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Mégalithes de Saint-Just : l'espace naturel dévasté, une grande perte pour la
biodiversité

Mégalithes de Saint-Just : l'espace naturel dévasté, une grande perte pour la biodiversité

Environnement
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L'incendie qui s'est déclaré dans le secteur de Saint-Just le mercredi 12 août est désormais maîtrisé, toujours sous la surveillance des pompiers, prêts à intervenir pour éteindre d'éventuelles reprises. Au total, 230 hectares de végétation ont été détruits par le feu, galvanisé par le vent et les fortes chaleurs. Site mégalithique emblématique de Bretagne, considéré comme l'un des plus remarquables d'Europe, l'espace naturel départemental des mégalithes de Saint-Just a été touché en plein coeur, détruit par les flammes à 99%. La perte écologique s'avère déjà majeure pour le département, notamment avec la disparition des landes sèches, habitat naturel qui se raréfie. Après un diagnostic précis des dommages, suivra le temps de la renaturation, qui s'annonce long. L'accès à l'espace naturel reste interdit au public jusqu'à nouvel ordre.

Le site mégalithique de Saint-Just dévasté par l'incendie - Crédit photo : Gwen Cohignac

L'essentiel à retenir

  • Un incendie majeur s'est déclaré le mercredi 12 août sur la commune de Saint-Just, située à 47 kilomètres au sud de Rennes; nécessitant le déploiement d'importants moyens de secours et l'évacuation de plusieurs centaines d'habitants
  • Après plusieurs jours à lutter contre le feu, il est désormais maîtrisé. Le bilan fait état de 230 hectares brûlés. Aucune victime civile n'est à déplorer et aucune habitation n'a été touchée par le feu.
  • Au cœur de l'incendie, l'espace naturel départemental des mégalithes et landes de Saint-Just a été détruit à 99%, sur une surface estimée à 140 hectares.
  • Les dégâts de l'incendie sur ce site patrimonial remarquable vont être précisément évalués. La perte pour la biodiversité s'avère déjà considérable, avec la destruction des landes sèches et des conséquences sur les espèces animales
  • L'accès au site demeure interdit au public jusqu'à nouvel ordre, et fera l'objet d'une réouverture graduée, progressive, certains secteurs du site pouvant rester durablement fermés.

Une zone particulière exposée au risque incendie

À perte de vue, la silhouette noire des ajoncs calcinés, un sol carbonisé, le vide....Un paysage de désolation ponctué des décombres brûlés du mobilier du sentier de découverte aménagé en 2018. L'espace naturel des mégalithes de Saint-Just, acquis par le Département à la fin des 1980, apparait défiguré après l'incendie qui a ravagé en quelques jours 230 hectares. En raison de la nature du sol et de la végétation, la commune de Saint-Just est l'une des plus exposées au risque incendie en Ille-et-Vilaine. L'histoire récente du site met en évidence sa forte vulnérabilité au feu, le site mégalithique ayant déjà été marqué par plusieurs incendies : en 1976, en 1989 et en 2009. En dégageant la végétation, l'incendie de 1989 avait d'ailleurs permis de découvrir l'ampleur de certains ensembles mégalithiques.

Dans ce contexte, les équipes départementales assurant l'entretien du site au quotidien, avaient mené plusieurs actions de prévention : entretien des abords du sentier, de la lande, des massifs boisés, débroussaillement autour du moulin et des parkings, exercices et échanges avec le service départemental d'incendie et de secours, participation à la mise en place d'une réserve d'eau pour faciliter l'intervention en cas d'incendie.

Crédit photo : Gwen Cohignac

Une perte écologique majeure

Propriété du Département, qui assure sa préservation et sa valorisation, le site naturel et patrimonial emblématique comprenait environ 200 hectares de landes sèches, de pelouses et prairies...aujourd'hui réduites en cendres dans leur quasi-totalité. "Des milieux naturels typiques et presque identitaires de la Bretagne intérieure", note Thibaut Gaborit, responsable du service patrimoine naturel au Département d'Ille-et-Vilaine.

