Pierre Paulin : le musée Fabre accueille du design pour la première fois de sa longue existence
C’est une première du genre au musée Fabre et elle est à découvrir sans attendre. L’établissement n’avait en effet jamais accueilli une exposition de design. Cela aurait pu être Jean Prouvé ou Philippe Starck, mais c’est Pierre Paulin, mort à la clinique Saint-Roch de Montpellier en 2009, qui est l’objet de l’exposition d’été. Il a été une figure de référence du design français durant plus d’un demi-siècle.
Depuis les années 1990, c’est dans les Cévennes, à Saint-Roman-de-Cadières, qu’il avait déployé tout son génie créatif. Le domaine de la Calmette est d’ailleurs inscrit à l’inventaire des Monuments historiques. Avec le design selon Pierre Paulin, le musée Fabre accueille un des événements majeurs de la période estivale dans le Sud de la France. Le maître du design n’avait pas été exposé depuis l’exposition monographique au Centre Beaubourg à Paris, en 2016, et à la Maison Rouge - musée des Vallées Cévenoles, à Saint-Jean-du-Gard en 2019. Cette exposition n’aura pas été possible sans le concours de Maïa Paulin, veuve du designer, et de Benjamin, leur fils.
Un champignon hallucinant
Présentes aujourd’hui dans les collections des plus grands musées internationaux, les créations de Pierre Paulin se distinguent par une approche à la fois fonctionnelle et poétique, fun et colorée, sculpturale et intemporelle, et une forme enveloppante et appréhendée sous tous les angles. Et sans coutures apparentes. À considérer que tout créateur hors normes possède son chef d’œuvre : le sien fut un champignon hallucinant – le fauteuil Mushroom - devenu iconique. Il a ensuite décliné, surtout dans les années 60, toute une série d’assises, l'incroyable Ribbon, le très élégant ruban flottant Tongue, la langue organique et ludique, sans oublier Orange Slice, Tulip, Butterfly, Pacha Lounge…
Restauré par le Mobilier National, le fumoir de l'Élysée est présenté pour la première fois depuis 1974 - © C. Marson
Un de droite, l’autre de gauche
Mais il serait très injuste de réduire Pierre Paulin à un créateur de sièges d’exception. En ce sens, l’exposition montre une large panoplie de son incroyable capacité à créer des atmosphères, investir des espaces de grande dimension et relever haut la main des défis audacieux de commande publique. Pierre Paulin a ainsi été amené à travailler avec deux présidents de la République : un de droite (Pompidou), et l’autre de gauche (Mitterrand). Grand amateur d’art moderne, le couple Pompidou lui confia l’aménagement de ses appartements élyséens et de pièces de réception. Ainsi naquirent le salon des tableaux, la salle à manger et le fumoir, avec tons beiges, tissu jersey et toiles tendues. Pour François Mitterrand, ce fut son long (2,20 mètres !) et sobre bureau présidentiel laqué de bleu et teinté de rose. Point d’orgue monumental de l’exposition, le fumoir pompidolien, démonté dans les années Giscard, était entreposé depuis au Mobilier national. Restauré avec un éclat magistral, il est montré à Montpellier pour la toute première fois… depuis 1974 !
Avec les bords relevés
Autre pièce époustouflante présente au cœur de cette exposition : le Vidéo Barnum. Pour s’y allonger de tout son long, on y entre avec des sur-chaussures. Encore un projet visionnaire de Pierre Paulin, qu’il n’a hélas pas pu mener à terme de son vivant. C’est son fils Benjamin et son épouse Alice, réunis au sein de l’atelier Paulin Paulin Paulin, qui lui ont donné corps. On part ici des Tapis-Siège de Pierre Paulin aux bords relevés et l’on se retrouve dans une installation cosy qui tient effectivement du barnum circassien et de l’expérience immersive contemporaine. Cette réinterprétation a été réalisée en 2024 pour une installation de l’atelier Brancusi. Nul besoin de décrire le reste, il vous appartient de faire cette visite, aussi à l’aise que dans un fauteuil Paulin.
Le design selon Pierre Paulin est à découvrir du 27 juin au 1er novembre 2026 au musée Fabre, boulevard Bonne Nouvelle, du mardi au dimanche, de 11h à 18h. Entrée générale : 12 euros. Pass Métropole : 9 euros. Plus d’infos : museefabre.fr
Le vidéo Barnum est l'installation principale de cette exposition - ©C. Marson
Quelles ont été les circonstances de votre rencontre avec Pierre Paulin ?
Maïa Paulin : Les premiers temps correspondent au moment où il terminait l’Élysée. Après, il a été complètement exclu de toutes les consultations. Des gens avaient peur, comme la culture était plutôt de gauche, c’était déshonorant puisqu’il avait travaillé avec Pompidou. D’autres le pensaient trop cher. Je me suis trouvée dans les parages. On a commencé car j’avais des contrats dans le début de la francophonie et il a créé des boutiques que l’on a faites sur l’artisanat des pays francophones. Et, en 1975, on a décidé de s’associer pour créer une société et développer une grosse agence de design. On a bien travaillé ensemble. Quant à notre vie tous les deux, elle est devenue une évidence et cela a duré quarante ans.
Quel est votre regard sur cette exposition au musée Fabre ?
Maïa Paulin : Elle est ma fierté car je la trouve assez émouvante. Elle raconte une vie, malgré tout. C’est intéressant de voir qu’il a toujours cherché à se réinventer. Ils ont été nombreux à faire la même chose, mais ce qui le relie à notre histoire des styles, c’est son élégance que les autres n’ont pas. La différence est dans le détail. Vous savez, c’était un emmerdeur absolu. Il y a un siège qui est dans cette exposition où, à un moment donné, l’industriel a dit : « stop on y va, maintenant le moule est fait ». Lui ne voulait pas car il y avait un demi-centimètre qui ne collait pas. Or, c’est ce qui rend un objet pérenne. Mais cette exigence m’a pompé l’air à certains moments. Vous savez, on était capable de faire une gare, de faire les trains, de faire les uniformes et l’identité visuelle de tout. Franchement, il y a peu d’agences qui peuvent se vanter de cela.
Qu’en est-il de l’esprit Pierre Paulin aujourd’hui ?
Maïa Paulin : J’ai valorisé son travail, j’ai continué à le faire connaître. J’ai réussi à faire une exposition qui était très belle à Pompidou (en 2016, au centre Beaubourg à Paris). J’ai aussi la chance d’avoir mon fils et son épouse qui sont en train de développer quelque chose d’absolument passionnant, en connectant des mondes qui ne se seraient pas rencontrés a priori. Ils redonnent une vie dans un autre contexte. Ce ne sont pas des fabricants de meubles. Il y a chez eux une idée sociale de construction. C’est plus amusant.
Maïa Paulin
Créatrice avec son fils Benjamin de l'agence Paulin Paulin Paulin
© C. Marson