
S’en tirer par le cheveu !
Lauréates locales et régionales des Prix de l’Inspiration en ESS (*) 2026, Céline Faucher Pichaureaux et Solène Dallet ont cofondé Les Baroudeuses, coiffeuses itinérantes qui se déplacent là où on ne les attend pas pour dénouer bien plus qu’une mèche, et couper court à l’isolement.
Une femme pousse la porte d’un centre social, curieuse de découvrir une séance de modelage crânien. Céline et Solène coiffent, mais elles massent aussi cette partie du corps où le cheveu s’enracine, véritable « boîte noire » de notre météo émotionnelle et psychologique. Après la séance, la grisaille est, en elle, pour la première fois, évanouie. Céline et Solène se souviennent : « Elle s’est sentie libérée d’un poids, elle est repartie légère. »
Variations hormonales, carences, stress : le cheveu peut porter les traces de ce que le corps traverse. Il raconte aussi une identité, une histoire, une culture, un rapport à soi et aux autres – un lien sensible entre l’intime et le monde. Céline vient du travail social, Solène de l’éducation à l’environnement ; rien ne les prédestinait à accompagner les autres par le cheveu.
Racines communes
En 2022, Céline traverse « une période de blessure et de questionnement sur son avenir professionnel ». Elle quitte son emploi et s’inscrit en formation de coiffure. Solène, sans le savoir, s’apprête à faire de même – les deux femmes, qui s’étaient perdues de vue depuis dix ans, se recroisent par hasard en 2023. C’est autour du cheveu qu’elles décident de renouer.
L’année suivante, Les Baroudeuses prennent la route. Le nom de leur association n’est d’ailleurs pas si « capillotracté » : leur matériel voyage derrière un vélo-cargo, et elles vont elles-mêmes jusqu’à celles et ceux qui ne pousseraient pas spontanément la porte d’un salon. Centres sociaux, foyers d’urgence, ESAT (**) : leurs passages répétés tressent, entre ces lieux disparates, un même fil de confiance. Les structures accueillant du public peuvent solliciter l’association pour leurs bénéficiaires ; les particuliers, eux, y accèdent via une structure accompagnante (sociale, associative, culturelle, d’insertion…). Chaque intervention dure une heure ou deux, « décidée en amont avec les professionnels du lieu », précise Céline. Livres, paillettes, outils de coiffure, miroirs : de quoi offrir des « minutes heureuses », le temps d’une pause.
L’éthique et l’économique
Jusqu’au bout des ciseaux, Céline et Solène mènent une réflexion constante sur les produits qu’elles utilisent, attentives à leur impact sur la santé et l’environnement. Le message est clair : ce qui touche la tête ne doit pas abîmer la planète. Les cheveux coupés finissent au compost, « dans certains quartiers, avec l’aide des habitants », complète Solène : la boucle se referme jusque dans la terre. Quant aux tarifs, ils sont calculés au seul temps passé, non au genre : « 2026, le genre n’a pas de coût, la longueur des cheveux n’a pas de genre », tranche Céline.
Le modèle économique : « subventions, appels à projets, financeurs privés… un mécénat serait essentiel », détaille Solène. En deux ans d’existence, l’association a noué une trentaine de partenariats et touché un millier de personnes. Le projet qui les enthousiasme le plus reste à venir : recueillir, pendant les séances, ce qui s’y raconte, pour en tirer bientôt des capsules sonores, « Dans le miroir des Baroudeuses ». Un miroir qu’elles rêvent déjà de dépasser, pour aller chercher, au-delà du reflet, ce que chacun porte en soi.
Infos pratiques :
lesbaroudeuses.com
Instagram : les_baroudeuses37
Facebook : Les Baroudeuses, coiffure engagée
(*) ESS : économie sociale et solidaire.
(**) Établissement et Service d’Accompagnement par le Travail
