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Nouvelle exposition L'affaire Dreyfus à Rennes : du fond et du fonds

Nouvelle exposition L'affaire Dreyfus à Rennes : du fond et du fonds


Créée en 2006 à partir du riche fonds du Musée de Bretagne, l'exposition permanente consacrée à l'affaire Dreyfus fait peau neuve. A découvrir les samedi 20 et dimanche 21 juin, avec en prime un programme d'animations.

UN WEEK-END INAUGURAL

Samedi 20 et dimanche 21 juin, les Champs Libres vous invitent à découvrir l'exposition et à profiter d'animations :

  • samedi 20 : concert des élèves du Conservatoire de Rennes sur des œuvres de l'époque ; rencontre autour de la création de la Ligue des Droits de l'Homme à Rennes ; visite hors les murs "Sur les pas de Dreyfus" avec Destination Rennes.
  • Samedi 20 et dimanche 21 : visites flash, lectures de lettres échangées entre Lucie et Alfred Dreyfus et de lettres de soutien reçues du monde entier ; visite hors les murs "Sur les pas de Dreyfus" avec Destination Rennes.

L'entrée est gratuite

Avec ses dispositifs d'éducation aux médias, la nouvelle exposition Dreyfus est largement tournée vers le présent et notre époque propice à la manipulation de l'opinion. Pourtant, un bond dans le temps s'impose au préalable pour comprendre sa genèse et la constitution d'un impressionnant fonds de 6800 documents.

Nous sommes en 1899, au moment du second procès et déjà, le conservateur du musée de Rennes Lucien Decombe collecte un embryon de collection : des périodiques comme L'Illustration, les cartes postales éditées par le libraire rennais Warnet-Lefèvre... Une centaine de pièces au total, qui dormiront du sommeil du juste pendant 75 ans, jusqu'à une première exposition organisée en 1973 et intitulée L'Affaire Dreyfus.

Dès le 18ᵉ siècle ont été réalisés des objets usuels à caractère antisémite. Cette canne s'inscrit dans cette veine : son pommeau est sculpté d'un personnage au nez très long, surmonté de petites lunettes supposées évoquer l'usurier. Cheveux frisés et papillotes évoquent l'appartenance religieuse. L'autre face figure une tête de mort coiffée de la kippa.

Droits réservés : © Musée de Bretagne

Le sujet est encore tabou en France, et Jeanne Lévy, la fille de Lucie et Alfred Dreyfus, montrera sa reconnaissance en faisant don d'un ensemble conséquent comprenant près de 4500 pièces.

En 1978, une exposition itinérante conçue par le musée de Bretagne préfigure le futur espace permanent consacré à l'Affaire. Deux autres expositions sont proposées en 1994 (L'Affaire Dreyfus, l'arme du dessin) et en 1999 (L'Affaire Dreyfus : un long combat contre l'injustice), tandis que le musée de Bretagne mène en parallèle une politique d'achats réguliers.

Une collection de 6800 documents

Riche de 6800 documents (hors périodiques), la collection Dreyfus est essentiellement iconographique : cartes postales, affiches, photographies, estampes, dessins, correspondance…

Citons les portraits réalisés par les photographes officiels du procès de Rennes Valerian Gribayedoff et Aaron Gerschel, quatre albums, dont celui du journaliste Charles Chincholle, 32 dessins de 1899 signés Couturier, la terrible série d'affiches du musée des horreurs de Lepneveu…

S'ils se font plus rares, les objets se comptent par dizaines, de ce pot à tabac à l'effigie du capitaine à cette série de six marionnettes évoquant les personnages clés de l'Affaire, en passant par la statue d'Igael Tumarkin, une canne à pommeau antisémite ou encore une assiette en faïence de Quimper.

Le musée conserve six marionnettes, chacune à l'effigie d'un personnage clé de l'affaire Dreyfus. Si le contexte précis de l'utilisation de cet ensemble n'est pas connu, l'existence d'un théâtre de rue ancré dans l'actualité politique n'est pas un phénomène nouveau.

Droits réservés : © Musée de Bretagne

Nous sommes en 2026 et l'exposition imaginée à partir de cette collection a déjà vingt ans. Le nouvel espace s'inscrit dans le contexte de refonte du parcours permanent du musée de Bretagne , pose sa directrice Céline Chanas. Avant de commencer la visite des lieux, précisons que l'exposition change de place. Dès qu'il arrivera dans le hall d'accueil, le visiteur levant les yeux pourra apercevoir la création du street artist Jeff Aerosol, réalisée à partir du portrait le plus connu d'Alfred Dreyfus, à l'entrée du nouvel espace.

