Exporama : portrait de Morvandiau, trait pour trait
Auteur de bandes dessinées alternatives, dessinateur de presse, enseignant, Luc Cotinat alias Morvandiau, est aussi un peintre figuratif. Une vocation tardive laissant ses couleurs exploser dans l'affiche d'Exporama et dans La Chambre aux loups, une expo présentée dans le cadre du rendez-vous estival des arts visuels.
Premiers traits
Comme beaucoup de jeunes en quête de modèle, Morvandiau a suivi les traces de Tanitoc, son frère aîné dessinateur. La création d'un premier fanzine (Kalemia sur le Tanganyika), la découverte des Ateliers du vent et la rencontre avec la revue L'Œil électrique achèvent de convaincre celui qui se rêvait footballeur professionnel. Le Rennais né en 1974 monte « par accident » (ça devait être une interview) une exposition sur l'illustre Willem. Périscopages, le festival rennais de la BD indé, était né.
Le temps presse
En 1996, Les Inrockuptibles le recrutent en lui adressant un message posté dans leur courrier des lecteurs... L'auteur de BD ajoute une deuxième corde à son art avec ses dessins rebondissant à chaud sur l'actualité. « Les artistes sont rarement satisfaits par l'état du monde », commente-t-il. Cela tombe bien, le magazine Marianne lui ouvre une fenêtre pour faire passer ses messages. Journaliste, le titulaire du bac devient en parallèle enseignant à l'université Rennes 2. Puis décide de passer des diplômes pour soutenir une thèse consacrée à la BD alternative et intitulée « L'art de la contrebande ».
L'esprit de famille
Les proches de Morvandiau ne sont jamais très loin du dessinateur. Souvent dans la case d'à côté, même, comme dans D'Algérie. L'auteur de BD y enquête sur sa famille et le destin de son oncle prêtre, un « père blanc » assassiné par le GIA en 1994. Une manière pour lui, d'aborder la question des relations troubles entre la France et l'Algérie. Son fils trisomique et autiste, et sa maman décédée d'un Alzheimer précoce, sont au cœur du Taureau par les cornes. Avec, en toile de fond, la question du rapport à l'altérité et à la norme.
Morvandiau à l'affiche
Morvandiau a rencontré la peinture figurative après sa thèse, « un tunnel en solitaire de 7 ans et un burn out en prime ». Le dessinateur prend plaisir à se réapproprier le paysage. Comme la Chambre aux loups, ce site de la forêt de Brocéliande représenté sur l'affiche d'Exporama, et de l'exposition proposée pour l'occasion à Lendroit. « La couleur me fait du bien », conclut celui-qui planche sur une BD consacrée à Michel Foucault. « Bon, en même temps, si tout allait bien dans le monde, je ne pourrais plus bosser. Là, je suis servi ! »
La Chambre aux loups, du sam. 20 juin au sam. 19 septembre, Lendroit Galerie, Rennes. exporama-rennes.fr (lien externe)