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À Rennes, le musée des Beaux-Arts contre l'isolement des personnes atteintes de
la maladie de Charcot

À Rennes, le musée des Beaux-Arts contre l'isolement des personnes atteintes de la maladie de Charcot


En visite guidée au musée des Beaux-arts, des patients atteints de la maladie de Charcot et leurs proches repoussent l'isolement par un shoot de convivialité thérapeutique.

La peinture ne sauve pas d'une maladie incurable. Mais elle peut soigner l'âme. À 60 ans, carreleur de métier, Jean-Pierre n'avait jamais mis les pieds au musée. Le diagnostic de sclérose latérale amyotrophique (SLA), tombé il y a deux ans, a rebattu les cartes. Je veux profiter de la vie tant qu'il y en a, tant que je peux. Samedi 20 juin, Jean-Pierre et sa femme Isabelle faisaient partie de la trentaine de visiteurs accueillis par le musée des Beaux-arts lors d'une visite organisée par le centre SLA du CHU de Rennes. Des malades en fauteuil suivent trois médiatrices, accompagnés de leurs proches et de médecins.

Face aux chefs d’œuvre

Carole s'arrête devant le « Buste de l'homme au chapeau »: Pourquoi Picasso a-t-il mentionné deux dates ? Regardez bien... On devine le visage d'un autre personnage derrière le torero... . Et cette petite fleur au ras du sol ? C'est Régis Perret qui commémore le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale avec un motif tiré de la tenture de l'Apocalypse, exposée à Angers.

Les visiteurs font la moue devant le triptyque tout blanc François Morellet. Une schématisation radicale qui réinterprète le Nouveau-né de Georges de la Tour. Ils s'émeuvent davantage devant_«_ La femme entre deux âges » , œuvre spoliée par les nazis dont le propriétaire n'a jamais été retrouvé.

Art thérapie

Pendant une heure, on oublie la maladie, on parle d'art. La maladie de Charcot enferme car elle atteint la mobilité, la parole. Le regard des autres est pesant, souligne le professeur Paul Sauleau, neurologue. Aller au musée, c'est dire que l'on peut continuer à faire des choses, qu'il faut oser. Toute source de bien-être est bonne à prendre.

L'institution fait le nécessaire - un ascenseur, des toilettes PMR, de larges couloirs, l'entrée gratuite, des visites sensibles. On travaille sur l'hospitalité, énonce Stéphanie Bardel, responsable du pôle visiteurs. Venue en déambulateur, Marie reviendra. Le meilleur remède contre la souffrance morale et physique, c'est l'action. C'est être dans la vie avec les autres. Je n'ai pas toujours l'énergie mais j'essaierai jusqu'au bout.

À la fin de la visite, un cocktail déjeunatoire est offert par l'école Ferrandi, le chef Régis Ferey et une brigade d'apprentis. Le moment joyeux est l'aboutissement d'un long travail entre soignants et cuisiniers pour imaginer des recettes adaptées aux difficultés d'alimentation des malades, plus caloriques, enrichies en protéines et à la texture plus ou moins mixée pour éviter le risque de fausse route. C'était très beau. On finit avec du très bon !.

En Bretagne, la maladie de Charcot touche 3,77 cas pour 100 000 habitants. Le centre SLA de Pontchaillou suit 125 malades.


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