Pop’up : 41 kilomètres en kayak sur la Vilaine, ça muse !
Artistique, nautique, poétique, sociétal, le parcours Pop'Up invite les amateurs à se reconnecter avec leur fleuve et à embarquer pour une aventure aux portes de chez eux, entre Thorigné-Fouillard et Bourg-des-Comptes. Un voyage entre nature et culture, passé et présent, rêve et réalité, avec en fil rouge une belle endormie nommée Vilaine.
À la fabrique d'art et de rencontre Au bout du plongeoir, du côté du manoir de Tizé, le propos parait parfois lunaire, mais c'est pour mieux prendre de la hauteur et embrasser l'ensemble des éléments. Poétique, pour infuser, par exemple, les politiques d'aménagement du territoire. Artistique, pour saluer cette beauté du geste tellement vitale.
Le Plan d'Opérations Paysagères Ultra-Poétiques Pop'up n'échappe pas à la règle, celle plantée au milieu du domaine de Tizé et rappelant au visiteur qu'il plane ici à 32 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sur le pont : l'association Au bout du plongeoir, la coopérative d'urbanisme culturel Cuesta, l'agence paysagère Croûte, sans oublier l'association En roue libre, le club de kayak Thorigné Eaux-vives et tant d'autres partenaires.
Petite séance d'entraînement avec Thorigné Eaux vives, avant de se lancer sur l'eau
Droits réservés : © Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole
Pop'up, donc. Un parcours nautique de 41 kilomètres entre Thorigné-Fouillard et Bourg-des-Comptes, jalonné de sept escales dans différents ports. L'occasion pour les marins d'eau douce de prendre le temps de réfléchir à des sujets de société comme la biodiversité (au jardin des Mille Pas), l'alimentation (à la ferme des Petits Chapelais), la santé mentale (à la fête du centre hospitalier Guillaume Régnier), l'hospitalité (à l'hôtel Pasteur), les mobilités (à la médiathèque L'Autre Lieu du Rheu), l'art et la rencontre (Au bout du plongeoir, au domaine de Tizé) ou encore les ponts et le patrimoine nautique (au kayak-club de Pont-Réan).
Je te paye un "vilain" verre ?
En chemin, les navigateurs auront l'occasion de découvrir toute une faune street-artistique : le guépard d'Ilmao, la pieuvre de Kory, le héron cendré de Héol, sans oublier le piranha de WAR. Et, à chaque escale, agissant comme un signal, les pépites réalisées par la géo-verrière Lucille Viaud nous ramènent au cœur du sujet : ce fleuve nommé Vilaine, longtemps malaimé, au point d'être enterré vivant à certains endroits. Ces baguettes et ces dentelles de verre créées à partir des déchets ramassés au fond et le long du fleuve nous disent que la rivière regorge de trésors insoupçonnés.
Mais, revenons au commencement, le port d'attaches du domaine de Tizé. Sur place, trois ormes poussent tranquillement. Ils feront un jour de l'ombre aux visiteurs joyeusement échoués sur l'île à palabre. C'est l'arbre des poètes, une espèce fragilisée par une maladie (la graphiose), explique la tête pensante du projet, Fabienne Quéméneur, pour planter le décor. L'INRAE travaille de son côté à la création d'une lignée d'orme plus résiliente, laquelle nous sera bien utile lors des futures canicules. À quelques mètres de là, un frêne sert de parasol aux promeneurs prenant une pause à la grande tablée. Ces zébrures blanches sur le tronc ? Il s'agit d'un pansement composé de cendre, de chaux et de bouse de vache. Derrière ce phare vert, les kayakistes se jettent à l'eau dans une bonne humeur contagieuse, à deux pas du pont de la discorde, qui reliait jadis les communes de Thorigné-Fouillard et Cesson-Sévigné.
