← Revenir aux actualités
2 200 ans d’histoire locale

2 200 ans d’histoire locale

Patrimoine
Consulter l'article original

Squelette d’un jeune gaulois accompagné d’un récipient en terre cuite. © Nicolas Samuelian, Inrap

La fouille archéologique préventive, en amont du chantier de construction du centre de santé, a révélé une succession d’occupations, de la fin de la période gauloise jusqu’à nos jours. La période la plus ancienne est exclusivement représentée par des sépultures datées des IIe et Ier siècles avant notre ère, à l’aube de la romanisation de la Gaule (période de La Tène moyenne / finale). Les squelettes, au nombre de six, ont largement été perturbés par des aménagements plus récents, à l’exception de celui d’un enfant d’environ six ans (photo 1). Ces vestiges sont vus comme les reliquats d’une nécropole en périphérie de l’habitat gaulois des Guignons (fouillé dans les années 1990 et 2000), situé à quelque 300 mètres plus au nord, offrant ainsi une lecture renouvelée de l’agglomération des Parisii.

Un four plein d’enseignements

Tesson gallo- romain. © Emmanuelle du Bouëtiez, Inrap

Toujours avant notre ère, l’acculturation progressive des populations autochtones, au profi t d’un mode de vie romain, se manifeste par un élément structurant majeur mis au jour : un four de potier. La découverte de plusieurs centaines de ratés de cuisson (tessons de céramique) dans deux fosses de travail, fait le bonheur des archéologues. Leur étude a permis d’identifier 112 vases répartis en 13 formes, destinées à des usages culinaires ou de présentation (photo 2).
La forme de ces récipients (typologie), qui est un marqueur chronologique fort, a permis de dater le fonctionnement de ce four pendant le règne de l’empereur Auguste (de - 27 à 14 apr. J.-C.). L’étude minutieuse de ce modèle de four, bien connu dans le nord de la Gaule, a fait ressortir l’existence de plusieurs phases de réfection, inscrivant ainsi son utilisation dans la durée. Comme la nécropole gauloise, cette installation semble être située à l’écart de l’habitat dont une partie avait été mise au jour lors de la fouille effectuée au 70-72 rue Maurice-Thorez, en 2020.

Un site « abandonné » au Moyen Âge

Vue d’un fond de cabane médiévale et ses quatre trous de poteau, recouverts par un bâtiment en pierres d’époque contemporaine.

À cette période augustéenne succède une phase de faible fréquentation des lieux, comme en témoignent les rares vestiges du Bas-Empire et de la période mérovingienne. De nouvelles occupations succèdent à ces siècles « d’abandon », principalement marquées par des fosses et des trous de poteau, dont la datation s’échelonne entre le IXe siècle et le début du XIIe siècle. En raison de leur morphologie, nombre de ces fosses sont considérées comme des silos et, à ces formes d’ensilage enterrées, peuvent s’adjoindre celles de greniers sur pilotis. Malgré la difficulté à restituer l’organisation générale du site pour les périodes carolingienne et du Moyen Âge central, une structure se singularise. Il s’agit d’un fond de cabane de plan ovale, semi-enterré, rythmé par quatre trous de poteau internes supportant la superstructure (photo 3). Ses caractéristiques correspondent bien aux typologies connues pour le Moyen Âge, sans qu’il soit toutefois possible d’en préciser davantage la fonction.
À cette période, d’après les fouilles de sauvetage effectuées lors de la construction de la halle du marché (au milieu des années 1990), le coeur du village de Nanterre serait localisé place du Maréchal-Foch. Ainsi, de nombreuses structures telles que des fosses, des trous de poteau, des fonds de cabane, des silos, des fours (notamment à chaux) et des foyers, datés des périodes mérovingienne et carolingienne ont été identifiés. Par ailleurs, c’est à la même époque que le cimetière de l’église Saint-Maurice (actuelle cathédrale Sainte-Geneviève), fouillé en 1973 et en 2007, est marqué par la pratique des inhumations en sarcophages.

Constructions et destructions successives

Si, au Bas Moyen Âge, le site du square Lebon est de nouveau peu fréquenté, c’est à la période moderne que des installations profondes, telles que les fosses de plantation des arbres du parc de la demeure alors occupée par « la veuve Gérard » vont largement détruire les vestiges des périodes plus anciennes. S’ajoutent à cela les constructions et les destructions successives de bâtiments dont les déblais sont ensevelis sur place dans de larges et profondes fosses. À ces vestiges peuvent être associés ceux du collège royal, dont le parc des Anciennes-Mairies est l’héritier, ou bien encore l’aqueduc du boulevard Hérold, la carrière de La Folie et l’ancienne boucherie située au 27 rue Henri-Barbusse, dont la construction remonte au dernier quart du XVIe siècle.
Des deux cents dernières années qui se sont écoulées, les transformations sont marquées par la construction de deux bâtiments dont la cave de l’un d’eux a pu être mise au jour ainsi que quelques fosses ayant servi de poubelle de jardin.
Malgré une surface modeste de 1 000 m², cette fouille archéologique au coeur de l’ancien village a permis de retracer de manière quasi continue quelque 2 200 ans d’histoire à travers des instantanés relatant chacun un chapitre de notre histoire.


← Revenir aux actualités