Françoise Bourdon Fournier, tisser les liens autant que les matières
À 76 ans, Françoise Bourdon Fournier n’a pas l’intention de ralentir. Tissage, dentelle au fuseau, récupération, installations, interventions dans les écoles… Elle expérimente, collecte, détourne et transmet. Chez elle, rien ne se perd : un filet de pêche, un morceau de bois, un emballage ou un vieux tissu peuvent devenir le début d’une nouvelle création.
Une aventurière, c’est comme ça que se définit Françoise Bourdon Fournier. Dans une pièce, un métier à tisser attend. Sur une table, des fils, des laines et des morceaux de matières s’accumulent. Un bout de bois ramassé au détour d’une promenade est conservé précieusement. Ici, un morceau de filet de pêche ; là, un morceau de voile de mariée. Tout peut servir.
J’ai 76 ans, mais je me dis : un jour, ça pourrait m’être utile, clame-t-elle, le sourire aux lèvres. Cette phrase résume peut-être à elle seule son rapport à la création. Françoise Bourdon Fournier ne jette presque rien. Elle observe, imagine, stocke, expérimente.
Le tissage comme terrain de jeu
Son parcours professionnel ne la destinait pourtant pas directement à devenir artiste. Dans les années 1970, alors qu’elle vit à Lille, elle s’investit bénévolement dans l’animation de quartier à Lille-Sud. Elle choisit alors de se former pour devenir animatrice et suit une formation en carrière sociale.
C’est à cette occasion qu’elle découvre différentes pratiques artistiques et notamment le tissage. Elle effectue des stages dans le sud de la France et apprend à travailler sur un métier à cadres. Le métier qu’elle utilise alors est toujours là, quelque part dans son grenier.
Depuis, elle tisse, mais sans jamais se contenter de reproduire une technique. Ce qui l’intéresse, c’est la matière et ce qu’elle permet d’inventer. Pour une création inspirée de l’Alaska, elle mêle différentes laines et matières synthétiques afin de créer des reliefs et de donner du volume au paysage.
Pour une autre œuvre, réalisée autour du thème « Tisser le futur », elle imagine ce que l’on pourrait retrouver dans la mer dans cent ans : plastique, algues, fragments d’images, morceaux de filet de pêche, voile de mariée…
Et parfois, le résultat lui échappe. Alors qu’elle travaille sur cette pièce, elle coupe les fils de chaîne. Soudain, plus rien ne tient. Les fils se regroupent et forment une sorte de dôme. Ce n’était pas prévu mais c’est précisément ce qui lui plaît. Ça m’a surpris moi-même, reconnait-elle. Chez Françoise, l’accident n’est pas forcément un problème. Il peut devenir une idée.
Toujours apprendre, toujours transmettre
Pour cette documentaliste retraitée, il est primordial de transmettre sa passion. Dans ses expositions et ses interventions, elle aime d’ailleurs que le public ne reste pas à distance. Elle autorise les enfants à toucher les matières. Il est important qu’ils découvrent par le toucher, explique-t-elle. Ça devient un musée sensoriel pour eux.
Dans une école primaire, elle fabrique de petits métiers à tisser à partir de cartons et de clous. La chaîne est préparée, puis les enfants choisissent eux-mêmes les tissus et les laines qu’ils souhaitent utiliser. Laisser une place au choix, à l’expérimentation et à la découverte : la démarche est la même que dans son propre travail. Elle veut leur prouver qu’il faut prendre le temps d’observer et de regarder autour de soi.
Cette volonté de créer des passerelles dépasse largement le domaine artistique. Françoise a notamment participé à un projet autour du Mali, en lien avec une association engagée auprès du pays. À partir d’un poème écrit par un jeune poète malien, elle réalise une œuvre autour de la paix. Le tissage devient alors un langage. Un moyen de parler de paix, de transmission et de vivre ensemble sans avoir nécessairement besoin de mots. L’art, c’est mon réseau social quelque part, confie-t-elle. Il me permet de garder contact. Les associations, les écoles, les autres artistes, les rencontres : tout nourrit sa pratique.
Et elle n’est pas la seule à l’œuvre : son mari construit lui-même ses métiers à tisser. À deux, ils imaginent, bricolent et donnent vie aux projets de Françoise. Une complémentarité qui, après cinquante ans de mariage, semble toujours aussi bien fonctionner.
Portes Ouvertes des Ateliers d'Artistes, prière d'entrer !
Cette année encore, Françoise participe à l'opération et vous accueillera avec le collectif Luméose, au 24 E rue Dupire à Flines-les-Râches, les samedi 3 et dimanche 4 octobre. Retrouvez toute la programmation sur poaa.lenord.fr