Face au changement climatique, un littoral à réinventer
Entre Cancale et Saint-Malo, le dérèglement climatique s’invite sans détour et bouscule le quotidien. D’ici 2035, la route départementale, au niveau de l’anse Du Guesclin, pourrait disparaître sous le sable et la mer. Plutôt que de subir les impacts de ce bouleversement, le Département choisit d’agir : avec les habitants et les acteurs locaux, il engage une réflexion collective pour préserver la biodiversité de cet espace naturel départemental, réinventer les déplacements et dessiner l’avenir du littoral.
L'essentiel à retenir
- Les impacts du dérèglement climatique sont déjà observables dans notre département
- Espace naturel emblématique et apprécié des habitants, le site de l'anse Du Guesclin à Saint-Coulomb est confronté à l'inexorable recul du trait de côte. La dune bordant la plage ensevelit régulièrement la route départementale RD201.
- Les scientifiques confirment la disparition de cet axe routier d'ici 2025
- Le Département a organisé dès 2023 une réflexion collective, réunissant habitants, collectivités, acteurs locaux, scientifiques sur l'avenir du site
D'ici 2035, la route RD201 bordant l'anse Du Guesclin pourrait disparaître sous le sable et la mer - Crédit photo : Jérôme Sevrette
1 mètre tous les 5 ans
C'est la vitesse moyenne du recul du trait de côte (limite entre la terre et la mer) à l'anse Du Guesclin. Au niveau national, 20% du littoral français, soit 900 km de côtes est concerné par le recul du trait de côte.
Un écrin de nature aux paysages multiples
Propriété du Département, l'anse Du Guesclin constitue un site naturel exceptionnel. Niché entre deux pointes rocheuses, l’espace naturel départemental de l’anse Du Guesclin s’étend sur 80 hectares à cheval sur les communes de Saint-Coulomb et Cancale. Ce site offre bien davantage qu’une plage : c’est une mosaïque de paysages remarquables où se succèdent milieu dunaire, marais, prairie humide et vallée boisée.
« La combinaison massif dunaire et marais est une configuration assez unique sur le littoral bretillien », précise Guillaume Duthion, chargé d’études espaces naturels au Département et pilote du projet de restauration de l’anse Du Guesclin. Tout commence dans les terres : depuis sa source, le ruisseau de la Trinité serpente dans une vallée boisée avant de traverser des prairies humides, puis de se déployer dans un vaste marais régulièrement inondé par les grandes marées et enfin de se jeter dans la mer. Ce marais arrière-dunaire forme une zone tampon face aux inondations et revêt une valeur écologique exceptionnelle puisqu’il séquestre dix fois plus de carbone qu’une forêt et abrite une biodiversité remarquable.
Plus à l’ouest, le paysage s’ouvre sur le grand large. La dune mobile, sculptée par les vents dominants, marque la frontière entre la terre et la mer jouant le rôle de barrière naturelle. Ses versants, colonisés par les oyats et le panicaut des dunes, donnent au site son caractère sauvage si caractéristique de la côte d’Émeraude. Au pied de la dune, la plage déploie ses eaux turquoise dans l’anse, offrant l’un des panoramas les plus photographiés du littoral bretillien. Ce qui fait la singularité de l’anse Du Guesclin, c’est précisément cette continuité écologique entre la mer et l’intérieur des terres : une mosaïque de milieux naturels imbriqués, chacun jouant un rôle essentiel, chacun abritant une faune et une flore spécifiques.
Une histoire mouvementée, entre destruction et renaissance
Sur l’île Du Guesclin accessible à pied par marée basse, le fort fut pendant dix ans la demeure du chanteur Léo Ferré. C'est encore aujourd'hui une propriété privée.
L'histoire de l’anse Du Guesclin est celle d’un site transformé et abîmé par les hommes, avant d’être patiemment restauré. Aujourd’hui, c’est la nature elle-même qui refaçonne le site et impose de nouvelles adaptations. Dans les années 1950, l’anse Du Guesclin est encore quasi intacte. Sa dune, haute de trois à cinq mètres par endroits, protège les terres arrière- littorales, notamment le maraîchage.
Puis vient le tournant des années 1960. La construction du barrage de la Rance – inauguré en 1966 – va durablement transformer le visage de l’anse. Pour fabriquer le béton nécessaire aux travaux et réaliser l’ouvrage, des quantités considérables de sable sont prélevées dans les massifs dunaires du littoral. L’anse Du Guesclin, mais aussi les dunes de Saint-Lunaire ou l’anse du Verger sont mises à contribution. Une usine est même implantée au milieu de l’anse pour traiter le sable extrait.
