Costières de Nîmes : 40 ans de vins
Il faut remonter à 2 500 ans pour voir les premières traces de vignes sur le territoire des Costières. Les terrasses de galets roulés combinées à un ensoleillement exceptionnel et la présence de brises marines confèrent cette fraîcheur caractéristique et cette personnalité singulière des vins. Mais l’histoire contemporaine des Costières de Nîmes, reconnue appellation en 1986, s’écrit concrètement lors de ces 40 dernières années.
Olivier Gibelin, Bernard Angelras et Cyril Marès représentent l’évolution moderne des Costières de Nîmes.
C'est “Lamour” fou !
Alors que les appellations voisines, comme Tavel ou Châteauneuf du Pape, voient le jour en 1936, le syndicat, alors appelé Costières du Gard, est créé en 1942, même si la coopération entre les vignerons du territoire date du début du XXe siècle. “A l’époque, il n’y avait pas de cahier des charges, on plantait ce que l’on voulait”, précise Bernard Angelras, qui compte quatres mandats de président.
Philippe Lamour, connu pour la création du canal du Bas-Rhône Languedoc, devient le chef de file de la viticulture gardoise en prônant une politique de qualité dans les années 1950. "C’était une voix forte, quelqu’un de très charismatique et visionnaire. La création du canal permet, encore aujourd’hui, à notre AOP de moins souffrir des épisodes de sécheresse", assure Cyril Marès. Président du syndicat des Costières du Gard, Lamour se brouille avec Pierre Le Roy de Boiseaumarié, alors patron de l’Appellation d’origine contrôlée (AOC) et des vins Côtes-du-rhône. Les Costières du Gard rejoignent alors la fédération des Vins délimité de qualité supérieure (VDQS) dans les années 1950, Lamour en prend même la présidence nationale. “Côté collectif, il a permis de mettre les savoir-faire et les récoltes en commun. Il a aussi permis de délimiter, de manière plus précise, le territoire des Costières”, ajoute Olivier Gibelin.
© Christophe Grilhe
1980-1990, l’âge d’or
Grâce à son poids politique et son action sur le terrain, Lamour permet finalement aux Costières du Gard de rejoindre le label AOC en 1986. En 1989, sous la présidence de Jacques Darboux, Costières du Gard devient Costières de Nîmes et rallie l’interprofession rhodanienne. La bouteille “La Nîmoise” est généralisée à tous les domaines du syndicat et reprend fièrement les armoiries de la ville. Elle est distribuée dans le monde entier. “C’était important de sceller ce rapprochement avec la ville de Nîmes.” Tout s’enchaine ensuite, puisqu’à cette période le vin des Costières connait son âge d’or. “Il y avait une dynamique incroyable : le prix du litre augmentait et on remplaçait petit à petit les boissons anisés par du Costières. Ça a été long, mais on a réussi à inscrire le vin dans notre culture.”
Les Nîmois sont fiers de leur appellation et les Costières se font une image en ville. Les vignerons sortent de leurs vignes et viennent de plus en plus à la rencontre des citadins. Ils inaugurent leur première bodega lors de la Feria à la discothèque la Comédie dans les années 1980. “Les vignerons étaient derrière le comptoir et on avait même crée notre cocktail à base de vin : le kiki”, se rappelle Bernard Angelras. “En 1996, nous avions installé notre bodega en lieu et place du Musée de la Romanité.” Finalement_,_ après quelques années d’itinérance, les Costières posent leurs valises à côté de l’Hôtel l’Imperator. Le bodega fait l’unanimité chez les festaïres pendant des nombreuses années.
60 vignerons et domaines
dans l'appellation.
3000 ha
de vignobles.
9 coopératives
dans l'appellation.
15 M de bouteilles
par an.
500 cuvées différentes
par an.
Dans les années 1990, la communication est le nerf de la guerre. Le balisage de l’appellation, ces drapeaux que l’on aperçoit sur les bords des routes gardoises, est installé pour plus de visibilité. “Il y avait une belle adhésion des communes et des vignerons.” En 1995,le syndicat en profite aussi pour réaliser les premières études du sol en s’appuyant sur la thèse de Damian Martin. Olivier Gibelin, alors en charge de la communication jusque-là, devient président, et le restera jusqu’à 2003. “On a appris que le territoire était un mélange Rhône-Durance, indique t-il. On a du se positionner entre les deux et nous sommes devenu une appellation satellite de la Vallée du Rhône, comme le Ventoux.” Grace aux idées et aux relations des présidents successifs, la petite appellation jouit désormais d’une renommée nationale, voir internationale.
La bodega des Costières de Nîmes pendant la Feria.
Les années 2000
En 2007, sous le mandat de Bernard Angelras, la charte paysagère et environnementale est signée avec l’agglomération de Nîmes. “On était précurseurs sur ce sujet”, assure l'interessé. Elle permet de préserver les ressources naturelles et la biodiversité, gérer l’identité rurale et agricole du territoire, ainsi que valoriser l’activité agricole par le tourisme et la communication. “C’est grâce à cette charte que nous sommes, encore aujourd’hui, l’une des appellations les plus respectueuses de l’environ nement”, affirme Cyril Marès.
Toujours dans cette logique de rapprochement avec la ville, en 2017, 200 pieds de vignes sont plantés au cœur des Jardins de la Fontaine. “Les Clos de la Fontaine, c’était un projet complétement fou ! Nous avons fait venir des tonnes de galets roulets pour reconstituer le sol des Costières sur place.” Ainsi, le Maire de Nîmes devient officiellement producteur de vin. “Du moins sur les papiers officiels.” En parallèle, les Costières multiplient les événements festifs et gourmands comme les Vignes Toquées, les Costières sonores ou encore les JeudiVins, lors des Jeudis de Nîmes. “Le vin souffrait d’une image élitiste : une boisson faite seulement pour les connaisseurs. Il était important de lui rendre son côté accessible. Aujourd’hui d’autres appellations prennent exemple sur nous”, se réjouit Cyril Marès.
Le président actuel, hérite d’un syndicat dynamique et reconnu, mais il doit faire face à d’autres défis, propre à son époque. "Du fait du changement climatique et des fortes chaleurs, on doit se réadapter continuellement. En croisant les variétés, on a crée notre propre cépage pour obtenir quelque chose de plus résistant." L’an dernier, les Costières de Nîmes ont ouvert leur bar à vin : le Verre des Costières, dans un kiosque sur l’Esplanade. Une vitrine de choix qui confirme le rôle d’ambassadeur de la ville de Nîmes du syndicat viticole.
Millésime 2026 : ça s'annonce bien
La quantité d’abord. Elle est au rendez-vous. Les pluies abondantes de l’hiver avaient rempli les nappes, le printemps sec a évité la prolifération de maladies. En Costières de Nîmes, la production est donc supérieure de 10 % aux années précédentes (environ 100 000 hl), alors que les autres régions souffrent d’une baisse de 6 %. Et la qualité ? “Le millésime 2026 sera assez étonnant, annonce le président Cyril Marès. On pensait souffrir des fortes chaleurs de l’été mais il n’en est rien. L’adaptation du territoire au changement climatique et des pratiques adaptées aux températures méditerranéennes (plantation de cépages résistants à la sècheresse et vignes irriguées) en sont les raisons.” Il faut maintenant s’attaquer à la partie commerciale dans un contexte économique compliqué.
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