Conseil Départemental
Nord
À Jolimetz, la maison du sabotier a retrouvé ses couleurs d'antan
Nichée au cœur du village de Jolimetz dans l’Avesnois, une ancienne maison-atelier de sabotier du 18e siècle a bénéficié d’une soigneuse réhabilitation avec le soutien du Département. Elle entame désormais une nouvelle vie, au service des habitants. Explications.
C’est une pépite située à deux pas de la mairie, à l’angle des rues Coulon et de la Chasse Michel, tout près de la forêt de Mormal.Depuis qu’on l’a rénovée, tout le monde s’arrête pour l’admirer_,_ témoigne fièrement Anthony Vienne, le maire de Jolimetz. Achetée pour être démolie il y a 20 ans, cette ancienne chaumière a finalement survécu à un projet de lotissement et attiré l’attention des passionnés du patrimoine.
Des murs chargés d’Histoire
Avant la Révolution et au 19e siècle, on comptait plus de 150 maîtres sabotiers dans le village. Cela donne une idée de l’importance de cette profession implantée dans toutes les communes qui entourent la forêt ! Ils partaient couper le bois à la belle saison, pour le transformer en sabots avant de les expédier partout en France. Cette longère, qui est restée debout tout ce temps, appartenait à l’un d’entre eux, Hippolyte Verchain-Wilmart, autour de 1780, raconte l’édile.
Délabrée, pillée et laissée à l’abandon, la bâtisse fait finalement l’objet de nombreuses recherches, notamment celles menées par Eloi Lesur, historien local, puis par Anthony Vienne lui-même. Il n'a pas hésité à aller jusqu’à Lille et Paris, aux Archives départementales et nationales, pour en savoir plus. On avait repéré les clés de bois qui retiennent les poutres, elles nous ont permis de redonner le contexte historique et d’affiner le style de cette bâtisse_,_ explique l’élu_._
- 1/3 - Une maison traditionnelle de Jolimetz vers 1880 : presque identique à la Maison du sabotier, elle a permis d'inspirer l'Architecte du patrimoine dans ses plans de restauration
- 2/3 - Les clés de bois ont été restaurées selon des méthodes traditionnelles
- 3/3 - Des bénévoles sur l'un des premiers chantiers de débroussaillage : Anthony Vienne (au centre appuyé sur le mur) était alors premier adjoint du maire Didier Debrabant (à droite avec la tronçonneuse).
En 2014, la commune fait appel à un architecte du Patrimoine, Jean-Bernard Stopin, qui trouve immédiatement un intérêt à la préservation du lieu.C’est lui qui nous a conseillé de refaire le toit d’origine, en chaume, comme cela se faisait à l’époque dans le village. Cette bâtisse est un témoin précieux de son temps, c’est la seule en Sambre-Avesnois qui représente fidèlement une maison de travailleur modeste sous Louis XVI.
Une rénovation dans les règles de l’art
En 2023, le chantier débute. La bâtisse, d’une surface de 100 m2, est rénovée dans le respect des matériaux d’origine : du silex, du grès, de la pierre bleue, des briques, du torchis, une charpente en bois et un toit de chaume… sans oublier les tommettes au sol ! Nous avons fait appel à des entreprises spécialisées dans la rénovation patrimoniale,détaille Anthony Vienne. Un tiers de la charpente d’origine a pu être sauvée. C’est en la démontant qu’un charpentier a retrouvé une pièce datant de Napoléon III, entre tenon et mortaise, comme le veut la coutume dans le métier pour dater un ouvrage. Ce fut une belle surprise !
Une technique ancienne est aussi utilisée pour les murs en torchis, faits de baguettes de châtaigner, de terre, de paille et de bouse.Dans l’atelier du sabotier, nous avons volontairement ouvert le plafond pour permettre aux visiteurs d’admirer le toit de chaume par en dessous, précise-t-il.
De petites locataires sont aussi à l’inventaire : En débutant les travaux, nous avons découvert une espèce de chauve-souris protégée, typique de la forêt : le murin de Bechstein. Nous avons naturellement réintégré des abris dans la cave pour lui permettre d’hiberner en toute tranquillité.
- 1/4 - Le toit de chaume, visible depuis la salle du sabotier, a été posé par une entreprise spécialisée de Normandie.
- 2/4 - Le soupirail, en forme de chauve-souris, permet aux murins de Bechstein d'entrer et sortir dans la cave en toute tranquillité
- 3/4 - Dans la cave, des abris à chauve-souris ont été installés sous la voute
- 4/4 - La Maison du sabotier, fraîchement restaurée, se trouve au cœur du village tout près de l'école et de la mairie, à 800 mètres de la forêt de Mormal
Une nouvelle vie pour la belle chaumière
Dès le début, la réhabilitation de la Maison du sabotier est pensée autour d’un nouveau projet : Il était évident qu’on voulait transmettre la mémoire de cet ancien atelier, mais on voulait aussi en faire profiter pleinement les habitants.
L’idée d’un foyer rural s’impose, ouvert aux associations et aux activités des seniors. Avec le soutien et le conseil de laMédiathèque départementale, la bibliothèque municipale y est aussi relocalisée : elle occupe désormais près de la moitié de la chaumière. Plus pratique, elle va permettre d’accueillir les écoliers une fois par semaine et d’organiser des lectures et des animations pour les lecteurs du village. Depuis la mairie, ils pourront se rendre directement à la Maison du sabotier grâce à un nouveau chemin qui longera le verger-conservatoire, planté dans la pâture voisine.
- 1/2 - La bibliothèque municipale occupe 40 m2 de la chaumière, elle a été installée avec l'aide de la Médiathèque départementale
- 2/2 - L'atelier du sabotier sera bientôt enrichi de nombreux outils d'époque
Placée au cœur du Pays de Mormal, cette chaumière, témoin de l’histoire locale, s’inscrit déjà sur les chemins touristiques, entre le Forum antique de Bavay, les remparts du Quesnoy, les châteaux de Potelle et de Vendegies-au-Bois, et l’abbaye de Maroilles. Les visiteurs vont découvrir l’atelier du sabotier. Nous avons récupéré dans tout le territoire une centaine d’outils d’époque, ce sera comme un petit musée. Et puis il y aura régulièrement des animations tenues par différentes associations, nous comptons bien faire revivre cette maison ! promet le maire de Jolimetz.
Une renaissance soutenue à toutes les étapes par le Département
Tout au long du projet, le Département a apporté son soutien via ses différents dispositifs et équipements culturels : les Archives départementales pendant la phase de recherches historiques, puis la Médiathèque départementale avant et pendant le déménagement de la bibliothèque municipale.
Sur les 500 000 € qu’a coûté cette réhabilitation, le Département a contribué à hauteur de 200 000 € via l’Aide départementale aux Villages et Bourgs (ADVB), complété d’un bonus Nord durable de 6 000 € pour la préservation des chauves-souris protégées et l'utilisation de matériaux biosourcés. L'agence d'ingénierie départementale iNord a également porté conseil à la commune sur diverses questions juridiques.
La Région a elle aussi subventionné le projet, et de généreux donateurs privés ont contribué sur le site de la Fondation du Patrimoine.