« Nous sommes les gardiens du château de Montmaur »
Un lieu chargé d'histoire où se mêlent ateliers pour les petits, flânerie dans les jardins, concerts, expos. Ça, c’est l’été à Montmaur. Rencontre avec les chevilles ouvrières qui œuvrent dans l’ombre, les agents du Cedra.
De la musique, des lampions, quelques hors-d’œuvres. Le 3 juillet marquera le lancement officiel de la saison estivale au château de Montmaur, sans que personne ne s’imagine ce qui s’est joué loin des regards des mois plus tôt.
Un vieux monsieur facétieux
Fin avril. Alors que l’orage gronde, Damien, Cécile, Jonathan et Marianne, agents du Cedra, multiplient les allers-retours entre les chambres d’hôtes du château, en sommeil depuis des années, et la salle de la Courtine, le nouveau nom de l’espace de restauration du château. Récupérer du mobilier qui ne sert plus, en acheter du neuf, mettre des tables, un canapé. L’objectif ? « Faire de ce lieu un espace cocooning que les gens s’approprient », explique Damien Boukouya, coordinateur de la programmation culturelle du Centre départemental des ressources des arts (Cedra).
C’est aussi lui qui veille sur le château lorsque ce dernier s’endort pour l’hiver, réveillé début juin par les artistes en résidence. Au moindre souci, Damien fait le lien avec les services des Bâtiments, qui ont multiplié les menues réparations ces derniers temps. Histoire de prêter secours « à ce vieux monsieur facétieux », comme le qualifie avec tendresse Marianne Barreau-Prunet, conseillère en enseignements artistiques. Pour ses extérieurs, le Centre technique du Buëch et les appariteurs prêtent à leur tour main-forte, pour la tonte. Pour le reste, certains agents du Cedra n’ont d’autre recours que se parer de gants de jardinier.
« Nous sommes les gardiens du château de Montmaur », résume Emmanuelle Allamanno, directrice du Cedra. Une tâche herculéenne pas toujours facile à assurer en parallèle des missions quotidiennes de chacun. Mais qui fédère autour de celui qui est devenu un membre à part entière de ses équipes. « À un moment donné, on passe tous par Montmaur », confirme Jonathan Aubert, conseiller en arts visuels, et Sandra, assistante de direction. Et chacun s’emploie à faire battre toujours plus fort le cœur de la bâtisse. Cela passe parfois par des détails qui changent tout : confection de rideaux d’ornement, achat de fleurs pour embellir les lieux, acquisition de lampes-torches, histoire de parer à toute coupure de courant… Tout cela avec un budget annuel de 64 000 €. Ce qui oblige à faire preuve d’inventivité, comme récupérer du mobilier à droite à gauche.
Sur le chemin du renouveau
Mais, il n’est pas juste question de rendre Montmaur plus beau, plus attirant. Même si c’est important pour donner envie aux gens de « venir et revenir », en famille, entre amis. Pour qu’il grouille de vie tout l’été. Il est aussi question d’en faire un lieu bien identifié de culture partagée. Cécile Turin, chargée de mission patrimoine alpin, est d’ailleurs en train de préparer de nouvelles fiches de visite. Un texte plus punchy, pour expliquer et donner à comprendre ce qui s’offre aux visiteurs. Une version pour les adultes. Une autre adaptée aux plus petits. En français, mais aussi en anglais, après une traduction signée de Damien.
L’été des familles
Et Emmanuelle d’insister : « Le côté intergénérationnel est primordial. » D’où l’essor que prend d’année en année l’été des familles. Le chef d’orchestre de sa programmation, Arnaud Lhermenier, conseiller arts vivants. Spectacles, ateliers en tout genre et « une journée phare en lien avec l’éclipse solaire prévue en août », souligne la directrice. Rendez-vous le 12 pour une parenthèse arts et sciences.
Des expo qui prennent leur envol
Côté expos temporaires, là aussi, Montmaur se donne les moyens de ses exigences. Choix de thématiques en résonance avec l’actualité (200 ans de la photo et les 100 de la naissance de Vivian Maier cette année), d’artistes qui dénotent (Cécile Cornet avec Où passeras-tu l’éternité). Et une scénographie léchée. Imaginée en amont par Jonathan, en fonction des œuvres et du château, histoire de les faire dialoguer, de les sublimer l’un l’autre. Là aussi, ingéniosité et seconde main ne sont pas en reste pour un résultat qui marque les esprits et éveille les sens.
