Incendies monstre : tout ce qu’on veut, c’est être à la maison
Les consignes préfectorales sont claires : le retour à domicile est autorisé pour de plus en plus d’habitants en Gironde. Pourtant, le travail en aval, celui des volontaires au Parc des expositions de Bordeaux-Lac, en particulier, est loin d’être arrivé à son terme.
C’est dans un décor de crise que Céline Fleuet et Léa Pelta, toutes les deux forces vives en protection maternelle et infantile (PMI), viennent apporter leur aide. Volontaires, elles sont assises sous leur barnum, prêtes à répondre à la moindre question et à calmer n’importe quelle inquiétude. Céline est éducatrice de jeunes enfants à la Maison du Département des Solidarités (MDS) d’Eysines. Au moment des premières fumées et comme une évidence, elle s’est portée volontaire pour aller aider les nombreux évacués au Parc des Expositions. Peu après que l’ouverture du Parc des Expositions, elle est venue « en repérage » dit-elle, afin de déterminer « comment intervenir et coordonner nos missions », un véritable état des lieux où l’adaptation dans un dispositif si inédit doit se faire dans les plus brefs délais.
Celle qui forme son binôme pour la journée, Léa Pelta, est quant à elle médecin de PMI à la MD) d’Ambarès-et-Lagrave. Elle explique que sa mission principale est d'assurer le bon déroulé de cet hébergement taille XXL concernant la santé chez les zéro à six ans. Regard sensible et déterminé, elle déclare vouloir apporter son soutien.
« On n’est jamais trop pour aider, et je ne voulais pas rester sans rien faire, donc je me suis portée volontaire. »
Dans leurs missions, aussi importantes que diverses, citons l’accompagnement psychologique qu’elles présentent comme un enjeu en deux temps. Céline ne manque pas de rappeler l’importance de « l’après » dans l’évolution du retour à la normale. Elle n’oublie pas également de mentionner la détermination de ses collègues, comptant des sinistrés parmi les premiers volontaires.
Slalomant entre les lits, carnet et ordinateur à la main, Margot Manach et Louane Wagner sont ici pour assurer le relogement et que « tout le monde ait une solution pour rentrer » parmi les résidents temporaires du Parc.
Une bouteille servant de vase pour une fleur, des dessins d’enfants afin de remercier les pompiers pour leur présence, un tableau quasiment terminé : tout montre que cet endroit a été le refuge quotidien de milliers de Girondines et Girondins. La reprise des habitudes est donc un enjeu majeur dans ce processus de crise. C’est pourquoi ces collègues, Margot, à la MDS et Louane au Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), toutes les deux assistantes sociales à Lormont, ont été appelées par l'Union Départementale des Centres Communaux d'Action Sociale (UDCCAS), parmi d’autres travailleurs sociaux pour venir aider toute la semaine. Pour Louane, ce n’est pas son premier volontariat. Elle a déjà aidé au lycée de Créon, pour accueillir des familles ou des résidents d’Ehpad. Pour cette jeune femme, c’est l’essence de son métier.
« L’accompagnement des personnes en difficulté, faire de la réassurance, pouvoir écouter, apporter un soutien, une écoute bienveillante »
Margot, néo-volontaire découvre quant à elle le quotidien au sein même d’une cellule de crise : « ça ne fait pas tout à fait ambiance de guerre, mais ça fait quand même crise, comme le COVID, avec des mesures inédites qui sont mises en place ». Tout au long de la journée, elles iront discuter et rencontrer toutes les personnes encore présentes, beaucoup de lits étant laissés vides par l’autorisation préfectorale autorisant près de 150 000 personnes à rentrer chez elles.
Pour s’assurer un retour maîtrisé, Bordeaux Métropole coordonne avec le Département, un partenariat avec Airbnb et de nombreux hôtels, un recensement des différentes solutions pour les sinistrés. « Quand ce n’est pas les assurances qui veillent au relogement temporaire, c’est le Département qui s’en occupe » précise Louane. C’est, ce jour-là, ce binôme qui sera chargé de la lourde tâche de les accompagner, à l’heure où le parc des Expositions s’apprête à fermer ses portes.
Quand certains ont vu le site comme le lieu de recueil post-traumatique des feux sans précédent, la volonté d’un retour à la maison est souvent étroitement liée à la sensibilité de chacun. Toute la complexité de cet accompagnement psychologique et logistique sera donc d’unifier les volontés tout en s’adaptant à la situation de chacun.
Là où le feu passe, les camions citernes redémarrent, le social se dépasse et la côte aquitaine se répare.