La disparition des landes sèches, protégées au niveau européen, constitue à elle seule "une perte très importante pour la biodiversité". "A l'échelle de l'Ille-et-Vilaine, il ne reste que 700 à 800 hectares de landes, l'incendie en a détruit une partie importante", explique Thibaut Gaborit. Le site abritait également une biodiversité remarquable avec de nombreuses espèces patrimoniales, notamment des oiseaux protégés (fauvette pitchou, engoulevent d'Europe, huppe fasciée, linotte mélodieuse) et certaines espèces végétales rares comme l'hélianthème en ombelle.

La destruction de la végétation a de lourdes conséquences sur l'ensemble de la chaîne écologique : disparition des habitats de prédilection d'espèces protégées, perturbation des populations d'oiseaux, altération des zones de reproduction. "On va mettre en place des suivis précis sur les espèces végétales et animales. Le site constituait un milieu de prédilection pour les oiseaux nicheurs par exemple. Au printemps prochain, les oiseaux migrateurs qui viennent pour la nidification vont retrouver un milieu totalement bouleversé, c'est également cela qu'il va falloir accompagner", poursuit-il.

Autre risque identifié : l'apparition d'espèces végétales invasives en lieu et place de la lande disparue. Un diagnostic exhaustif des dommages va être établi et une réflexion menée pour guider la renaturation. "Il reste très peu de végétation pour produire des graines, mais ces quelques végétaux vont jouer un rôle essentiel. Leurs graines vont se disperser naturellement sur les zones brûlées. Il faudra accompagner la renaturation, peut-être en apportant des graines provenant d'espaces naturels similaires. On va se redresser et remobiliser les équipes pour accompagner la nature", précise-t-il. Un chantier qui s'annonce long, entre 5 et 10 ans seront nécessaires pour voir le site renaître.

Au printemps prochain, les oiseaux migrateurs qui viennent pour la nidification vont retrouver un milieu totalement bouleversé, c'est également cela qu'il va falloir accompagner

Thibaut Gaborit, chef

Les panneaux aménagés pour le sentier de découverte calcinés - Crédit photo : Gwen Cohignac

Des dommages à évaluer sur les monuments mégalithiques

L'espace naturel compte de nombreux ensembles mégalithiques, répartis sur 6 kilomètres. Six d'entre eux sont protégés au titre des monuments historiques. Près de 36 000 visiteurs se rendent chaque année à Saint-Just, site remarquable au niveau européen.

Véritable sanctuaire, témoignage du passé, le site constitue le deuxième site mégalithique de Bretagne de par son étendue et son intérêt scientifique. À l'époque du néolithique, entre -5000 et -2000 ans avant Jésus-Christ, le lieu de culte attirait, au moment des solstices, des populations venues de très loin. "Le site de Saint-Just est comparable et aussi important que celui de Carnac dans le Morbihan. Il constituait un lieu de passage, un marqueur du territoire, une porte d'entrée de la Bretagne", précise Elena PailletConservatrice régionale de l'archéologie à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). "Cet incendie nous attriste tous et en premier lieu les habitants".

Le feu a-t-il endommagé les mégalithes ? Des expertises précises vont être menées par la DRAC pour évaluer les effets thermiques de l'incendie sur les roches millénaires. "Un constat d'état va être mené sur chaque pierre, chaque monument", précise la conservatrice.

"L'heure n'est pas à la résignation"

Au pied du moulin de Cojoux, épargné de justesse par les flammes, le président du Département Jean-Luc Chenut constate les dégâts considérables provoqués par l'incendie. "Je suis venu exprimer toute ma reconnaissance à ceux qui ont été sur le terrain durant cet épisode". "L'heure n'est pas à la résignation, bien au contraire", poursuit-il, rappelant que l'accès au site reste interdit au public pour des raisons de sécurité.

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