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Portrait de Jacques Ars : une mémoire queer forgée dans les nuits rennaises

Portrait de Jacques Ars : une mémoire queer forgée dans les nuits rennaises

Festivités/Animation
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Provocateur, drôle, militant et profondément libre, Jacques Ars est de ces personnages qui incarnent une ville. Entre nuits folles, combats, littérature et amour, il raconte une vie intense, à mille lieues des normes.

« Je dis toujours que pour les gens de l'alphabet LGBTQI+, il manque le F de folle ! » La phrase claque, comme le personnage. À 60 ans passés, il n'a rien perdu de son mordant. Sa vie, il l'a construite comme un acte de résistance. Mis à la porte par ses parents à 17 ans en raison de son homosexualité, il quitte Vannes pour Rennes. S'ensuit une vie faite de débrouille, d'écriture et de nuits sans fin. À cette époque, l'homosexualité se vit cachée, les rencontres se font au tapin (dans les parcs) ou les tasses (les toilettes publiques). « C'était un peu les applis de rencontres d'aujourd'hui », sourit-il. Entre deux pages de journal intime, il distribue des textes surréalistes et imagine un livre : Je serai femme du monde chez les gauchistes. La nuit devient son royaume : « Les amis, on se les créait en couchant », lâche-t-il sans filtre.

Fièvre d’une époque rock

Les années 1980 s'emballent, portées par une soif de liberté. À Rennes, il ouvre le Tutti Frutti, un bar sans alcool associatif qui défraie la chronique nationale lorsque des tableaux jugés obscènes y sont exposés. Jacques encaisse l'homophobie, parfois à coups de poing, mais « ça me glissait dessus ». Puis le sida arrive, brutal : « C'est l'hécatombe. » Refusant la noirceur, il agit sur le terrain. « Je me suis inspiré d'un projet au Danemark en déposant des capotes dans de faux nids d'oiseaux sur les lieux de drague. »

Il rencontre Luc lors de la création de Radio rock Savane. Un hébergement de dépannage qui devient une vie commune de quarante ans. Leur mariage devient officiel en 2016 : « On a distribué plein de jetons pour boire dans les bars ! » Et les bars, c'est son dada. En 1984, il reprend « La Trinquette », juste après avoir lancé Migrennes, un gratuit rock... C'est l'époque Daho, Seberg, Niagara. La rue de Saint-Malo ressuscite. Le couple s'y installe définitivement en ouvrant « La Bernique hurlante » sur les cendres du « Trap »,un ancien bar gay. Treize ans de concerts et de fêtes débridées qui marqueront durablement la mémoire rennaise.

De la politique à la paresse

Pour Jacques, la politique se fait avec dérision. Avec sa bande, il se présente aux élections pour secouer les cadres, allant jusqu'à une candidature aux régionales de 1998 pour la « Sauvegarde de la galette-saucisse ». Dans la même veine, il lance la Fête de la paresse, rue de Saint-Malo : « Le travail c'est bien, la paresse c'est mieux. »

En 2003, Jacques est revenu à ses premières amours : les livres. Désormais bouquiniste place Sainte-Anne, il reste fidèle à son quartier. Aujourd'hui, il s'adresse à la nouvelle génération LGBTQI+ (et F !) : « Faites ce que vous avez envie. Et tournez-vous vers l'ensemble de la société, les combats se font ensemble. »

Récit d'un jeune homme homosexuel dans les années 80. De 1977 à 1983, Jacques Ars publie ses journaux intimes, qui deviennent le témoignage d'une époque... Pour public averti. Disponible sur son stand, place Sainte-Anne ou sur bouquinerie.com.

Gay Pride - Marche des fiertés Jacques Ars a également été trésorier de la Gay Pride pendant plusieurs années. Le reverra-t-on sur l'un des chars lors de la prochaine édition ? Rendez-vous le 20 juin à 14h, à l'esplanade Charles-de-Gaulle, pour le départ de la Marche des fiertés.


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