![[PORTRAIT] Jean-Louis Desjoyaux, les bains solides](https://www.loire.fr/upload/docs/image/jpeg/2026-09/p-43---jean-louis-desjoyaux-1_2026-09-03_11-27-43_36.jpg.associated/th-460x1000-p-43---jean-louis-desjoyaux-1_2026-09-03_11-27-43_36.jpg.jpg)
[PORTRAIT] Jean-Louis Desjoyaux, les bains solides
Publié le 5 octobre 2026
Lecteur Audio
00:00
00:00
00:00
* Aucun
Utilisez les flèches Haut/Bas du clavier pour augmenter ou diminuer le volume.
Ce contenu vous est proposé en lien avec la Bibliothèque sonore de Saint-Étienne.
Jean-Louis Desjoyaux a fait une croix sur l’international. D’autres l’ont remplacé sur les tarmacs - ce dont il se réjouit. Finis les déplacements à l’étranger. Le septuagénaire a même renoncé à la Bretagne. Aux plages de Quiberon, il préfère désormais Cassis et ses calanques. « La distance est moindre, expliquet-il. En quatre heures de route, je suis au bureau ».
Ses collaborateurs - tous l’appellent par son prénom - savent son attachement viscéral à l’entreprise, son refus catégorique de penser retraite. Même si le successeur est tout trouvé : son aîné, formé et adoubé. « Nicolas est aujourd’hui directeur commercial. Nous formons un duo au top ». Avec une fille, Fanny, investie à la direction du marketing et de la communication, on imagine les débats stratégiques animer les repas dominicaux. Petite dénégation amusée. « Nous évitons de parler boulot », assure le patriarche, habillé ce jour d’un simple polo, couleur bleu piscine.
Le numéro 1 mondial des bassins enterrés quitte ses verres ronds pour évoquer le passé. L’essentiel de l’histoire tient en dix objets statufiés et 30 cadres photos, exposés dans son bureau. Le premier : une huile sur toile ; un autoportrait du paternel, occupé à carreler une margelle.
« Papa était boulanger, raconte Jean-Louis Desjoyaux. Comme son père et son arrière-grand-père. Il a changé de métier après s’être marié. » La famille de son épouse possède une entreprise de maçonnerie et de carrelage rue Xavier-Privas à Saint-Étienne. Jean-Louis Desjoyaux accompagne très tôt son grand-père sur les chantiers (il n’a pas six ans). Puis aide à charger les camions de carreaux et ciment blanc.
Bac moins 1
À Valbenoîte et au collège Saint-Michel, il se lie d’amitié avec un certain Pierre Gagnaire. Mais les cours l’indiffèrent : il envoie tout balader à huit jours du bac de français. Son père, qui, depuis 1968, facture en son nom propre à l’Étrat, le prend à ses côtés. Jean-Louis apprend sur le tas.
Le gros des commandes émane à l’époque de Casino, occupé à construire des hypers, mais une petite activité annexe s'invite dans les bilans : en 1966, Jean Desjoyaux a fait cadeau à ses enfants d’une piscine enterrée. L’aménagement, creusé de ses mains, a séduit un ami, des voisins. Et le patron s’est lu un avenir dans les lignes du bain.
Il a industrialisé les process, misé sur une structure en polyester puis en polypropylène. « Une idée venue d'une luge. Cette luge », souffle l’héritier, l’index tendu vers la relique. « Maman l’avait achetée un hiver au supermarché et mon père, pensant qu’elle avait fait une grosse dépense, avait piqué une colère, mais la matière ne valait rien » . Un plastique recyclable et recyclé, il fallait y penser. Les usines de la Fouillouse en traitent aujourd’hui 15 000 tonnes à l’année.
Non content de servir l’univers du loisir, Jean-Louis Desjoyaux investit de nouveaux marchés : l’étanchéité de toitures, la vente de palettes…
« Je ne me suis jamais considéré comme un pisciniste mais comme un industriel ».
Exigeant avec les autres, le patron l’a d’abord été avec lui-même. « Je crois bien avoir lu tous les bouquins d’économie parus ces quarante dernières années. » Innover reste une passion. Un bloc de post-it repose les nuits à ses côtés. L’industriel y couche ses réflexions. « Pareil en voiture. »
Aux murs encore, quelques maillots de foot et clichés témoignant de vieilles amitiés. « Mon grand-père était un proche de Jean Snella, entraîneur des Verts, et moi un admirateur de Mekhloufi. Gamin, j’ai joué en pupille et en minime à l’ASSE ». Spectateur, mais aussi acteur des matchs sur gazon, il s’adonne encore les dimanches au soccer et continue de présider le club de l’Étrat sportif.
Un homme du cru
Ce que ne disent pas ses cloisons de plâtre : sa résidence à Chalain-le-Comtal où 150 Charolaises, confiées aux soins de sa benjamine, Marie, paissent en proximité d’étangs. Poulets, agneaux, gibier d’eau (l’homme est chasseur) agrémentent sa table. Le Forézien vient de racheter l’historique boulangerie familiale de Cuzieu pour y vendre du pain sous l’enseigne « Papi Jean ». Et la famille possède des vignes, assorties d’un chai, sur la commune de Chavanay. Le nom de ce domaine où s’approvisionner en Condrieu et Côte rôtie ? Les Terriens. « Des gens du cru, voilà bien ce que nous sommes », conclut Jean-Louis Desjoyaux. Sans affinité aucune pour tout produit hors-sol.
>> En 5 dates
2 juillet 1953 : Naissance à Saint-Étienne.
3 mai 1971 : Sortie du système scolaire, 8 jours avant le bac de français. Le 30 novembre de la même année, Jean-Louis Desjoyaux reçoit sa première fiche de paie.
Juin 1987 : Premier spot TV.
25 mai 1991 : Emménagement sur le site industriel de La Fouillouse et introduction en bourse.
Août 2007 : Accession au titre de leader mondial de la piscine enterrée (le groupe emploie actuellement 300 salariés et enregistre 100 millions d’euros de chiffre d’affaires).
© David Philippon
