La contraception, c'est aussi une affaire d'homme !
Le Centre de santé sexuelle met en lumière la contraception masculine. On fait le point sur ces méthodes déjà anciennes en Europe, mais qui montent puissance en France ces derniers temps.
Qui a dit que la contraception n’est qu’une affaire de femmes ? Spoiler alert, les hommes sont aussi concernés. Et c’est pour le rappeler que le Dr Anne Fleury-Mathieu du Centre de santé sexuelle et sa collègue conseillère conjugale et familiale, Nathalie Karé, ont dédié une soirée débat à la contraception masculine, dans le cadre de la semaine de la santé sexuelle, début juin.
Vous n’avez pas pu y assister ? On fait le point sur une thématique « mal connue, y compris des médecins, et peu développée », dixit le Collège de la médecine générale (CMG) dans son guide à destination des praticiens, publié en février 2025. Une situation que corrobore le Dr Anne Fleury-Mathieu, qui officie également en ville.
Il n’empêche « qu’on m’interroge de plus en plus sur le sujet », confie Anne qui s’est mise à potasser pour ne pas laisser sa patientèle sans réponse. L’occasion ici de remémorer « que toute personne a le droit d’être informée sur l’ensemble des méthodes contraceptives et d’en choisir une librement », article L5134-1 du Code de la santé publique. Y compris les hommes.
« 92 % des femmes qui ne désirent pas de grossesses utilisent un moyen de contraception », Institut national de la santé et de la recherche médicale
À chacun ses motivations, comme en témoigne le Dr Anne Fleury-Mathieu dans le secret de son cabinet : volonté de maîtriser sa fertilité, de partager cette responsabilité avec sa partenaire, de la soulager en cas de soucis avec sa contraception. D’ailleurs, en France, « 92 % des femmes qui ne désirent pas de grossesses utilisent un moyen de contraception », selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale.
Concernant la répartition de la charge contraceptive, les statistiques sont rares. Une étude belge* indique toutefois que 73 % des couples hétéro interrogés considèrent que la « contraception se partage à égalité des sexes ».
Préservatif, efficacité modérée
En quoi consiste cette dernière au sein de la gent masculine ? La méthode la plus connue mais pas la plus efficace est sans conteste le préservatif. Au regard de l’indice de Pearl, soit le nombre de grossesses indésirées au bout d’un an d’utilisation effective, le préservatif se situe autour de 13 %, malgré un potentiel théorique de 2 %. Des chiffres qui révèlent des failles dans son usage en conditions réelles.
Pour ce qui est du retrait avant éjaculation, là aussi l’efficacité s’avère modérée selon le CMG, et dépend énormément de la connaissance, l’expertise même, de son corps.
Celle qui reste inégalée, pour l’heure ? La vasectomie, contraception dite permanente, légale en France depuis 2001. Celle-ci est cependant potentiellement réversible par chirurgie (vaso-vasostomie). Une intervention en ambulatoire qui dure entre 10 et 30 minutes, sous anesthésie locale. Moins invasive, donc, que son pendant féminin, la ligature des trompes. Dans les deux cas, un délai de réflexion de 4 mois s’impose entre l’opération et la première visite chez son urologue pour les homme et gynéco pour les femmes. Pour que son effet contraceptif soit maximal, il faut compter, messieurs, au moins 3 mois. Le temps d’éliminer tous les spermatozoïdes.
On ne touche pas à la virillité
Existe deux autres méthodes auxquelles la communauté scientifique commence à accorder du crédit. La contraception hormonale d’une part. Du même acabit que la pilule chez les femmes. Avec les mêmes effets indésirables, pas plus, pas moins. Le hic ? « Il n’existe pour l’heure qu’une seule molécule disponible en France. Ne faisant l’objet d’aucune autorisation de mise sur le marché et n’est donc pas remboursée par la Sécu** », souligne Anne. Sa voie d’administration actuelle peut aussi dissuader : une injection intramusculaire hebdomadaire.
Mais l’industrie pharmaceutique n’a pas dit son dernier mot : « Des études sont en cours aux États-Unis concernant une contraception masculine hormonale en gel », confirme la médecin.
« Des études sont en cours aux États-Unis concernant une contraception masculine hormonale en gel », Dr Anne Fleury-Mathieu du Centre de santé sexuelle du Département
Et la contraception thermique, par ailleurs. Une solution qui a convaincu certains des patients de Anne et qui les satisfait, selon leurs retours. L’idée ? Stopper la spermatogenèse en soumettant les testicules à une température supérieure à 35° C, 15 heures par jour. Là, entrent en action les fameux slips chauffants ou anneaux contraceptifs qui permettent de remonter et maintenir les testicules à l’intérieur du corps. Pour renouer avec la fertilité, il suffit de dire au revoir à ces dispositifs et attendre 6 mois pour que les spermatozoïdes redeviennent aussi vigoureux qu’avant.
Enfin, haro sur les idées reçues, « les moyens de contraception masculine n’ont aucune incidence sur l’éjaculation et la virilité ». So ? Rendez-vous chez votre médecin.
* Étude réalisée en 2017 par mutualité belge Solidaris. ** Une trentaine d’euros par mois.
Stéphanie Cachinero