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Jef Aérosol donne vie à Dreyfus avec un pochoir géant pour l’exposition du Musée
de Bretagne

Jef Aérosol donne vie à Dreyfus avec un pochoir géant pour l’exposition du Musée de Bretagne


Dans le cadre de l'inauguration de la nouvelle exposition du Musée de Bretagne « L'affaire Dreyfus à Rennes » du 20 juin 2026 au 2 juillet 2027, Jef Aérosol, pionnier de l'art urbain et du pochoir, a réalisé le portrait de Dreyfus. Ce dernier vous accueille à l'entrée de l'exposition.

C’est un portrait reconnaissable en un instant. Un homme au regard plutôt doux, avec son képi et sa veste d’uniforme militaire. L’air serein, il regarde vers la droite, vers l’avenir, pourrait-on dire. Le sien fut tourmenté : accusé à tort d’être un espion allemand et d’avoir trahi la France, Alfred Dreyfus a été jugé coupable et condamné, dégradé par l’armée française, envoyé en prison sur l’île du Diable en Guyane et jeté en pâture à l’opinion publique. Pourquoi un jugement aussi dur ? Parce que le venin de l’antisémitisme empoisonnait les esprits.

À l'heure où il refait surface, le Musée de Bretagne a décidé d'honorer cette figure historique, associée au célèbre procès qui porte son nom, à travers une exposition qui retrace son lien étroit avec la ville de Rennes. ​L'objectif était de rendre plus limpide une histoire qui est connue par son nom mais qui est très complexe dans le déroulé des événements., souligne Céline Chanas, directrice du Musée de Bretagne. Pour célébrer cette nouvelle exposition, le musée a fait appel à un pionnier de l'art urbain : Jef Aérosol. Ce dernier a peint le portrait du capitaine en grande dimension à l'entrée de l'exposition, au premier étage des Champs Libres. On s'est mis d'accord sur cette photo car c'est l'image iconique de Dreyfus, celle que tout le monde connaît. Les autres photos ne permettent pas toujours au public de le reconnaitre., note l'artiste.

Un portrait en trois couches

La première couche noire laisse entrevoir le célèbre portrait de Dreyfus.

Droits réservés : © Alain Amet, Musée de Bretagne

Équipé de ses pochoirs mais aussi de ses fidèles bombes de peinture, ses bouteilles d'ombres et de lumière, Jef Aérosol commence à peindre en matinée, ce mercredi 17 juin 2026. Tout d’abord, il pose la première couleur. La silhouette noire se devine, telle une ombre. Puis, avec la deuxième strate, en gris, les traits et les caractéristiques si reconnaissables du visage de Dreyfus prennent forme. Perché sur un échafaudage, Jef Aérosol donne vie au capitaine, couche après couche. La dernière apporte les détails et les touches de lumière, avec du blanc. Pour parvenir à ce résultat, l’artiste a au préalable fabriqué ses pochoirs, plusieurs morceaux pour chaque couche, qu’il a installés puis retirés les uns après les autres, reconstituant petit à petit le portrait de Dreyfus. Le résultat est très fidèle à la photo originale, en noir et blanc. Jef Aérosol y a ajouté une touche personnelle : il a parsemé l’œuvre de faisceaux, ​ comme de la dentelle, qu'on appelle des ponts. Ces formes et ces motifs donnent un effet vieilli à la réalisation, rappelant l’ancienneté de la photo, et ​ permettent de faire tenir la peinture du pochoir. L’artiste urbain a aussi apporté plus de lumière à l'ensemble, la photo originale étant plutôt sombre.

Un des morceaux du pochoir, avec des ponts.

Droits réservés : © Alain Amet, Musée de Bretagne

Des engagements poétiques

En France, uniquement trois musées sont consacrés à Dreyfus et l’exposition du Musée de Bretagne est la seule qui est entièrement dédiée à la partie rennaise de l’affaire. ​Le fait que cette exposition existe m'a touché. Je trouve que c'est important qu'il y ait une exposition permanente sur cet épisode en particulier, que le grand public ne connaît pas toujours très bien.

Alfred Dreyfus est un personnage important pour Jef Aérosol. Ses engagements contre l’antisémitisme et les autres formes de discrimination sont multiples mais ​ plus poétiques que politiques, explique-t-il. ​ Avec la poésie, on peut défendre des choses.

Au Musée de Bretagne, l’art urbain a donc rencontré ce personnage historique et engagé une passionnante conversation. ​Le pochoir permet de contemporanéiser des choses anciennes, précise Jef Aérosol. L’art urbain peut aussi porter en lui des valeurs de partage et de pédagogie, des vertus qui lui tiennent à cœur : ​ C'est important d'amener des éléments d'histoire et de culture dans l'espace public, de permettre au public de se les approprier. L'espace public, c'est aussi chez nous.

Un pionnier de l’art urbain

Jef Aérosol et Alfred Dreyfus.

Droits réservés : © Alain Amet, Musée de Bretagne

Jef Aérosol a réalisé son premier pochoir en 1982, initiant avec d'autres le mouvement. Son style est reconnaissable par ses portraits ou ses personnages en pied, en noir et blanc, qu'il réalise d'après des photos. Parmi ses protagonistes, on retrouve principalement des enfants, des artistes, comme Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat, ou encore des grandes figures historiques de la lutte pour les droits humains, tels que Gandhi et Nelson Mandela.

Les personnes présentes à l'inauguration de l'exposition, vendredi 19 juin 2026, ont pu découvrir en direct l'ajout du dernier élément caractéristique de ses œuvres, sa touche finale : la discrète petite flèche rouge, qui indique au regard où se poser.

Infos pratiques

L'affaire Dreyfus à Rennes, du 20 juin 2026 au 2 juillet 2027, au Musée de Bretagne.

Retrouvez plus d'informations sur le site du musée (lien externe).


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