Musique à Nîmes : ils donnent le rythme
Baptiste Mathieu Homo : “A l'époque, il fallait se débrouiller tout seul”
Baptiste Mathieu Homo a débuté la musique au début des années 2000 avec le groupe Dig Up Elvis en compagnie d’un certain Julien Doré. Quelques années plus tard, il décide de créer Waterlilies. La formation musicale remporte la Bourse des jeunes talents de la Ville en 2008. “C’est une période très importante dans ma construction en tant qu’artiste. Il y avait un élan collectif avec beaucoup de groupes talentueux qui jouaient dans les bars du centre-ville, chaque week-end. On se supportait mutuellement. Cela nous a permis de nous faire entendre, à une époque où Paloma n’existait pas.” Après cette expérience, il rejoint son ami Julien Doré dans la capitale, pour l’assister sur scène et en studio. "Chaque fois que je me retrouvais sur un gros festival, j’essayais de garder les pieds sur terre en me remémorant mes débuts à Nîmes." Il y a quatre ans, il décide de revenir au bercail. “À mon retour, je me suis rendu compte qu’il y avait plein de projets à développer, beaucoup d’associations et de personnes qui se bougent. C’est pourquoi j’ai voulu partager mon expérience.”
Installé au studio de la Tour Magne, Baptiste Mathieu Homo propose ses services de directeur artistique, producteur et arrangeur à des artistes émergents. "J’ai aussi pu prendre le temps de travailler sur mon premier album solo sorti l’an dernier. Il a été enregistré à Nîmes, avec des musiciens nîmois."
Maevol : “A Nîmes, on peut facilement faire sa place”
DJ et interprète, Maevol, Marion Froger de son vrai nom, mélange le rap avec des sonorités électroniques comme la bass ou la techno. Elle commence derrière les platines et comme animatrice radio sur Raje il y a 10 ans avant de prendre le micro. Aujourd’hui, elle compte trois EP et plusieurs singles. Pur produit nîmois, Maevol n’a jamais voulu déménager. “Il y a plein d’avantages à être ici, il y a des structures comme Paloma, la Femag ou Da storm qui permettent de développer son projet. Contrairement aux grandes villes qui sont saturés, à Nîmes, on peut facilement faire sa place et être entendu, accompagné.”
Fidèle aux “petites scènes locales” comme L'Instant T, Le Spot et surtout le Bar du midi, la rappeuse est très reconnaissante. “Ce sont des plateformes d’innovation qui laissent une place importante au développement des cultures alternatives. Je leur dois beaucoup.” Attentive aux questions sociétales et notamment à la place des femmes dans la musique, l’artiste anime régulièrement des conférences ou des ateliers socioculturels à destination de professionnels mais aussi de jeunes dans les quartiers, de personnes en situation de handicap ou des prisonniers. “La culture est un pouvoir magique et un agent du vivre ensemble très puissant. C’est un feu que je nourris, pour dessiner un monde un peu plus cool.”
Maud Bastide : “Favoriser une dynamique collective”
Maud Bastide est la coordinatrice de la Fémag, la Fédération des musiques actuelles du Gard, un réseau qui regroupe 45 acteurs du département (festivals, labels, écoles de musique, radios, organisateurs d’événements…). “On est là pour accompagner les acteurs mais aussi favoriser une dynamique collective, monter des projets communs.”
La structure associative ne s’arrête pas là puisque, comme Paloma, elle accompagne les artistes et les porteurs de projet dans leur développement, elle est à l’initiative de l’organisation d’actions culturelles, de résidences artistiques, de concerts et showcase. Le dernier bébé n’est autre que les "Belles journées", le Off du festival This is not a love song. "Douze structures nîmoises sont à l’initiative de l’événement, c’est assez unique. Paloma nous apporte un soutien financier, logistique et technique mais on reste autonome sur la direction artistique et la programmation." Les "Belles journées" se tiennent du 3 au 7 juin et se déploient dans 10 lieux du centre-ville (concerts gratuits, DJ sets, petit train musical, karaoké dans le trambus...)
Roé : “Nîmes, c'est Séville avec un esprit rock”
La mèche blanche devenue célèbre dans le clip Soledad a laissé place à une chevelure entièrement argentée. Les années ont passé depuis ce tube qui révéla Roé en 1990, mais la passion de la musique, elle, est restée intacte. Né à Barcelone, Roé côtoie les stars à l’époque où sa rumba électrique ouvre des chemins nouveaux. Sur son premier album, figurent Mory Kanté, David Gilmour de Pink Floyd, ou encore le pianiste Ray Lema. Une escale à Nîmes en 1995 bouleverse sa trajectoire : il n’en repartira jamais. “J’ai été séduit par cette ville sans frime et par son ADN tourné vers l’Espagne. Nîmes, c’est Séville avec un esprit rock et rebelle.” En 2010, il fonde O Flamenco ! afin de faire vivre cette culture qu’il affectionne tant. L’association est à l’origine d’un concours de sévillane réputé. Ce mélange entre culture espagnole et énergie rock irrigue aujourd’hui Rockumbero, son dernier album sorti en février. Le Nîmois d’adoption plaide également pour une culture davantage enracinée dans le territoire. Il a monté l’association “Rencontres entre artistes” pour mettre en lumière les créateurs locaux.
Stéphane Kochoyan : “A Nîmes, le jazz ça marche grave !”
Pianiste, directeur artistique de festivals et passeur infatigable de musique, Stéphane Kochoyan est né à Nîmes en 1966. Fils spirituel de Guy Labory, figure historique du jazz nîmois, Stéphane apprend de lui autant la musique que l’art de transmettre. Du festival des Enfants du Jazz à Barcelonnette à Jazz à Vienne, en passant par Orléans, Pau ou Marseille, Vauvert, le Nîmois devient l’un des grands architectes du jazz français. Depuis près de 20 ans, il collabore au Nîmes Métropole Jazz Festival et, avec son association Jazz 70, fait vibrer le jazz sur tout le territoire. Il défend aussi une place plus importante accordée à la musique dans l’éducation. Et rêve d’une ville qui rendrait encore plus hommage aux artistes. "Il faudrait donner davantage de noms de musiciens, et surtout de musiciennes, aux rues de Nîmes. Des noms comme Tina Turner ou Miles Davis, ce dernier qui est venu quatre fois dans les arènes ! Et le conservatoire mérite une ambition forte avec le retour des classes jazz car, à Nîmes, le jazz, ça marche grave !"
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