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[PORTRAIT] Alexis Ajinça, l'éclatant rebond

[PORTRAIT] Alexis Ajinça, l'éclatant rebond

Publié le 30 mars 2026

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Ce contenu vous est proposé en lien avec la Bibliothèque sonore de Saint-Étienne.

C’est devenu une habitude. À chaque visite, la même petite virée. La rue Duke-Ellington d’abord. Puis le boulevard Vivaldi et la place du Forum, débarrassée il y a quinze ans de sa Tour Plein Ciel. Les murs de béton éveillent chez lui des souvenirs d’enfance. Étonnant rituel que ce road-trip(es) mené en quartier dit « prioritaire » à Saint-Étienne. Il explique : « Je me suis fait des amis, gamin, à Montreynaud. Nous avons gardé contact. » Alexis Ajinça était l’été dernier dans la Loire ; venu fêter le centième anniversaire de sa grand-mère. Il a fait au Chaudron une apparition, en bon supporter des Verts, avant de regagner sa résidence permanente à Washington. Dix-huit ans qu’il s’est installé outre-Atlantique.

Le sportif nous apparaît ce mercredi d’hiver à travers l’écran de sa tablette. Affable et détendu. Le bouc est soigné. La dentition parfaite, l’oreille percée d’une petite pierre. Le géant s’éveille d’une courte nuit : coach assistant des Wizards, il consacre bon nombre d’heures à visionner les matchs de son groupe, une fois les joueurs rentrés au vestiaire. De tout le staff, il est le seul doté d’une expérience des parquets.

« Je me souviens de ma première soirée en NBA. La lumière des projecteurs, les fans, les journalistes, les quinze à vingt mille spectateurs. Et ce maillot… Le stress était tel que j’ai failli vomir. » C’était en 2008. Le pivot venait d’être drafté par les Bobcats de Charlotte.

2m15 assumés

Tout jeune, pourtant, Ajinça n’avait pas d’affinité pour la balle orange. D’autres terrains l’accaparent fin 1990. La famille se passionne pour le BMX. Joëlle, la mère, est présidente du club de Saint-Étienne. Frère et sœur, de 10 et 8 ans plus âgés, s’illustrent en compétition. Alexis suit le mouvement. Offensif et tenace, il décroche en 97 le titre de vice-champion du monde. Avant de se tourner vers les paniers. « Mon frère m’a convaincu que j’allais gagner en détente et que je pourrais sauter de plus grosses bosses, se marre-t-il. J’ai débuté à La Baraillère, à Saint-Jean-Bonnefonds, avant d’entrer au CASE. Il faut dire que j’étais plus grand que la moyenne. »

Les photos d’époque parlent d’elles-mêmes. On y voit l’élève de primaire rivaliser d’envergure avec ses professeurs. Sa taille lui vaut bon nombre de moqueries. Ses parents peinent à l’habiller, d’autant que les revenus du foyer sont limités. « Mon père était policier, ma mère employée de la Sécu. Cela a sans doute été plus difficile qu’avoué. Nous jouions au foot, au collège, à Tézenas. Je faisais des trous dans mes chaussures, je n’osais pas leur en parler ».

Le petit écran écrase les perspectives. On devine néanmoins l’exceptionnelle stature : 2m15 de muscles dont il a su tirer parti.

La famille d'abord

Sa victoire en coupe d’Europe de basket (à l’été 2013, la seule jamais remportée par les Bleus) restera dans les mémoires. Étonnant : Ajinça est le seul joueur de l’équipe qui n’ait depuis été honoré par sa ville natale (Tony Parker, Boris Diaw, Nicolas Batum, Nando de Colo ont tous un stadium ou une salle à leur nom). « Dans la vie, on ne m’a jamais rien donné, confie-t-il, un zeste d’amertume dans la gorge. J’ai dû me battre pour gagner ma place ». Jusqu’à décrocher ce contrat à 20 millions de dollars avec les Pelicans de la Nouvelle-Orléans (2015-2018).

Il avait pris le parti de porter le numéro 42, fier de ses racines et de son territoire ; sa carrière s’est achevée en eau de boudin courant 2019. Mais le Stéphanois a su rebondir. Avec brio. Entré au service du Capital City Go-Go en 2023, il assiste aujourd’hui l’équipe première. Non sans ambition : devenir le premier coach français de NBA.

La famille, c'est ce qu'il y a de plus important.

À Washington, le Ligérien est un homme parfaitement intégré. « Je n’ai plus d’accent français, se félicite-t-il. C’est ma femme qui s’en plaint ! ». Son épouse travaille dans l’événementiel. Depuis leur rencontre à Charlotte, leur couple est soudé. « La famille, c’est ce qu’il y a de plus important, assène Ajinça, sûr de ses valeurs. Mes parents m’ont toujours dit : "Au dernier jour, seule la famille sera là". Nous nous sommes toujours soutenus. »

Son fils aîné, Carter, l’accompagne les soirs de match. À 8 ans, le cadet, Caysen, est plutôt branché foot mais son père lui prédit un avenir dans la raquette. « Tous deux sont très grands. Ils n’auront pas le choix ! », sourit-il. Verdict au prochain quart-temps.

>> En 5 dates

6 mai 1988 : Naissance à la clinique du Parc à Saint-Étienne. Sa mère a sa famille dans le coin. Son père, lui, est d’origine guadeloupéenne.

1997 : Il décroche l’argent aux championnats du monde de BMX à Saskatoon au Canada. La discipline n’étant pas rémunératrice, il décide de s’investir plus avant dans le basket-ball afin de passer pro et entre en 2003 à l’Insep (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance).

2006 : Première saison pro avec le club de Pau-Orthez.

2008 : Il est drafté en 20e position par les Bobcats de Charlotte à l’issue de la semaine des As.

2013 : Il fait partie du 5 de départ des Bleus pour les championnats d’Europe, s’impose dans le tournoi et remporte la finale contre la Lituanie.

© Alexis Ajinça


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