
Journée mondiale de l'alimentation : autour de la table, la santé se partage
Publié le 12 oct. 2026
Au Centre Départemental de Santé, des ateliers thérapeutiques autour de l’alimentation ont vu le jour pour accompagner les patients en situation de grande précarité.
Des ateliers d'éducation thérapeutique pour mieux vivre avec sa maladie
Quand on vit avec une maladie chronique, il ne suffit pas de prendre un traitement. Il faut aussi comprendre ce qui se passe dans son corps, savoir reconnaître les signes qui doivent alerter, trouver les bons réflexes et parfois adapter son quotidien.
L’éducation thérapeutique, c’est un peu une boîte à outils pour devenir acteur de sa santé. Des professionnels du Département accompagnent la personne pour qu’elle puisse mieux comprendre sa maladie, prendre soin d’elle au quotidien et faire ses propres choix, en fonction de sa vie et de ses besoins.
Dans l’éducation thérapeutique, l'alimentation ne se résume pas à suivre un régime à la lettre. Il s’agit surtout de comprendre comment ce que l’on mange peut influencer la maladie, les traitements et le bien-être, puis de trouver des solutions qui peuvent réellement s’intégrer dans la vie de tous les jours.
Une initiative départementale en faveur de l'alimentation
Associant la Conférence Territoriale des Solidarités du TAG et le service Prévention Santé Publique, des ateliers thérapeutiques autour de l’alimentation ont vu le jour au Centre Départemental de Santé pour accompagner les patients en situation de grande précarité. En partenariat avec l’association du Bar Radis, ces ateliers visent à valoriser les produits issus de l’aide alimentaire et à apprendre à les cuisiner de façon saine et accessible à tous.
Au-delà de l’aspect nutritionnel, ces moments favorisent l’échange, la solidarité et l’entraide entre participants. Les retours sont très positifs : chacun y trouve non seulement des conseils pour mieux manger, mais aussi un espace de convivialité et de partage qui rompt l’isolement. Les ateliers permettent ainsi de redonner confiance et autonomie aux participants, tout en renforçant le lien social.
Le Bar Radis : Tiers-lieu nourricier à Grenoble
Le Bar Radis développe plusieurs projets pour faciliter l’accès à une alimentation saine et aider chacun à acquérir les connaissances nécessaires pour préserver sa santé grâce à l’alimentation. Tout au long de l’année, il propose des ateliers alimentation et santé, qui allient théorie et pratique, afin d’en apprendre davantage sur la nutrition et la cuisine aux côtés de professionnels de santé.
Les patients témoignent...
Ici, la nutrition ne reste pas un discours médical. Elle devient une expérience. Le patient n’est plus seulement celui à qui l’on donne des conseils : il devient acteur de sa santé.
Aboubakar Sow
Travailleur pair
Il y a des endroits où l’on vient pour se soigner. Et puis il y a ceux où, sans même s’en rendre compte, on commence aussi à se réparer.
Autour d’une table, une marmite fume. Les mains se croisent. On épluche, on coupe, on goûte. Quelqu’un rit. Un autre raconte son enfance. Une recette traverse la pièce et, avec elle, une histoire, un pays, une mère, une grand-mère, une maison parfois laissée très loin derrière soi.
La cuisine devient alors bien plus qu’une question d’alimentation. Elle devient une langue que tout le monde comprend.
Au Sénégal, cette force de la table porte un nom : la teranga. Accueillir, ce n’est pas seulement ouvrir une porte. C’est faire une place, partager ce que l’on possède, même lorsque l’on possède peu. Autour de la marmite, les différences commencent à perdre leur poids.
Celui qui disait : « Moi, je ne sais pas cuisiner », finit par casser un œuf. Celui qui parlait peu raconte comment, chez lui, on prépare la sauce feuille. Et quelqu’un demande : « Comment s’appelle ce plat chez toi ? »
Une question simple. Mais derrière elle, une rencontre commence.
Car une recette ne transporte pas seulement des ingrédients. Elle transporte une mémoire. Une odeur peut ramener une personne à son enfance. Une épice peut réveiller une rue, une saison, une voix. Un goût peut faire réapparaître une maison que l’on croyait loin.
Le corps se souvient parfois avant même que les mots arrivent.
Alors on partage les savoirs. On découvre, on questionne, on goûte ce que l’on ne connaît pas. On expérimente la cuisson à la vapeur, la marmite norvégienne et des solutions simples. On découvre qu’il est possible de cuisiner avec des produits de banque alimentaire, quelques légumes du jardin ou des aliments peu coûteux.
Parce que la richesse d’un repas ne se mesure pas toujours au prix des ingrédients.
Elle se mesure aussi à ce que les humains mettent autour.
« On fait ça avec l’amour, avec le cœur, avec le corps. »
Ici, la nutrition ne reste pas un discours médical. Elle devient une expérience. Le patient n’est plus seulement celui à qui l’on donne des conseils : il devient acteur de sa santé.
Il demande :
« Quels sont les aliments qui vous font du bien quand vous les mangez et qui vous donnent de la force ? »
Il s’interroge :
« Est-ce que c’est vrai qu’il ne faut pas manger trop d’œufs ? »
Il transmet :
« Tu vas voir, le gingembre, ça lave le sang. »
Il apprend. Il goûte. Il ose.
Et parfois, il surprend :
« Ah mais tu sais cuisiner, toi ! »
Même ceux qui ne cuisinent jamais participent. On prépare, on goûte, on échange, puis on nettoie ensemble. Chacun trouve sa place. Il n’y a plus vraiment celui qui sait et celui qui ne sait pas.
Il y a celui qui transmet et celui qui découvre. C’est là que la cuisine devient thérapeutique.
Non pas parce qu’elle remplace les soins, mais parce qu’elle crée quelque chose d’essentiel : la rencontre. Entre les cultures, les générations, les histoires et les savoirs. Entre la médecine professionnelle et les connaissances transmises de génération en génération.
Et surtout, elle peut rompre l’isolement.
Prendre soin de quelqu’un, ce n’est pas seulement regarder ce qu’il mange. C’est aussi écouter ce qu’il raconte, comprendre d’où il vient, reconnaître ce qu’il sait et lui donner la possibilité de transmettre.
Au Sénégal, on sait qu’on ne laisse pas facilement quelqu’un manger seul. Cette sagesse peut devenir universelle. Une table. Quelques ingrédients. Des mains différentes. Des histoires différentes.
Et pourtant, au moment de partager le repas, quelque chose nous rassemble.
Nous avons besoin d’être nourris.
Mais nous avons aussi besoin d’être accueillis.
Peut-être qu’au fond, la véritable recette est celle-ci :
Un peu de mémoire,
un peu de curiosité,
un peu de transmission,
beaucoup de cœur,
et une place pour chacun autour de la table.
Parce qu’une communauté commence parfois très simplement : quelqu’un ouvre une marmite
et dit à l’autre :
« Viens, goûte. »
