter mon parcours dans des écoles, dans mon ancien collège, en entreprise. Maintenant, je pars réaliser mon rêve d'aller au cap Nord. Je veux faire exploser les barrières et montrer qu'on peut être handicapé et rêver encore plus grand.
Charles Goemans part volontairement seul, convaincu qu'il sera ainsi plus ouvert aux rencontres et à l'échange. Il emporte avec lui le strict minimum. Il aurait pu prendre des panneaux solaires mais aurait alors été 100% autonome. Je veux aussi dépendre des autres car j'ai besoin de ce contact. Mon projet, c'est 50% de performance sportive et 50% de rencontre. Je vais faire de mon handicap une force, et le transformer en bonheur.
Suivez le périple de Charles Goemans !
Plusieurs classes ont prévu de suivre à distance le défi du Nordiste. Vous pouvez aussi le suivre et l'encourager sur sa page Facebook, Instagram et Polarsteps.
Vous pouvez aussi soutenir son projet sur le site de l'association "step by step"