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Journées romaines à Nîmes : "les gladiateurs étaient admirés"

Journées romaines à Nîmes : "les gladiateurs étaient admirés"

Les Journées romaines courent à Nimes du 24 au 26 avril. Le grand spectacle dans les arènes a comme thème “Spartacus” dont l'historien italien Giovanni Brizzi est un grand connaisseur. Pour préparer cette nouvelle édition, ce dernier a notamment conseillé Edeis, qui organise l'événement avec la Ville. Entretien.

Comment devenait-on gladiateur ?

Parmi les esclaves ou les condamnés, il fallait d’abord être sélectionné. Mais il arrivait aussi qu’un homme libre, voire un ingenuus - un citoyen né libre -, choisisse cette vie. Après vérification de son aptitude physique, il signait un contrat pour un certain nombre de combats et devenait un gladiateur legitimus. Pour les hommes de condition élevée, ce choix entraînait toutefois un rejet social et la perte de leurs privilèges.

Les combats se terminaient-ils toujours par la mort ?

Absolument pas. Un gladiateur entraîné représentait un véritable capital. Pour le sacrifier, l’organisateur du spectacle devait payer une somme importante, d’autant plus élevée si le combattant était célèbre. Les gladiateurs étaient soignés et suivis par des médecins – parfois des figures importantes comme Galien. Les études estiment qu’environ 30 % des combats se soldaient par la mort.

“Les criminels exécutés dans l’arène n’étaient pas de véritables gladiateurs mais un intermède cruel du spectacle. Les vrais combattants, eux, étaient des figures très visibles de la vie urbaine. Leur popularité était immense.”

Bio express

- 1946 - Naissance à Bologne
- Années 1980 - Devient professeur d’histoire romaine à l’université de Bologne, où il enseigne de 1986 à 2016.
- Années 1990 - Auteur de plus de 130 publications consacrées à la République romaine, à Hannibal et à l’histoire militaire antique.
- 1993-1994 puis 2005-2006 - Professeur d’histoire romaine à l’université Paris IV Sorbonne.
- Aujourd’hui - Professeur émérite à l’université de Bologne et historien reconnu de l’Antiquité romaine.

Quel était le statut social des gladiateurs ?

Les criminels exécutés dans l’arène n’étaient pas de véritables gladiateurs mais un intermède cruel du spectacle. Les vrais combattants, eux, étaient des figures très visibles de la vie urbaine. Leur popularité était immense et ils devenaient parfois des symboles de courage pour leur capacité à affronter la mort sans ciller. Bien nourris et entraînés, ils étaient admirés du public et très appréciés des femmes, parfois même de haute condition. On parle même d’impératrices. Messaline, par exemple, sauva la vie de Sabinus, célèbre murmillo condamné à mort par Claude : on disait qu’il avait été l’amant de l’Augusta. On disait aussi que Commode était le fils d’un gladiateur.

Comment étaient-ils entraînés ?

Les gladiateurs suivaient un entraînement rigoureux : exercices physiques, gymnastique et art de l’escrime sous la direction de doctores, souvent d’anciens gladiateurs. Les plus compétents furent parfois appelés à entraîner les légions.

L'image iconique du gladiateur rebelle. Kirk Douglas dans le rôle de Spartacus dans le film de 1960 de Stanley Kubrick.

Les femmes pouvaient-elles être gladiatrices ?

Les gladiatrices existaient mais restaient très rares et souvent considérées comme une curiosité. Auguste avait interdit l’arène aux femmes de haute condition de moins de 20 ans, et une loi ultérieure étendit cette interdiction aux parentes de sénateurs et de chevaliers. Les représentations connues sont très peu nombreuses.

Si vous deviez corriger une idée reçue…

On croit souvent que les gladiateurs étaient plus redoutables que les légionnaires. C’est faux. Les gladiateurs étaient des hommes de spectacle, alors que les légionnaires étaient formés à la guerre et à la discipline militaire. La différence serait comparable aujourd’hui à celle entre un catcheur et un membre des forces spéciales.

Des gladiateurs à Nîmes lors des jeux d’Hadrien

L’empereur Hadrien, qui régna de 117 à 138 ap. J.-C., a fait halte à Nemausus en 122 ap. J.-C. lors d’un grand voyage impérial à travers l’Empire, revenant de Bretagne vers Rome. À cette occasion, pour honorer l’impératrice Plotine (la veuve de Trajan qui avait soutenu son accession au pouvoir), il offrit des jeux publics à la population locale avec, évidemment, des combats de gladiateurs. Aujourd’hui, les Journées romaines à Nîmes sont un événement qui commémore justement cet épisode.

“Spartacus aurait pu plusieurs fois fuir et se sauver riche vers un pays lointain ; il refusa de le faire. Les vainqueurs eux-mêmes lui reconnurent peut-être implicitement cette grandeur.”

Pourquoi la révolte de Spartacus est-elle exceptionnelle ?

Il n’était pas seulement le chef d’une révolte de gladiateurs - ils étaient en réalité très peu nombreux dans ses rangs. Autour de lui, se rassembla une masse hétérogène : esclaves, misérables, marginaux, mais surtout les bergers armés de l’Apennin, survivants des guerres civiles. On peut donc dire que Spartacus fut le dernier chef d’une Italie furieuse et désespérée, qui continua à lutter sous sa conduite. Il aurait pu plusieurs fois fuir et se sauver riche vers un pays lointain ; il refusa de le faire. Les vainqueurs eux-mêmes lui reconnurent peut-être implicitement cette grandeur : ce qui reste de sa dernière bataille est sa défiance envers Crassus et sa mort héroïque.

Certains gladiateurs pouvaient-ils devenir célèbres ou riches, un peu comme les sportifs d’aujourd’hui ?

Nous connaissons par leur nom plusieurs des célébrités de l’arène, les « premiers rangs » des différentes époques. S’ils gagnaient bien leur vie, ils n’atteignaient certes jamais la richesse d’un chevalier ou d’un sénateur, mais leur part oscillait entre 20 et 25 % des sommes versées à leurs lanistae (les entrepreneurs). Le prix d’engagement pouvait atteindre des montants très élevés. Ces hommes de spectacle, souvent méprisés publiquement, étaient donc bien plus aisés que n’importe quel homme ordinaire.

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