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Nîmes, histoires d'eau

Nîmes, histoires d'eau

“Nemausus est bien le dieu de Nîmes et, pour ses habitants, il est l’eau qui les réconforte, la cité qui les abrite, la divinité qui les protège”, écrit Camille Jullian (1859-1933), grand historien et premier spécialiste de la Gaule. Dire que l’eau et la création de la cité des Antonin sont liées est un euphémisme. Dès le Néolithique, l’installation humaine est favorisée par la source de la Fontaine, résurgence pérenne au pied du mont Cavalier, alimentée par les eaux des collines environnantes.

Vers le Ve siècle av. J.-C., les Volques Arécomiques, peuple celte de Nîmes, structurent un oppidum autour de cette source. L’eau est à la fois ressource et divinité. Le nom même de Nemausus renvoie à un sanctuaire lié à l’onde qui jaillit du sol (lire encadré).

Aux origines du nom de Nîmes

Lithographie de 1986 d’Albert Decaris représentant le dieu Nemaus.

© Albert Decaris - collection ville de Nîmes

Au XVIIIe siècle, selon l'historien Léon Ménard, les premiers habitants auraient donc voué un culte à Nemaus, dieu de la source, issu du celte nemeton (« sanctuaire »). Le nom évolue ensuite. Nemausus à l’époque romaine, puis Nismes et enfin Nîmes. Des monnaies du IIe siècle av. J.-C. attestent déjà cette identité, avec des inscriptions gallo-grecques mentionnant Nemausos, la cité des Namasates.

Les Volques honorant Nemoz. Une enluminure signée Ferdinand Pertus (1883-1948).

© Ferdinand Pertus, collection ville de Nîmes

Rome, la maîtrise de l’eau

Avec l’arrivée des Romains, la source devient le cœur d’un vaste sanctuaire, l’Augusteum, où s’entremêlent cultes locaux et impériaux. L’eau y est mise en scène et domestiquée grâce à un système complexe de bassins et de canalisations. Mais son débit reste insuffisant pour alimenter une ville en plein essor. Au Ier siècle, un projet colossal voit le jour : capter l’eau de la fontaine d’Eure et l’acheminer sur 50 km jusqu’à Nîmes via le Pont du Gard. Comme le rappelle l’historien Paul Veyne, “la ville antique est une consommatrice d’eau, faisant de sa maîtrise un pilier de la civilisation”.

L’eau parvenant de l’aqueduc émerge à Nîmes au Castellum (lire encadré) et est distribuée dans la cité, ses thermes et ses fontaines. Si l’eau des Jardins de la Fontaine de Nîmes est la source naturelle qui a fait naître la cité, le Pont du Gard et son aqueduc, transportant l’eau depuis Uzès, peuvent être vus comme une “source mécanique” façonnée par l’homme. Ces deux systèmes, naturels et artificiels, sont indissociables. Ensemble, ils garantissent à Nemausus un approvisionnement régulier assurant la vie quotidienne, l’agriculture et les activités artisanales.

Le Castellum, un vestige unique

Construit au milieu du Ier siècle apr. J.-C., le Castellum aquae ou divisorium de Nîmes constitue le point d’arrivée de l’eau venue du Pont du Gard. Il comprend 10 trous dans la roche où sont installés autant de tuyaux en plomb qui distribuent l’eau dans les différents quartiers de Nemausus. Il assure ainsi l’alimentation en eau de la ville, notamment en période de sécheresse, et soutient son développement, avec la construction de thermes. Tombé en désuétude, il est partiellement réutilisé puis recouvert au XVIIe siècle. Redécouvert en 1844, ce monument exceptionnel, unique en Europe, est ensuite protégé et classé.

Moyen Âge et conflits

À la chute de l’Empire romain, la cité entre dans une longue période de transformation. La Fontaine, autrefois sanctuaire et lieu de culte, perd son caractère sacré pour devenir une ressource économique vitale. L’industrie textile nîmoise se structure autour de la laine, lavée, cardée, filée puis tissée pour produire des étoffes destinées aux populations modestes. Cette activité, étroitement liée à la disponibilité de l’eau, s’inscrit dans un système où les ressources hydrauliques conditionnent déjà la production.

Cependant, la situation se complexifie avec les grands conflits médiévaux, notamment la guerre de Cent Ans. Pour protéger la ville et sécuriser ses ressources, on creuse des fossés autour des fortifications, on aménage les circuits hydrauliques et l’on construit des moulins afin de mieux répartir l’eau.

Le livre de référence

Pour aller plus loin et tout connaître sur la relation étroite entre l'eau et Nîmes, la bible : De la source au jardin. La Fontaine de Nîmes, sous la direction de Véronique Krings et François Pugnière. Un ouvrage essentiel paru aux éditions Mergoil. Avec la contribution d'archéologues, chercheurs…Antoine Bruguerolle, Gérard Caillat, Marc Célié, Pierre Gros, Théodore Guuinic, Martial Monteil, Jean Pey, Corinne Potay et Michel Py.
Infos ici.

A lire aussi l'article de La Gazette de Nîmes signé par Guillaume Navarro, Jardins de la fontaine : Une histoire d'eau.

Économie textile

Aux XVIe et XVIIe siècles, les guerres de Religion ravivent ces tensions autour de l’eau, d’autant que l’essor de l’industrie de la soie transforme profondément l’économie textile. Plus précieuse et plus rentable que la laine, la soie devient centrale dans la production nîmoise, entraînant le déplacement progressif du travail lainier vers les campagnes. Dans le même temps, le commerce international enrichit cette industrie en important du coton des Antilles et de l’indigo d’Inde, indispensable à la teinture bleue des tissus. Dans ce système en expansion, l’eau est omniprésente : elle sert au lavage des fibres, à la préparation des fils et surtout aux teintures. Sa gestion devient alors un enjeu crucial, donnant lieu à des ordonnances qui réglementent strictement les usages.

Le XVIIIe siècle marque ensuite un tournant majeur. Après de nouvelles sécheresses et des conflits d’usage persistants, Louis XV confie à l’ingénieur Jacques-Philippe Mareschal l’aménagement de la source. Son projet, validé en 1744, aboutit à la création des Jardins de la Fontaine. Il met en valeur la Nymphée, restaure les vestiges antiques et organise un canal destiné à mieux alimenter la ville.

L’eau courante arrive enfin

Les lavoirs du puits Couchoux au XIXe siècle.

© Archives - Ville de Nîmes

Au XIXe siècle, les périodes de sécheresse deviennent critiques. Les puits s’assèchent, les sources diminuent et certaines activités textiles ralentissent. Cette fragilité révèle les limites du système hydraulique. C’est dans ce contexte qu’est lancé le grand projet d’adduction des eaux du Rhône, porté par Aristide Dumont.

L’eau courante arrive enfin à Nîmes en 1871, transformant durablement la ville et sécurisant les besoins de l’industrie textile… et des habitants. Parallèlement, l’eau prend aussi une dimension urbaine et esthétique : les quais du canal sont aménagés, l’Agau disparaît progressivement sous la rue Nationale et les canalisations modernisent le paysage.

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