La tradition des concerts
Mais toute cette ébullition culturelle n’aurait sans doute pas connu la même trajectoire sans une première pierre, posée il y a près de 17 ans avec les concerts du vendredi. Une tradition initialement tournée vers le classique. Avec un virage marqué en 2011 quand le Département a pris les rênes de la programmation. Le crédo : de l’ouverture au monde, loin du folklore.
« Le cahier des charges » que doit respecter Frédéric Voyer, conseiller spectacles vivants : de la nouveauté, de la découverte, de la qualité, une jauge intimiste, de la musique qui s’écoute plus qu’elle ne se danse histoire de respecter les origines, un plan B en cas de pluie.
Pour y parvenir, une myriade de mails et de coups de fil, des négociations financières (argent public oblige), des tableaux Excel en pagaille. À cela s’ajoute une logistique au cordeau : techniciens, hébergement, repas des artistes, mobilisation des agents les soirs de concert…
Le souvenir d’une expérience
Le tableau serait incomplet sans parler de la boutique, histoire de garder le souvenir de cette expérience de Montmaur. Magnets, cartes postales, marque-pages à l’effigie du château, livres qui font écho à son histoire… Gérer des stocks à base de tableaux Excel automatisés, mettre en lumière le livret-jeu Baltazar. Tout cela, c’est l’affaire de Céline Guillaume, instructrice subventions et suivi budgétaire. Le droit à l’erreur, inexistant.
Toute une machinerie de l’ombre pour faire flamboyer Montmaur tout l’été.
Il faut sauver le soldat Montmaur
Par le toit, par le sol. L’eau a déclaré la guerre au château de Montmaur. Pour le sauver ? Un budget de 460 000 € et l’expertise du service Ingénierie et construction.
Retour en 2020-2021, avec la commande d’un diagnostic sanitaire ultra exhaustif : compilation des désordres d’une part, travaux à prévoir de l’autre. De quoi servir de base à Denis Ramon, chargé d’opérations, qui fin octobre 2025, lance une « consultation d’urgence ».
Blanc-seing de la Drac
Histoire d’aller encore plus loin, a aussi été intégrée une étude hydrogéologique. L’objectif ? Comprendre d’où vient cette eau (eau de ruissellement, source à proximité, réseau d’eau de la Ville tout proche, etc.).
Pas de réparations cosmétiques au programme, mais une intervention structurelle pour stopper les dégradations : revêtements muraux qui se délitent par endroit, un sol suintant près de la forge, dont les parois ruissellent littéralement par temps de pluie, fissures en formation…
D’ici quelques semaines, les études hydro révéleront leurs conclusions et rendront leurs préconisations techniques (pose d’un drain souterrain, création d’un puits…). Ce qui est d’ores et déjà acté : réfection d’une majeure partie de la toiture et des chéneaux. Sera également traitée la fissure qui menace la tour ouest.
En parallèle, le château, qui présente quelques fissures en formation, sera mis sous haute surveillance durant un an, à base de capteurs et de visites in situ.
Et à chaque fois, il faudra obtenir le blanc-seing à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), le château étant classé au patrimoine historique.
Des fouilles archéologiques préventives
Il faudra aussi compter avec l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) qui d’ici peu débarquera avec ses engins d’excavation (ce qui pose aussi le souci de leur organisation vu la configuration des lieux) afin de fouiller le sol, en mode tranchées.
« La phase de consultation des entreprises devrait intervenir courant février-mars 2027 pour un démarrage des travaux en septembre avec leur réception programmée en mars 2028 », détaille Denis, en charge de la maîtrise d’ouvrage, de A à Z (rédaction des clauses techniques, estimation du budget, analyses techniques et suivi administratif des offres, garant du bon déroulement de la procédure de marchés et du chantier, liens avec la Drac, l’Inrap…).
Mais c’est en juillet que le sort du château se jouera : c’est à ce moment-là que nous demanderons à l’architecte de nous chiffrer avec exactitude les coûts des travaux. En découleront les arbitrages politiques et le sort du château. Une certitude : tout sera fait pour sauver le soldat Montmaur.
Stéphanie Cachinero