
Quand le tatouage répare
Karine Descamps, infirmière, pratique la dermopigmentation réparatrice sur Nadège, une patiente. Installée face à elle, son geste est précis, elle travaille avec minutie sur la peau pour recréer une aréole mammaire après une reconstruction du sein.
« Chaque teinte est adaptée à la carnation des patientes. Je joue sur les ombres, les lumières et les couleurs pour donner l’illusion d’un relief au mamelon. C’est la touche finale d’un long parcours qui restaure l’image de soi », explique-t-elle. La Maison des bonnes fées, une association qui réunit d’anciennes Miss France, a permis de financer cet espace de soins. « On est dans l’hôpital mais un peu en dehors », poursuit-elle.
Tourner la page
Ce jour-là, Nadège est un peu stressée, tout en gardant le sourire. Ce rendez-vous représente bien davantage qu’un acte esthétique. À 40 ans, elle s’est découvert une boule au sein après s’être autopalpée.
S’ensuit un long parcours entre hormonothérapie et chimiothérapie, puis, après une rechute, une ablation du sein. La reconstruction mammaire peut souvent se faire en même temps que l’ablation.
« J’ai fait la reconstruction plus tard, il me fallait du temps, je ne me sentais pas prête. Et puis j’ai eu envie de me retrouver et de pouvoir à nouveau me regarder dans un miroir », raconte-t-elle. « Aujourd’hui, ce tatouage vient clore ce parcours douloureux et enfin tourner la page.»
Derrière cette étape se pose aussi la question des inégalités d’accès à la reconstruction. Marie-Pierre Chauvet, chirurgienne, rappelle que toutes les femmes ne bénéficient pas des mêmes possibilités. « Le Centre Oscar Lambret opère du sein près de 1 000 patientes chaque année et réalise des reconstructions mammaires sans reste à charge. Mais ailleurs, les dépassements d’honoraires peuvent constituer un obstacle pour certaines patientes, parfois obligées de faire un emprunt ou de renoncer. C’est quelque chose qui me désole ! »
Parcours rose
Également à l’initiative de la création du Centre de santé du sein, une unité dédiée dans l’hôpital, la chirurgienne se réjouit de cette ouverture il y a dix ans maintenant où un « parcours rose » est proposé aux patientes : sur la même journée, elles rencontrent tous les professionnels de santé : chirurgien, radiologue, anesthésiste et infirmière. « Ce parcours diminue aussi les délais de prise en charge entre le diagnostic et l’intervention. Les traitements sont de plus en plus individualisés, et pas de traitement lourd pour les femmes qui n’en ont pas besoin. L’objectif est qu’elles retrouvent le plus vite possible leur vie d’avant. »
Et de rappeler aussi que plus le dépistage est précoce, mieux le cancer se soigne.
Par Sabine Duez
. Octobre Rose, mois de sensibilisation au dépistage du cancer du sein : programme sur www.centreoscarlambret.fr
