Face à la montée du masculinisme, les professionnels de la jeunesse se forment
Depuis un an, les acteurs socio-éducatifs du Blosne et de Bréquigny s'outillent pour réagir aux agissements masculinistes. Début octobre, ils ont participé à une journée de formation consacrée à l'accompagnement des victimes.
Remarques sexistes et homophobes, fausses informations qui culpabilisent les femmes, messages de soutien à un violeur sur les réseaux sociaux... Voici ce que les professionnels qui travaillent avec les ados et les jeunes adultes au Blosne et à Bréquigny voient et entendent sur le terrain. Ils sont les premiers témoins de l'impact de la montée du masculinisme sur les jeunes. Véritable réaction épidermique aux luttes féministes, cette idéologie touche tous les quartiers, toutes les tranches d'âge, toutes les classes sociales.
Pour lutter contre ce phénomène inquiétant, ils ont décidé de se former. Les professionnels sont atterrés par ce qu'ils entendent mais ne savent pas toujours comment réagir, explique Pauline Legal, chargée de mission Politique de la Ville.
En mai, ils ont participé à une première journée pour comprendre les rouages du masculinisme. Nous avons besoin de déconstruire certains discours, tout en veillant à ne pas adopter une posture moralisatrice, souligne Alizé Aoustin, qui travaille au service de prévention spécialisée Le Relais. Le but est de faire culture commune et de proposer des outils concrets ajoute Noémie Fréhel, chargée de projet à Liberté Couleurs, une association qui fait de l'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité.
Des conseils concrets
Vendredi 2 octobre, une cinquantaine de professionnels de l'Éducation nationale et des structures dédiées à la jeunesse ont participé à une nouvelle journée de formation consacrée à l'accompagnement des victimes. Propos sexistes et homophobes, diffusion de photos et vidéos à caractère sexuel sans consentement, agressions physiques... Le masculinisme fait des dégâts.
Pour commencer, la Société bretonne de psycho-criminologie et psycho-victimologie a fait un point sur le cheminement psychique d'une victime. Elle peut se sentir honteuse, coupable, responsable, rappelle M. Ménard. Pour l'accompagner, il faut l'aider à réfléchir, et non décider ce qui est bien pour elle. Si elle ne souhaite pas déposer plainte, c'est son choix.
Les juristes de D-Code et SOS Victimes ont expliqué comment leurs associations informent et orientent. La cheffe brigadière Laetitia Muratore a retracé les étapes d'un dépôt de plainte, malgré le fait que le manque de formation des policiers conduit à certaines "erreurs" dans la prise en charge. Puis l'avocat Thomas Serrand a détaillé la procédure judiciaire en prodiguant des conseils très concrets. Il faut réserver la parole d'un enfant pour l'audition : si vous l'aidez à préparer son discours, il sera moins spontané et ça peut affaiblir sa crédibilité.
Pour les acteurs socio-éducatifs, ces journées permettent de mieux connaître les structures vers qui orienter les jeunes, découvrir des serious games pour aborder le sujet avec leurs publics ou encore prendre du recul. Ça aide à comprendre les incidences qui mènent au masculinisme et de le prévenir, en repérant les premiers signes, témoignent Louis Daniel et Jeanne Gandit, animateurs au Cercle Paul Bert qui constatent un renforcement des stéréotypes genrés dans le domaine du sport. C'est intéressant le volet sur l'accueil de la parole des victimes... mais le fond du problème, c'est surtout l'éducation !
