Graines de solidarités : cultiver le lien social
À Langon, derrière la nouvelle Maison du Département des solidarités du Sud-Gironde, un terrain vide est devenu jardin partagé où des personnes isolées ou vulnérabilisées, âgées ou en situation de handicap, se retrouvent chaque semaine. Un jardin extraordinaire né de l'idée de travailleuses sociales convaincues qu'un simple carré de terre peut aider à reconstruire une vie sociale.
« Aujourd'hui, plantation des légumes d'été, paillage et courges ! »
Dorothée Nicq, coordinatrice de l’association Place aux Jardins, bat le rappel. Autour d'elle, une douzaine de jardiniers en herbe enfilent leurs gants après le rituel du café partagé et le brouhaha des retrouvailles hebdomadaires. Let’s go, le chien de Michaël dresse les oreilles. Il y a quelques mois encore, à cet endroit, il n'y avait qu'un terrain vide et bitumé. Aujourd'hui, tomates, courgettes, aromatiques, fleurs et fontaine dessinent un jardin foisonnant devenu plus qu'un potager.
Quand la terre rassemble
Le projet est né en septembre 2025 à l'initiative de trois assistantes de service social des Maisons du Département des solidarités du Sud-Gironde à Langon et de la Maison du Département des solidarités de Cadillac, ainsi que de la coordinatrice du CLIC du Sud-Gironde, avec l’accompagnement de Place aux Jardins, association soutenue par le Département dans le cadre des Appels à initiatives locales de développement social (AILDS). Il vit avec d’autres partenaires locaux comme l’Accueil de jour des Lilas à Langon dont les personnes accueillies se joignent parfois au groupe.
Au milieu des plantations, un panneau affiche les valeurs du lieu : convivialité, projet commun, intergénérationnel, mixité sociale, activité physique… Des mots qui prennent vie chaque vendredi. La plupart des participants vivent seuls et traversent souvent des difficultés de santé ou de précarité. Hervé ne manquerait ce rendez-vous pour rien au monde. « J'ai besoin de prendre l'air, » confie-t-il. Pour Delphine, maman solo, « venir ici, c'est un souffle ! ». Tous évoquent le plaisir de la nature, d’agir ensemble, et de rencontrer d'autres personnes dans une ambiance bienveillante.
« Une action collective, c'est avant tout regrouper des habitants, » résume Christelle Bardin, assistante de service social. « Travailler, apprendre, se tromper ensemble, trouver sa place et prendre du plaisir. »
Le jardin devient alors un prétexte. Ce que l'on cultive vraiment ici, ce sont les rencontres.
Terrain fertile pour l’entraide
Au fil des mois, les participants ont transformé le terrain nu en espace vivant. Ils ont construit les parcelles, planté, arrosé, bricolé tables et bancs et imaginé ensemble les aménagements du jardin. Mais la plus belle récolte est ailleurs.
« On est devenus une petite famille, » raconte Véronique.
Les participants s'organisent pour les arrosages, se rendent service et gardent contact en dehors des ateliers. Stéphanie apprécie que chacun puisse apporter sa contribution :
« Nos compétences et nos qualités sont reconnues. Cela redonne confiance en soi ».
Dans ce jardin partagé, chacun apporte une idée, un savoir-faire, un coup de main. Entre courbatures et récoltes, les participants cultivent surtout l’autonomie, l’estime de soi, l'entraide et le sentiment d'appartenir à un groupe.
« Ici, tout le monde a les mains dans la terre. Il n'y a pas de jugement, » résume Stéphanie.
Elle dit tout de ce lieu extraordinaire, où l'on récolte autant de liens que de légumes.
Le jardin partagé de la Maison du Département des solidarités du Sud Gironde a été inauguré le 19 juin 2026.