Les p'tits rois du damier
« Le roi, il bouge de deux cases. La tour aussi. Ça, c'est le petit roque. » Jad, 7 ans, explique avec sérieux le coup qu'il vient d'apprendre. Dans la classe dédoublée de Jean-Xavier Lachaise, treize élèves de CE1 suivent leur sixième séance d'initiation aux échecs avec Christophe Guéneau, membre du club d'échecs de Nanterre et intervenant dans les classes.
Mis en œuvre dans le cadre de la Cité éducative, le programme, qui va du CE1 au CM2, ambitionne de démocratiser un jeu souvent jugé élitiste. « On croit souvent qu'il faut être Einstein pour jouer aux échecs, constate Christophe Guéneau_. Ce dispositif_ montre que ce n'est pas vrai. Et plus on est jeune, plus c'est le bon moment. » Avec 8 séances, l'enjeu est clair : préparer les enfants à faire partie des 2 100 jeunes attendus pour la 5e édition du Chesstival, le grand tournoi qui aura lieu du 22 au 26 juin, au Palais des Sports.
L’école du jeu
Pour y arriver, le professeur mise d'abord sur le plaisir : petites parties avec peu de pièces, règles dévoilées progressivement, situations où même un débutant peut l'emporter. « S'ils perdent tout le temps, ils arrêtent », résume-t-il. La pédagogie s'attache autant aux attitudes qu'aux coups : saluer l'adversaire, lui serrer la main à la fin, ne pas le mépriser. Des valeurs que Jean-Xavier Lachaise prolonge en classe grâce à un échiquier géant offert par la ville_. « Les échecs permettent de lutter contre l'impulsivité_, explique-t-il. L'envie de répondre avant de réfléchir, c'est un vrai problème que ce jeu oblige à dépasser. » Sur l'échiquier, c'est parfois tout un parcours scolaire qui se rejoue. L'enseignant se souvient d'un élève qui avait scolairement « complètement décroché » et qui s'est révélé être un joueur remarquable. Christophe Guéneau évoque, lui, ces diplômes signés du maire et du recteur qui galvanisent les enfants en difficulté_. « Il y en a qui le gardent encore dans leur chambre. »_
Nesrine joue déjà avec sa grande sœur, Habib avec son frère en club, Youssouf apprend désormais à son petit frère les valeurs des pièces. La tour vaut 5, le cavalier 3, la reine 9. Et le roi ? « Il n’a pas de chiffre », répond Youssouf, sourire en coin. Parce que le roi, on ne le prend pas. On le met en échec.