Bistrot Saint-Cyr : un troquet pas comme les autres.
L'isolement des personnes âgées est une réalité. En cause : la mobilité. Alors l'Ephad de la Maison Saint-Cyr a trouvé la solution : ouvrir ses portes à tout le monde. Bienvenue au bistrot Saint-Cyr, où la bière et le chocolat chaud coulent à flots !
Corine, je ne vais pas finir ma limonade tout de suite. Je pourrais avoir un bouchon qui fait clic pour la remonter dans ma chambre ? Avec ses fanions de ginguette qui ornent la terrasse et ses vitraux qui filtrent la lumière du patio, le café Saint-Cyr a tout d'un bistrot de quartier. Ses piliers de bar : les résidents de la Maison Saint-Cyr mais aussi les familles, parfois des habitants du quartier et des promeneurs du parc Saint-Cyr. Entre une partie de Rummikub et une dégustation de glace, Corinne Rach, la « barm'aide », est aux petits soins de ses clients.
Les résidents ont des difficultés à sortir de l'établissement, alors on leur propose de faire venir la ville à eux , explique Julien Bachy, directeur. Ce dimanche d'octobre, les tables se remplissent, les verres se vident. On vient ici pour un moment convivial, pour créer du lien. C'est mieux que d'aller dans la chambre de ma mère , témoigne Élise, en visite avec sa fille. Comme ça, ma petite-fille arrête de jouer avec ma potence, et ne dérange pas mon lit, s'amuse Martine, résidente.C'est quand même bien plus sympa ici pour recevoir sa famille, ses amis. Il y a même un babyfoot pour les jeunes. Sa voisine acquiesce et ajoute : J'ai l'impression de sortir sans sortir.
« Ce bistrot c’est une chance inouïe »
Près de la terrasse, un cercle d'habitués a l'air de bien se marrer. On s'est tous connus en venant au bistrot, raconte Le Petit Club ou La Belle Équipe, le choix du nom de groupe reste encore à définir. Au départ : des familles qui viennent rendre visite à leurs aînés. Finalement : une bande de copains qui sirotent des verres. Ce bistrot c'est une chance inouïe, c'est du gâteau ! s'enthousiasmeÉtienne, résident. 17h45. C'est l'heure de l'apéro. Place aux bières, cidres et petits ballons de rouge. Ici, pas de cacahuètes pour éviter les fausses routes, une soucoupe de petits gâteaux salés fera l'affaire.
On a passé notre licence 3 pour pouvoir servir de l'alcool. L'association du lieu, Ty Mad, qui gère le bar, propose des tarifs à prix coûtant pour les résidents et des petits prix pour l'extérieur. Deux tiers de notre chiffre d'affaires provient de la clientèle extérieure et tous les bénéfices sont reversés à l'association, explique le directeur, Julien Bachy.
« Moi je ne paie pas d’avance, j’ai une ardoise ! »
Étienne, résident, se réjouit :Ah mais moi je ne paie pas d'avance ! J'ai une ardoise, je suis prélevé en fin de mois sur ma facture. Sa voisine ajoute : Vous savez, on ne fait pas d'abus non plus, ce lieu met vraiment de la vie dans cette maison. Raymond, fils de résidente, rebondit : À force de venir au bar, on a fait des rencontres et on est devenu une grande famille, quand il y a une personne du groupe qui disparaît, on est touchés en plein cœur. Mais aujourd'hui place à la vie, à la joie, aux taquineries, aux bavardages... Ces petits riens qui font le ciment de leur amitié, toutes générations confondues. Ma petite- fille Rita vient donner un coup de main au bar le mercredi. C'est la plus jeune des bénévoles, elle a huit ans ! dit fièrement Claudie.
Un bistrot qui n’attend que vous !
L'établissement souhaite s'ouvrir davantage à l'extérieur. Même si le bar est opérationnel 7 jours sur 7, de 15h à 18h30, il manque encore un peu de longueur sur la soirée pour accueillir des travailleurs comme les familles des élèves d'en face. Il nous faudrait plus de bénévoles , poursuit le directeur. Ouvert depuis septembre 2025, il accueille bien sûr les familles de résidents mais parfois de nouveaux publics : choristes de la chapelle de l'établissement, enfants de l'Institut médico-éducatif... et sportifs de passage, comme lorsque les coureurs de l'Urban Trail ont traversé le bar.
Marcelle, bénévole depuis 20 ans, lance donc un appel :N'hésitez pas à pousser les portes du bistrot ! Quand on sait que beaucoup de personnes se sentent seules chez elles, c'est ici l'occasion de faire des rencontres ou même de devenir bénévole. Vous avez l'impression d'être vraiment dans un Ephad ? Moi je ne trouve pas. Il est vrai que l'ambiance est loin des clichés des mouroirs. La convivialité et l'accueil sont naturels. En semaine, le bar est aussi le lieu d'animations, pour profiter d'un petit concert ou s'attabler autour d'un jeu de société.
Boire un petit coup et rompre l’isolement
Selon le dernier rapport des Petits Frères des pauvres, plus de 3 millions de personnes âgées en France se sentent isolées. La perte de liens sociaux aggrave de nombreuses pathologies psychiques et physiques. D'autres initiatives pour revaloriser le grand âge fleurissent, comme les Papy Hours à Paris. L'idée : faire revenir les seniors dans les bars de quartier l'après-midi avec des boissons à petits prix et animations à l'instar des Happy Hours. À bon entendeur...
Droits réservés : © Anne-Cécile Esteve
Corine, la « barm'aide », a été aide médico-psychologique dans l'établissement. Elle connaît bien les résidents, et a toujours une attention particulière pour chacun. C'est vraiment une réussite ce bar, je vois le changement opéré, des relations se tisser. Parfois, certains résidents sont angoissés, je les fais passer derrière le comptoir pour qu'ils me donnent un coup de main. Ils se sentent utiles et ça les apaise.
Rita et Marcelle
Droits réservés : © Anne-Cécile Esteve
Rita, huit ans, a déjà le bagou d'une commerçante et sa cote auprès des habitués. Je viens là le mercredi pour voir ma mamie. Je débarrasse, je sers, j'adore ça ! Je suis gentille avec les autres, je les aide. À ses côtés, avec 80 ans d'écart, Marcelle est ici bénévole avec son mari depuis 20 ans. Chacun a un vécu, et malheureusement on infantilise parfois les personnes âgées. Mais ils ont une histoire à nous partager. Alors, venez les rencontrer !
Bistrot Saint-Cyr
59, rue de Papu
Ouvert 7j/7 de 15h à 18h30
