Merlin Colas, plus fort à contre-courant
Nager, pagayer, vivre comme les autres enfants de son âge, telle est la force qui anime Merlin Colas, 9 ans, dont le côté gauche a été affaibli par un accident vasculaire cérébral (AVC) pré-natal. Un handicap que le zébulon combat et efface au quotidien avec une joyeuse énergie, au sein du club cosnois de canoë-kayak où il tient la pagaie haute aux valides.
Plus tard, Merlin Colas sera « rock star, ou si ça ne marche pas, coiffeur ». À 9 ans, le brun costaud à mèche rebelle a les rêves et l’imprévisibilité de son âge, et une énergie débordante qui le mène de cours de guitare électrique – comme son idole M – en séances de natation. Et, depuis cette année, au club de canoë-kayak de Cosne : « J’avais envie de faire un sport avec ma grande sœur, Tangérine. »
Avec son entraînement du mercredi, le nouveau sport a imposé un choix : « J’ai dû arrêter la danse », soupire Merlin. Assise à côté de lui sur un banc de l’île de Cosne, près du local de l’Union cosnoise sportive, sa maman Eloïse précise : « Avec les séances de kiné et d’ergothérapie, cela faisait beaucoup à caser dans la semaine. » Le sport occupe une place centrale dans la vie de famille, et plus encore pour Merlin, touché par un AVC prénatal diagnostiqué à 18 mois, et qui l’a lancé dans le grand bain de la vie avec une hémiparésie : « J’ai moins de force dans mon côté gauche », résume-t-il. Un handicap que les séances hebdomadaires de rééducation, le sport et le caractère à l’eau-forte du jeune garçon rendent presque imperceptible à autrui : « Je fais les entraînements comme les autres, je n’aime pas me sentir différent. » Son regard s’assombrit à l’évocation des « moqueries » de cour d’école : « Ça m’entraîne à aller toujours plus loin. »
« Ils font les entraînements comme si Merlin était valide, mais ils n’oublient pas qu’il ne l’est pas »
Club inclusif, l’UCS Canoë-kayak accueille à bras ouverts les jeunes en situation de handicap. L’entraîneur Mathieu Danjoux a suivi une formation handisport et sport adapté : « J’aime bien son approche et celle du club », note Éloïse Colas. « Ils font les entraînements comme si Merlin était valide, mais ils n’oublient pas qu’il ne l’est pas. Il a une fatigabilité un peu plus élevée que les autres, mais il n’ose pas le dire. »
En aidant son cerveau à recréer des connexions autour de la partie lésée, le sport contribue à gommer l’impact de l’AVC. « Merlin est aussi bon que les autres », sourit Mathieu Danjoux, en taquinant son élève : « Tu veux être classé en valides et en handi pour avoir deux médailles, c’est ça ? » Et de donner rendez-vous pour la coupe des jeunes à la Charité-sur-Loire, quelques semaines plus tard : « C’est en eaux vives, et il y aura des grosses vagues. » Merlin hulule, incrédule : « Des grosses vagues ? Youh ouh ! ».
Sport et handicap : effaçons les obstacles
Les Jeux paralympiques de Paris 2024 ont fait chavirer la France et le monde avec les performances éblouissantes et bouleversantes d’athlètes transcendant leur handicap. Passé l’état de grâce, le retour au quotidien est toujours aussi complexe, voire usant, pour les personnes en situation de handicap – et leurs proches – souhaitant pratiquer le sport de leur choix. Le Conseil départemental vient en soutien, avec la création d’un guichet unique et d’un poste de référent à la rentrée 2025.
Objectif ? Rapprocher les familles, les structures sportives et les acteurs du handicap pour construire des parcours adaptés à chaque enfant. Cet engagement se traduit par la mise en relation avec des clubs formés à l’accueil de jeunes en situation de handicap, par le soutien à des projets sportifs inclusifs, mais aussi par l’accompagnement des familles dans leurs démarches. Le Département participe au financement de la licence dans un club, via une aide de 70 €.
Bonne nouvelle, l’accessibilité du monde sportif va crescendo dans la Nièvre. 80 clubs nivernais ont répondu à un questionnaire envoyé par le référent sport handicap : 47 % accueillent déjà des personnes en situation de handicap, et 37 % ont des projets de développement du parasport. Revers de la médaille, des freins existent pour 72 % des clubs : manque de matériel adapté, de bénévoles, de salariés, accessibilité compliquée aux infrastructures.
Pour plus d’informations, contactez Benjamin Masi, référent sport handicap : benjamin.masi@nievre.fr, 06 32 32 54 09