Se baigner et prendre soin des rivières
Se baigner dans une rivière en été. Une tradition. On y pense peu mais prendre un bain de fraicheur en nature a un impact sur l'environnement. Est-t-il possible de barboter plus en harmonie avec notre milieu ? Oui ! Réponse avec notre technicien de rivière.
Quelques pierres pour se faire une piscinette en pleine rivière. Un petit bonheur, surtout quand le soleil cogne fort et que le thermomètre commence à bouillir.
Un petit bonheur qui n’est pas sans conséquence pour la rivière et ses habitants. « Alors quoi ? on a même plus le droit de se baigner : on l’a toujours fait et y’a toujours des poissons ! » Non il n’est pas question de renoncer tout de go à piquer une tête pour se rafraîchir ni à se laisser flotter dans une cuvette d’eau improvisée. On fait le point avec Pascal, technicien de rivière au Département.
Un impact multiplié par le nombre
En tout premier lieu, il est important de prendre un peu de recul. Car oui, en soi, une personne qui se baigne dans une rivière, qui déplace des pierres, qui piétine. C’est pas grand-chose, le milieu s’en remettra sans trop de difficulté. « Tout est question de quantité, si on parle de 50 personnes par jour pendant deux-trois mois, ce n’est plus la même chose », met en exergue Pascal.
Dégradation mécanique
À foule de baigneurs, se posent deux problèmes majeurs. D’abord le piétinement et le fait de brasser les cailloux. Pourquoi ? « C’est au fond du lit d’un cours d’eau que se concentre la vie des macroinvertébrés. Ils sont à la base de la chaîne alimentaire et contribuent à la filtration de l’eau. Ils forment le socle du système d’autoépuration de la rivière. Et à trop tasser le fond, il se colmate. Ça favorise aussi l’apparition et le développement d’algues », explique le spécialiste. De quoi stériliser le biotope et l’asphyxier. Pollution thermique L’autre souci, c’est la hausse de la température de l’eau. « En formant des barrages, l’eau stagne, se réchauffe et voit son taux d’oxygénation diminuer. Par ailleurs, les poissons ont besoin de pouvoir circuler dans l’eau, justement pour aller se réfugier dans des zones plus fraîches », détaille Pascal. Et de rappeler : « À partir de 17°C, cela devient compliqué pour une truite. À 25°C, elle meurt. » Maintenir la circulation des poissons Solution ? « Penser à créer de bonnes brèches dans sa construction pour ne pas empêcher complètement la circulation. »
Le mieux étant de laisser place nette au moment de partir, ce qui désolera les bâtisseurs dans l’âme. Juste prendre le temps de rendre la nature à la nature. La nocivité des crèmes solaires, un fait Autre fléau qui touche tous les milieux aquatiques. Cette petite pellicule qui flotte en surface, souvent multicolore, brillante. Presque jolie à observer. Des résidus de crèmes solaires dont on connaît aujourd’hui la nocivité pour les mers et océans. Mais pour les lacs et les rivières, c’est la même chose. Non il n’est pas question de choisir le cancer de la peau pour sauver les poissons. C’est juste un fait : les crèmes solaires ont une incidence négative sur le milieu aquatique. D’ailleurs, dans sa petite brochure tout en dessins, le Syndicat mixte de gestion intercommunautaire du Buëch* a dédié l’un d’eux spécifiquement à ce sujet et demande « d’éviter d’utiliser de la crème et autres produits cosmétiques avant de vous baigner ».
Une trentaine de minutes avant de plonger
Attendre une trentaine de minutes pour plonger dans l’eau après l’application réduit déjà un peu les risques pour l’environnement.
Il est aussi recommandé de privilégier les crèmes à filtres minéraux biodégradables, à tout le moins, et en complément une fois hors de l’eau, pourquoi ne pas sortir un tee-shirt anti-UV. À défaut, plus le textile est foncé et épais, plus il protège la peau du soleil.
Continuer à se faire plaisir, tout en tentant de préserver au mieux ce qui nous entoure, c’est un peu plus contraignant. Mais pas tellement à y regarder de plus près.
*Une fois leur cycle de vie aquatique terminé il se transforment en insecte, et deviennent sources de nourriture notamment pour les oiseaux. **Structure qui a en charge la compétence de la « gestion des milieux aquatiques et protection contre les inondations », Gemapi, sur le Buëch.
Stéphanie Cachinero