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Robin Husband : les 400 coups… de chapeau

Robin Husband : les 400 coups… de chapeau

Savoir-faire/Artisanat
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De la mitre d'un cardinal à la perruque de Joséphine Baker en passant par les décoiffantes créations réalisées pour l'opéra, Robin Husband ne laisse pas sa casquette au vestiaire quand il s'agit de donner du chapeau. Démonstration avec le képi du capitaine Dreyfus.

Robin Husband a-t-il regardé en boucle la série Chapeau melon et bottes de cuir dans sa jeunesse ? Peut-être était-il fan du Chapelier fou d'Alice au pays des merveilles ? Le natif d'Oxford possède dans tous les cas ce "je ne sais quoi" de "so British", sobrement élégant et délicieusement excentrique.

Le chapelain nous reçoit dans la quiétude de son petit atelier d'artisan, au fond du jardin. Dans cet antre de la tête, un masque de Batman en feutre y cohabite avec un chapeau haut-de-forme confectionné pour la Chauve-Souris, de Johannes Strauss, au milieu d'un amoncellement d'outils de tout acabit. Plutôt que de partir sur les chapeaux de roue, la conversation s'installe tranquillement.

Des vénérables institutions anglaises au french cancan

De Bastingstoke à Londres en passant par Cardiff, Robin Husband a pris le temps de se faire la main. Scénographie, maquettes de décor, fabrication de costumes et d'accessoires… Le quinquagénaire a rapidement mis le cap sur les couvre-chefs. Au-delà de la peinture, j'ai une vraie attirance pour le travail du tissu et des matières. De plus, s'il est porté, le chapeau reste un objet à part entière, avec un côté structurel très intéressant. Il y a aussi un côté touche-à-tout, il faut souvent amener des savoir-faire de partout.

Pour la danse, il soigne autant l'esthétique que le côté pratique : : Les chorégraphies sont parfois très mouvementées. Or, le chapeau doit tenir sur la tête des danseurs. Il faut souvent le renforcer, le lester, le rigidifier...

Droits réservés : © Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole

Arrivé à Rennes en 2007, Robin Husband a troqué le pouce pour le centimètre, et quitté Shakespeare pour Proust. Mais le langage du chapeau est universel. Pour l'opéra la Chauve-Souris, il a réalisé une quarantaine de chapeaux et coiffes, pour certains créés en six exemplaires.

Pour Cendrillon, c'est une tête de cheval qu'il a dû sortir de son chapeau. De la perruque de Joséphine Baker à une coiffe de Bigoudène en forme de "rouleau de Sopalin" réalisées pour le Cabaret Moustache (en collaboration avec Philippe Adiasse Plumassier), l'Anglais a apprivoisé le french cancan. La meilleure manière de devenir Français jusqu'au bout des ongles. Ou plutôt des cheveux.

La mitre du cardinal et le képi du capitaine

J'aime passer de la 2D à la 3D, interpréter un dessin… Dans mon métier, il y a de la couture à la machine ou à la main, mais aussi un peu de soudure, de patine, de teinture, et de chimie… Fabriquer des couvre-chefs pour s'amuser est une chose, mais une coiffe pour un musée en est une autre. Le musée de Bretagne avait pour projet de recréer l'uniforme du capitaine Dreyfus pour son nouvel espace d'exposition. Une mission confiée à la costumière Bénédicte Clavier-Guillemot et à la brodeuse Céline Le Beltz. J'avais déjà travaillé avec Bénédicte sur les 400 ans du grand pardon d'Auray. Je devais fabriquer une mitre pour un cardinal du Vatican. Le problème est que son identité était tenue secrète et que je ne connaissais pas son tour de tête !

Après le goupillon, le sabre : pour le képi d'Alfred Dreyfus, le chapelier a effectué beaucoup de recherches : trouver la bonne épaisseur de tissu en drap de laine, dégoter la soutache (tresse dorée décorative) idoine, les boutons de jugulaire floqués d'une grenade et de deux canons, le nœud hongrois, le chiffre 14 correspondant à son numéro de régiment… J'ai cherché à aller le plus profondément dans la vérité de l'époque.

Je passe souvent devant le lycée Zola, où s'est tenu le procès. Vue d'Angleterre, l'Affaire n'est pas trop connue. Pour ma part, ce qui m'a plus marqué, c'est que l'armée française s'obstine jusqu'au bout dans ses mensonges.

Le French cancan et le Vatican, la fête et l'Affaire... Réflexion faite, Lewis Carroll avait raison : il faut être un peu fou pour être chapelier.

Jean-Baptiste Gandon


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