À l'époquede la création de l'exposition, en 2006, le musée Dreyfus de la Maison Zola ou le musée du judaïsme n'existaient pas encore. Nous étions les seuls à traiter le sujet en France, notre approche était très généraliste. Le musée de Bretagne a pris le temps de la réflexion pour recentrer son propos.

Rennes au cœur de l'Affaire

Il s'agit tout d'abord de resituer l'Affaire à Rennes. 1899 devient une date centrale du parcours , ajoute la commissaire d'exposition Laurence Prodhomme. Une image géante de la ville et une colonne Morris nous replongent au cœur de cet été breton caniculaire. Une carte des lieux rennais de l'Affaire et un livret-parcours "Dreyfus dans la ville" achèvent de recontextualiser l'exposition.

L'idée est aussi de repréciser des éléments comme l'innocence du Capitaine. Non, Alfred Dreyfus n'est pas coupable, et non, il ne fut pas ce personnage froid et passif si souvent décrit, comme a pu nous le démontrer l'historien Vincent Duclert, membre du conseil scientifique de l'exposition. Notre propos est de remettre Dreyfus lui-même au centre de l'Affaire , confirme Laurence Prodhomme. Éclipsé par l'ombre d'Émile Zola et Jean Jaurès, le capitaine revient donc au centre des débats. Il prend la parole par le biais de sa correspondance et l'on imagine très bien sa silhouette dans le costume qu'il portait lors de son procès, reproduit à l'identique pour l'occasion.

La publicité naissante des années 1890 s'empare de supports bien surprenants comme ces blocs de papier pour cigarettes à rouler. Le jeu de mots n'a pas échappé au fabricant en intitulant son produit Le papier du Bordereau.

Droits réservés : © Musée de Bretagne

Qui était Dreyfus ? Un arbre généalogique de cet Alsacien patriote se charge de répondre à la question. Une chronologie simplifiée rappelle quant à elle les dates clés et les principaux protagonistes de l'Affaire. Reproduction de journaux, d'un album photographique manipulable, mur sur l'antisémitisme...

Il a longtemps été interdit de faire des films sur l'Affaire, ajoute Céline Chanas. Comme un retour des choses, l'audiovisuel est très présent dans le nouveau parcours, notamment par le biais d'un documentaire de Pierre-François Lebrun. Il a consulté les milliers de pages des comptes rendus d'audience pour le réaliser. Un autre film propose une compilation d'entretiens autour du travail de mémoire effectué à Rennes et un cycle cinématographique sera enfin proposé en partenariat avec l'Arvor.

Des manipulations pour réfléchir sur… la manipulation de l'information

La notion d'esprit critique et la manipulation de l'information sont au cœur de l'affaire Dreyfus et des préoccupations du Musée de Bretagne. L'Affaire correspond à la naissance de la presse moderne, qui a joué un rôle de premier plan avec la photographie. Il était donc logique de s'intéresser à la formation de l'opinion et aux manières dont on peut la manipuler. Sept dispositifs "ludiques" sont proposés, montrant par exemple que le choix d'un simple titre de Une d'un journal n'est pas neutre. Un jeu de l'oie invite par ailleurs à partir en quête de la vérité.

Sept dispositifs "ludiques" sont proposés, montrant par exemple que le choix d'un simple titre de Une d'un journal n'est pas neutre.

Droits réservés : © Collections muséales, musée de Bretagne

Pour achever de s'immerger dans cette affaire trouble où la raison d'État le dispute aux préjugés antisémites, le public est invité à mener sa propre enquête à travers un jeu : alors que le youtubeur complotiste Histobuzz annonce posséder les preuves de la culpabilité d'Alfred Dreyfus, le visiteur devra démontrer l'innocence du capitaine en explorant les collections du musée.

Énigmes à résoudre, objets à manipuler… Il ne s'agit pas d'un escape game, car le but n'est pas d'aider le capitaine à s'évader mais d'une course contre la montre pour le blanchir de toutes ces accusations calomnieuses.

Le 5 janvier 1895, Alfred Dreyfus est destitué de son grade militaire et de son insigne. Le Petit Journal s'empare de l'événement sur sa Une. Quel était le bon titre : "La dégradation", "Un innocent dégradé", "L'armée change de fournisseur de sabres" ou "Le traître" ? Il est vrai que cela change tout…

L'entrée est gratuite. Plus d'infos : musée de Bretagne. (lien externe)

Jean-Baptiste Gandon


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