À la fin des années 60, il n’y a plus de dune, ne reste que la plage. Tant pour des raisons touristiques que pour acheminer le sable, une route a été construite au ras de la plage – cette même RD 201 dont l’avenir est aujourd’hui en question. Avant 1966, il n’existait que des cheminements une route a été construite au ras de la plage – cette même RD 201 dont l’avenir est aujourd’hui en question. Avant 1966, il n’existait que des cheminements
Guillaume Duthion, chargé d’études espaces naturels au Département
Dans les années 1970, avec cette route littorale, le site subit une fréquentation balnéaire croissante : les voitures se garent directement sur la plage, ce qui aggrave encore la dégradation des milieux naturels. La prise de conscience arrive au début des années 1980. Le Département qui a acquis les terrains de l’anse Du Guesclin dans les années 60 en fait un espace naturel sensible à cette période.
En 1986, il engage un programme de restauration écologique des dunes d’Ille-et-Vilaine en partenariat avec le Conservatoire du littoral. La dune se reconstitue lentement. Pendant vingt ans, le front de mer regagne quelques mètres précieux. Puis vient la tempête de 2008 qui entraîne la submersion du site. En quelques heures, jusqu’à un mètre de sable recouvre par endroits la route départementale. Des véhicules sont piégés. Un réveil brutal, annonciateur des transformations à venir.
Construire l'avenir ensemble : une démarche inédite
Dès la présentation des résultats de l’étude scientifique en 2022-2023, les élus du Département ont pris une décision courageuse : ne pas attendre que la situation devienne ingérable mais anticiper, organiser, associer. La route départementale 201 auniveau de l’anse Du Guesclin ne sera plus accessible aux voitures en 2035. La décision politique est actée : ce tronçon qui longe la plage ne sera pas reconstruit.
Sur le plan réglementaire comme technique, une telle infrastructure n’est plus envisageable à cet endroit. Mais fermer une portion de route, c’est bien davantage qu’un acte technique : c’est impacter la vie des habitants, remettre en question des déplacements quotidiens et estivaux, inquiéter des professionnels du tourisme. Le Département a choisi d’assumer cette nécessaire adaptation et de construire des solutions avec celles et ceux qu’elle concerne.
Donner la parole aux habitants et acteurs du territoire
Un comité de pilotage partenarial a été créé, réunissant le Département, l’État, Saint-Malo Agglomération et les communes de Saint-Malo, Saint-Coulomb et Cancale. Ce comité pilote les études, valide les orientations et coordonne les expérimentations. Une équipe de paysagistes et d’experts a été mandatée pour réaliser un diagnostic complet du site et imaginer des scénarios de transformation.
À ce travail partenarial s’ajoute une démarche de concertation citoyenne, lancée en 2025 à l’initiative du Département et avec ses partenaires. Son objectif : associer largement habitants, usagers, associations, acteurs économiques et collectivités à la réflexion sur l’avenir de l’anse Du Guesclin.
Une balade participative a été organisée sur le site avec les habitants. Objectif : recueillir leurs attentes.
Il y en a qui veulent construire des digues immenses. Ça ne sert à rien. La nature sera toujours plus forte. Donc pensons, réfléchissons ensemble à des solutions fondées sur la nature.
Habitante participant à la balade immersive
Une étude de mobilité a également été lancée fin 2025. Elle porte sur l’impact de la fermeture de la route sur les déplacements et l’étude de tout un panel de solutions lié au report de circulation : transports en commun, cheminements doux, système de navettes – tout ce qui permettra de maintenir l’accès au site. Les résultats alimenteront le programme final de réaménagement et de renaturation de l’anse, dont les premières esquisses paysagères seront présentées lors d’une réunion publique en juillet 2026.
Ce projet dépasse le seul enjeu local. L’anse Du Guesclin est un laboratoire à ciel ouvert : ce qui s’y expérimente et s’y invente – dans les domaines des mobilités, de la renaturation, de la gestion du tourisme et de la concertation – a vocation à inspirer l’ensemble du littoral entre Cancale et Saint-Malo, voire au-delà.
Des parkings rétro-littoraux mis en place cet été
En période estivale, la forte fréquentation engendre des problèmes récurrents aux abords du site : stationnements sauvages, accès difficile pour les secours, dégradation des milieux naturels... Pour répondre à cette saturation, des parkings rétro-littoraux vont être mis en place à l'anse Du Guesclin pour la troisième année consécutive entre mi-juin et mi-septembre. Un dispositif qui concerne aussi les plages de la Guimaurais et de la Touesse, également concernés par ces problèmes. À noter qu'une piste cyclable de 2,7 kilomètres relie déjà le bourg de Saint-Coulomb à la plage.
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