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Pont-Péan : sur les traces du passé minier de la ville

Pont-Péan : sur les traces du passé minier de la ville


Le bâtiment administratif de la mine de Pont-Péan est un des vestiges qui, aujourd’hui, indique qu’une partie de l’histoire de la ville s’est jouée en sous-sol. Exploration.

Pont-Péan se situe à une quinzaine de kilomètres au sud de Rennes. Celles et ceux qui empruntent l’axe Rennes-Nantes au quotidien connaissent bien son nom. Pourtant, peu se doutent qu’ici s’est jouée, sur près de quatre siècles, l’histoire à rebondissement d’une mine qui a fourni 200 000 tonnes de métal, principalement du plomb. Le bâtiment administratif a été récemment sécurisé et dépollué pour être réhabilité. Il va bientôt se voir adjoindre un autre édifice qui abritera la médiathèque de la commune.

Faux départ

Le gisement de Pont-Péan aurait été repéré par deux spécialistes des minéraux : Martine de Bertereau et son mari Jean du Chastelet, baron de Beausoleil et d’Offenbach. Sous le règne de Louis XIII, les époux prospectent le territoire breton à la recherche de minerais. En 1628, ils font une découverte à proximité de la lande de Tellé et indiquent « proche de Pont-Péan, à deux lieues de Rennes, une bonne mine de plomb contenant beaucoup d’argent, du vitriol, du soufre, du zinc, du mercure, de l’arsenic ».

Tout ne se passe pas comme prévu pour les deux explorateurs qui sont accusés de charlatanisme. À l’époque, bien des gens croient encore aux superstitions du Moyen Âge. Or les méthodes de la baronne inquiètent. Pour repérer les mines, elle utilise des « boussoles minérales » confectionnées à partir de plantes censées être attirées par les métaux cachés sous terre. Dans le coin, on la soupçonne de pratiquer la sorcellerie. Le couple est emprisonné à vie. Naturellement, le projet d’exploitation a du plomb dans l’aile.

La machine à piller le minerai, appelée "bocard".

Droits réservés : © Musée de Bretagne

Gros travaux

En 1730, la concession minière est accordée au riche armateur malouin Noël Danycan de l’Épine, fondateur de la Compagnie des mines de Bretagne. L’homme initie de grands travaux. La Seiche est détournée pour être éloignée de la mine. Une carrière est ouverte, des puits et des galeries sont bientôt creusés. Les machines utilisées sont citées en exemple dans L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d’Alembert, ouvrage majeur du 18e siècle.

L’exploitation pourtant ne se fait pas sans heurts : décès de Danycan de l’Épine, pluies exceptionnelles et sécheresse importante qui provoquent des effondrements, problèmes de financement conséquents. Le gisement est abandonné dans les années 1790.

Les bâtiments de la mine et, à l'arrière-plan, le chevalement qui permettait aux mineurs de descendre et de remonter.

Droits réservés : © Musée de Bretagne

Essor

Il reprend de plus belle une soixantaine d’années plus tard, en 1852. Une première machine à vapeur est commandée à la réouverture de trois anciens puits, prélude au nouvel essor de la mine. Celle-ci produit :

  • de la galène (minerai de plomb aussi appelé plomb argentifère) ;
  • de la blende (minerai de zinc) ;
  • de la pyrite (qui contient des traces de métaux précieux).

À la fin du XIXe siècle, l’entreprise est devenue le premier site extracteur de plomb argentifère du pays. Quelques chiffres :

  • La mine fournit les quatre cinquièmes de la production nationale.
  • Ce sont plus de 1 200 ouvriers qui travaillent dans une vingtaine de puits.
  • À l’époque, on extrait entre 600 et 700 tonnes de galène par an.
  • L’exploitation couvre 54 hectares et de nombreuses galeries se déploient sous Bruz et Saint-Erblon.
  • Le puits le plus profond descend jusqu’à presque 600 mètres sous terre.

