
Charlotte Le Bihan - Apprivoiser les lettres
Passionnée et pointilleuse, Charlotte Le Bihan affiche un sourire solaire qui laisse transpirer sa passion. Pourtant la route n’a pas été toute tracée et le chemin pour embrasser son métier est fait de rebondissements et de rencontres de vie.
Parcours de caractère
La Bretonne de 41 ans, arrivée à Montpellier « pour le soleil », il y a une quinzaine d'années est graphiste de formation. Après une licence au sein de l’école d’art privée LISAA à Rennes, puis une Licence professionnelle en graphisme, édition et typographie à Chaumont, et six mois de stage professionnel à Madrid, la jeune femme termine ses études en 2009. Quelques années à travailler en agence de communication lui donnent l’envie de retourner à un travail manuel, à l’image de ses études de pratique de graphisme.
« À la suite d’un tournant marqué par le Covid, j'ai pris une année pour restructurer mon activité d'indépendante et me former à la peinture en lettres », poursuit-elle. Directrice artistique pendant 12 ans, elle assume de nouveau un tournant audacieux : « j'ai eu envie de donner un nouveau souffle à mon métier et j'ai découvert la peinture en lettres à travers Tristan Gesret ». Elle se lance ensuite, pour compléter son parcours, dans une nouvelle formation à l'école de décor française à Bordeaux, puis se rapproche de peintres en lettres pour continuer d’apprendre le métier directement à leur contact. « La première qui m'a ouvert sa porte, c'est The Cheerletter à Lyon. Elle m'a pris sous son aile. » S’en est suivie une pratique assidue, « ce sont des bâtons à la verticale d’une dizaine de centimètres, puis des bâtons à l'horizontale, des demi-cercles, des cercles complets… et on recommence chaque jour ».
Aujourd’hui, officiellement peintre en lettres, la fondatrice du studio Tout Feu Tout Femmecontinue d’explorer ce qui fait la force de toute identité visuelle : le geste, le caractère, le sens. Mue par sa propre voix : « C'est la lettre. C'est une manière de l'apprivoiser, de l'aborder différemment » et un ressenti unique : « on a de la peinture sur les doigts, il y a cette histoire de mélange de la peinture, de trouver les bonnes couleurs, d’obtenir une texture bien spécifique, le palettage et la manière dont on va utiliser notre pinceau, son adhérence. Et puis, on est obligé de ralentir et d’accepter qu’il y aura toujours des éléments qu’on ne va pas maîtriser et qui obligent à une forme de lâcher-prise. La peinture en lettres est idéale pour prendre le temps de prendre le temps. »
© Charlotte Le Bihan
Charlotte Le Bihan - © Fanny Combes
Charlotte Le Bihan et son compagnon, lors de la personnalisation d'une voiture ancienne - © Charlotte Le Bihan
Parfois les projets permettent également de conjuguer art et valeurs, comme ici à l'usine OC'Consigne à Lattes, spécialisée dans le réemploi du verre - © Charlotte Le Bihan
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Charlotte Le Bihan - © Fanny Combes
Charlotte Le Bihan et son compagnon, lors de la personnalisation d'une voiture ancienne - © Charlotte Le Bihan
Parfois les projets permettent également de conjuguer art et valeurs, comme ici à l'usine OC'Consigne à Lattes, spécialisée dans le réemploi du verre - © Charlotte Le Bihan
Un métier rare
« La peinture en lettres est un métier des années 1900, qui a eu son âge d'or dans les années 1950 et qui a disparu en France dans les années 1980-1990 avec l'arrivée des stickers, du vinyle, des enseignes lumineuses. Il y avait un CAP spécifique en France, qui a été supprimé. Il n’y a plus de formations longues dédiées et le métier a progressivement cessé d'exister. Nous sommes maintenant seulement 150 peintres en lettres dans notre pays. » Principalement situés en Bretagne et à Paris, les détenteurs de ce savoir-faire artisanal traditionnel se comptent à Montpellier sur les doigts d’une main.
Une culture du beau et un travail de la singularité qui demeurent également complexes à inculquer. À contre-courant des modes des réseaux sociaux, du mouvement de l’IA et de l’uniformisation des lettres, des couleurs et des matériaux dus aux contraintes des bâtiments de France, le savoir-faire artisanal de la peinture en lettres vise à raconter une histoire. Cette pratique capte une émotion et laisse une trace pérenne, grâce à l’utilisation de peintures à l’huile résistantes. Des décennies d’existence, dont témoignent encore aujourd’hui les rues de certains petits villages qui conservent les traces des années 1950.
Toujours se réinventer
À Montpellier, elle rencontre son binôme devenu partenaire de vie, dont le profil d'imprimeur et « une connexion partagée autour de la lettre » mènent à un nouveau projet. « Je développe depuis un an une nouvelle agence avec mon conjoint Bastien », lance-t-elle**.** Compagnon à qui elle a fait prendre le pinceau pour le former et lui transmettre sa passion, avant d’avoir envie d'éduquer le public montpelliérain.
« Aujourd'hui quand on se balade dans les rues, on est bombardé d'informations textuelles, mais en fait ce sont toujours les mêmes fonds, les mêmes approches. Nous avons la volonté de réinvestir un peu les rues et de leur redonner un peu plus d'authenticité et de couleur, pour oser sortir du lot, affirmer une singularité. Nous avons à Montpellier une bibliothèque de typographies qui est juste incroyable et une richesse de création de caractères. Je pense à la fonderie typographique Lift Type par exemple. »
Que ce soit auprès des commerçants et des restaurateurs pour leurs vitrines ou enseignes, des promoteurs immobiliers ou des architectes pour leur côté prescripteur, des collectivités pour leurs signalétique ou encore des particuliers pour différents usages, la peinture en lettres est autant multicibles qu’elle est multisupports. En effet, elle peut épouser le bois, le béton, la tôle, la carrosserie, la vitre…
Du lancement d’un nom de collectif à la création d’événementiels dédiés, les projets sont nombreux.
« Nous avons vraiment envie de nous démarquer et de faire connaître la peinture en lettres à Montpellier. Elle rapproche les gens », conclut Charlotte Le Bihan.
