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Nantes
Capucine Coudrier (@ovairestherainbow) : « Les violences conjugales existent aussi chez les adolescentes ! »
Vous venez de publier le livre "J’avais 15 ans, je croyais l’aimer, je me taisais". Qu’est-ce qui vous a poussé à l’écrire ?
« Dans ce récit, je témoigne des violences dont j’ai été victime pendant plusieurs années perpétrées par mon petit ami de lycée [appelé Lucas dans le livre, NDLR]. Cette histoire personnelle est l’occasion de montrer qu’elles peuvent toucher toutes les femmes, de tous les âges et de toutes les catégories sociales. Enfin, j’essaie de donner des clés pour comprendre les mécanismes d’emprise, rompre la spirale des violences et briser le silence. »
Pourquoi les violences sont-elles si difficiles à détecter ?
« Les violences conjugales sont insidieuses et s’installent progressivement : c’est le piège de l’emprise. Les agressions de Lucas – qu’il appelait ses "mauvais moments" – ont commencé par des remarques permanentes sur mon physique, ma tenue, puis par le contrôle de ma vie privée. Il fouillait mes messages, m’éloignait de mes amies proches, m’isolait et me dévalorisait.
Peu à peu, les insultes et les gestes violents se sont installés ; dans l'intimité, mon consentement ne comptait plus à ses yeux. Sous son contrôle, je pensais que nous vivions une relation passionnelle et que rien n’était "suffisamment grave" pour que je rompe ou que je porte plainte. Je me trompais : j’étais manipulée. Il m’a fallu plusieurs déclics pour rassembler les pièces du puzzle et réaliser que je vivais une situation inacceptable. J’ai profité de la fin du lycée pour rompre avec lui, mais cela n’a pas été facile. Harcèlement, chantage au suicide… Lucas a tout fait pour me récupérer pendant des mois. »
Pourquoi faut-il déconstruire les clichés sur les violences conjugales ?
« J’étais au lycée pendant #MeToo et je pensais être bien informée sur les violences conjugales. Pour moi, elles avaient toujours lieu au sein d’un couple marié avec des enfants : la femme était battue et avait un œil au beurre noir, comme dans la série Big Little Lies, avec Nicole Kidman, que je regardais avec Lucas. Lucas lui-même ne réalisait pas qu’il était violent ; il détestait les hommes qui battaient leurs femmes. En apparence, c’était un garçon apprécié par ses camarades, bien sous tous rapports, le gendre idéal, loin du bourreau que l’on voit dans les films.
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De mon côté, j’étais issue d’une famille aimante, bonne élève et déjà féministe convaincue… Et pourtant, alors que je me croyais à l’abri, tout cela m’est arrivé ! Aujourd’hui, les militantes féministes et les sociologues démontrent que les violences conjugales s’inscrivent dans un système patriarcal où les garçons et les hommes sont encouragés à dominer par l’éducation et la société. Certains perpétuent des violences qu’ils ont eux-mêmes subies dès l’enfance. »
Quelles sont les étapes pour se reconstruire ?
« Stress post-traumatique, cauchemars, anxiété… Les séquelles de cette relation sont nombreuses et il m’a fallu trois ans pour me reconstruire après la rupture. Dans ce processus, j’ai été accompagnée et soutenue par l’association SOlidarité FemmeS Loire-Atlantique. Cela m’a donné envie de m’engager à mon tour : j’ai lu beaucoup de textes féministes et j’ai recueilli des témoignages de femmes sur le compte Instagram @ovairestherainbow, que j’ai lancé en 2020 [six ans plus tard, le compte affiche 138 000 abonnés, NDLR].
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Aujourd’hui, j’alerte sur les inégalités femmes-hommes et j’interviens en milieu scolaire pour sensibiliser à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Je m’efforce d’expliquer aux jeunes que le contrôle et la jalousie excessive ne sont pas des preuves d’amour… Si les jeunes filles sont réceptives au message féministe et demandent davantage de respect et d’égalité, certains jeunes garçons sont très influencés par la pensée masculiniste, qui prolifère sur Internet. Déconstruire ces schémas de pensée toxiques devient alors très difficile, mais il ne faut rien lâcher. »