Dès la fin du 19e siècle, le déclin s’amorce. D’autres pays fournissent du plomb et l’offre devient trop importante. À cause de la surproduction, les prix chutent et l’exploitation pontréanaise est de moins en moins rentable. Dans le puits le plus profond, la machine d’épuisement qui permet d’aspirer des eaux très chargées en boue est devenue vétuste. En avril 1904, les pompes ne parviennent pas à stopper l’arrivée de l’eau : les puits et galeries sont inondés. La mine doit fermer, laissant ses mineurs sur le carreau.

La salle des pendus, où les mineurs accrochaient leurs vêtements avant de descendre, a été transformée en chapelle. Sur le mur, derrière l'autel, un plan dessiné de la mine de Pont-Péan.

Droits réservés : © Franck Hamon

Reprise ?

En 1928, la « résurrection » des mines de Pont-Péan est annoncée et, avec elle, l’embauche de plus de 500 travailleurs, la construction d’une vaste cité pour les mineurs. L’eau des galeries est pompée pendant un an… Mais patatras ! La société repreneuse fait faillite en 1932, et le procès qui s’ensuit révèle une véritable escroquerie. La cité ouvrière a servi d’appât aux épargnants qui, en achetant des actions, y ont laissé des plumes.

Chaque année, la veille de la Sainte-Barbe, le millier d’ouvriers de la mine de Pont-Péan faisaient brûler une chandelle pour savoir s’ils mourraient dans l’année. Si la lumière s’éteignait avant que la bougie ne soit complètement consumée, c’est que la messe était dite… Hélas, aucune superstition n’a aidé à les mettre en garde contre les arnaqueurs.

Après l’arrêt de l’exploitation de la mine, les déchets contenant du métal sont traités pendant quelques années. Les derniers ouvriers sont licenciés quand il ne reste plus rien à récupérer. Les sables et graviers accumulés alentour sont utilisés pour la construction des routes autour de Rennes. Le 24 juin 1992, un arrêté officiel met fin à la concession de Pont-Péan.

La mine de Pont-Péan aujourd’hui

Que reste-t-il de la mine de Pont-Péan ? Le chevalement métallique, fabriqué en 1893 par l’entreprise de Gustave Eiffel, a disparu. « Sur le site, il y a encore traces de plusieurs architectures liées à l’exploitation minière. L’ancien bâtiment administratif, mais aussi l’ancienne salle des pendus, c’est-à-dire les anciens vestiaires des mineurs, transformée en chapelle. On a d’anciens bâtiments techniques qui sont des friches, à proximité : une citerne, un ancien transformateur, une ancienne salle des machines. On a d’anciens ateliers et encore des logements des anciens mineurs. Il y a plusieurs typologies de construction », explique Françoise Berthelot, architecte pour la ville de Pont-Péan en charge du projet de réhabilitation.

La mairie a racheté la mine en 1997 et elle a affiché sa volonté de conserver l’identité du passé minier, pour en faire un lieu culturel, associatif et patrimonial.

Le bâtiment administratif, protégé au titre des monuments historiques depuis 1985, fait aujourd’hui l’objet d’un réaménagement. Une médiathèque est programmée en extension. « Les deux opérations avancent de manière concomitante et la fin des travaux est prévue pour octobre 2026 ». « Dans l’ancien bâtiment, au rez-de-chaussée, ce sera principalement des pièces dédiées au patrimoine, donc à des espaces muséaux. Et aux 1er et 2e étages, on va retrouver plutôt des locaux dédiés aux associations pontpéanaises. »

De quoi donner un énième souffle au lieu et transmettre l’histoire en creux des mineurs de Pont-Péan.

Les friches à proximité : une citerne, un ancien transformateur, etc. Et un poisson signé WAR!.

Droits réservés : © Arnaud Loubry - Rennes, Ville et Métropole

Pour son projet, la commune a reçu des subventions de la Fondation du patrimoine, du Département, de Rennes métropole, de l’État, de la Direction régionale des affaires culturelles et de l’agence de la transition écologique (Drac). En parallèle, elle soutient l’appel aux dons lancé par la Fondation du patrimoine, avec un objectif de 50 000 euros à atteindre.

↘️ Plus d’informations sur le site de la Fondation du patrimoine (lien externe).


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