Rencontre du patrimoine nautique et de l'art contemporain, le Kay'art, embarcation de Pop'up, hissera la grand-voile pour les grandes occasions. Le canotier des années 1920 a été fourni par le fabricant de bateaux Nugues, jadis basé à Bourg-des-Comptes. Le dessin de la voile est quant à lui signé Mioshe.
Droits réservés : © Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole
Créer des passerelles… L'eau a pris le temps de couler sous les ponts et l'idée de germer avant de se concrétiser dans le projet Pop'up.
Amont et merveilles
Le projet Pop'up s'inscrit dans le prolongement du travail réalisé par Cuesta sur le fleuve, en aval de Rennes , pose Fabienne Quéméneur. En parallèle, l'Agence nationale de psychanalyse urbaine avait été sollicitée pour mettre en récit 26 traversées du cours d'eau breton. L'ANPU en a également profité pour réaliser un diagnostic. Le constat fut sans appel : la Vilaine avait besoin d'une thérapie de choc pour libérer les pulsions créatrices .
Plus près de nous, l'association Au bout du plongeoir a répondu à un appel à projet lancé par la région Bretagne, via Destination Rennes et les Portes de Bretagne, autour de l'art contemporain et du tourisme fluvial. En toile de fond, l'idée de tisser de nouvelles trames, violette pour la culture, orange pour le social.
Partenaire de premier plan du projet Pop'up, la famille Nugues, une entreprise passée maître dans l'art de fabriquer des canoës et avirons en bois. Au plafond, la dentelle de verre de Lucille Viaud agit comme un signal.
Droits réservés : © Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole
La Vilaine est la mère de Rennes , sa colonne vertébrale. Avec l'avènement de la voiture, les gens ont tourné le dos au fleuve pour lui préférer la mer. En outre, l'automobile est devenue le sujet de tension numéro 1 dans les projets d'urbanisme.
Parmi les premiers ports situés en amont de la Vilaine, lové dans un petit bras du fleuve, Thorigné-Fouillard et le domaine de Tizé constituent logiquement le point de départ de cette odyssée ulysséenne sur une rivière finalement pas si « vilaine » que ça.
Les méandres du serpent
Avec ses fenêtres surgissant pour révéler le fleuve, le parcours Pop'up adresse un malicieux clin d'œil aux internautes navigant sur le net. Il renvoie aussi plus prosaïquement au kay'art. Imaginé pour sortir lors des grandes occasions, ce vaisseau a(d)mira(b)l(e) jette lui aussi un pont, entre patrimoine nautique et art contemporain cette fois. L'embarcation est un canotier des années 1920, mis à disposition par la famille Nugues, une entreprise qui jadis fabriquait de magnifiques canoés et avirons en bois à Bourg-des-Comptes. La réalisation de la grand-voile a quant à elle été confiée à l'artiste Mioshe. Dessiné sur le grand foc, non pas une otarie mais un serpenta (traduisez dragon en gallo). Une invitation à serpenter et à se laisser bercer au creux des méandres de la Vilaine.
Et vous, quand vous jetez-vous à l'eau ?
Droits réservés : © Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole
Se perdre ? Impossible avec la carte de navigation dessinée par Cuesta, qui vous amènera toujours à bon port, en prenant soin bien sûr de respecter les règles élémentaires de sécurité. « Nous sommes tous sur le même bateau », chante l'artiste rennais David Delabrosse, alias Ego le cachalot. Nous nous contenterons de répondre en chœur que cétacé vrai, en prenant quand même le temps de rendre hommage au père castor. Avec son goût pour la lenteur et ses barrages retenant le temps, la mascotte est un formidable créateur de vie. En attendant de le croiser dans un vortex, entre rêve et réalité, c'est parti pour la croisière, ça muse !
Pratique : possibilité de louer un canoë-kayak au kayak-club de Cesson-Sévigné, Rennes et Pont-Réan. Sorties et cours possibles à Thorigné Eaux vives, au domaine de Tizé.
Téléchargez la carte de navigation (lien externe)
Plus d'infos sur Pop-Up (lien externe)
Jean-Baptiste Gandon