
Octobre rose : « Devenir patiente partenaire, cela a changé ma vie »
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La lutte contre le cancer du sein n’a rien perdu de son urgence en 2026. Ce cancer le plus fréquent chez les femmes, apparait chez 60 000 nouvelles personnes chaque année en France, alors même que les chiffres du dépistage sont en baisse.
Afin de consolider cet effort, la Ville de Bordeaux se mobilise en contribuant à cette opération nationale. Pendant tout le mois, les portes de Bourgogne, Cailhau et Dijeaux se parent de rose, tout comme le Grand Théâtre.
Le programme d'Octobre rose à Bordeaux (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)
La porte Dijeaux, comme d'autres monuments de Bordeaux, se pare de rose en octobre. © T. Sanson / Ville de Bordeaux
Patiente partenaire, une vocation
Le 7 octobre dernier, le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, son adjointe chargée de la santé notamment, Chantal Bergey, et de nombreux représentants d’institutions et associations partenaires ont pu saluer une femme particulièrement impliquée dans ce combat pour la prévention et le dépistage.
La prévention et le dépistage à Bordeaux (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)
Après avoir affronté un cancer du sein, détecté six ans plus tôt jour pour jour, Valérie Bellamy a surmonté la maladie avant de s’engager concrètement auprès des équipes médicales de l’Institut Bergonié (Centre de Lutte Contre le Cancer -CLCC). En 2023, elle est devenue patiente partenaire afin d’améliorer le quotidien des patientes : « Ce n’est pas ma vie professionnelle qui a changé, c’est ma vie, tout court. »
Valérie Bellamy a reçu la médaille de la Ville pour cet engagement remarquable.
Entretien avec Valérie Bellamy et Chantal Bergey
Valérie Bellamy (à gauche) et Chantal Bergey (à droite), aux côtés du maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, le 7 octobre 2026. © T. Sanson / Ville de Bordeaux
Comment décririez-vous ce métier de patiente partenaire ?
Valérie Bellamy Différentes études et recherches ont documenté le bénéfice de l'apport d'un patient partenaire auprès d'un patient atteint. Cela change beaucoup de choses d’être passée par là. Cela modifie sa vision de la maladie et même de la vie. Nous sommes formés à une approche centrée sur la personne pour pouvoir l'accompagner le mieux possible selon son parcours de vie. Auprès des patientes que j'accompagne, être auprès d'elles, à l'écoute de leurs besoins réels — qui ne sont pas forcément d'ailleurs des sujets médicaux — crée une complémentarité avec mes collègues professionnels de santé.
Pourquoi avoir voulu mettre ce métier naissant en avant à l’occasion d’Octobre rose ?
Chantal Bergey Je suis psychiatre de métier et je coordonne le Centre Régional du Psychotraumatisme Sud Nouvelle-Aquitaine. Dans ce cadre, je m'occupe de femmes victimes de violences sexuelles et/ou conjugales qui ont subi un trouble de stress post-traumatique. Or, j'ai récemment intégré dans mon équipe Marie-Josée, une patiente partenaire. J'ai découvert que Bergonié avait aussi intégré des patients partenaires que nous voulions mettre en valeur.
Les femmes s'occupent de leur santé quand elles se sont occupées de celle de tout le reste de la famille. »
Chantal Bergey, adjointe au maire chargée de la santé
Comment expliquez-vous l'érosion actuelle du dépistage ?
C.B. Cela touche à la question de la santé de la femme. Les femmes s'occupent de leur santé quand elles se sont occupées de celle de tout le reste de la famille. Pourtant, il faudrait y apporter une attention supplémentaire. Ce dépistage, qui est censé être organisé et gratuit de 50 à 74 ans, n'est pas forcément optimal en France. La problématique est celle de l'accès aux soins, de la difficulté de trouver un médecin, du coût de certaines consultations. Il y a aussi des gens, qui ont peur certainement, peur de découvrir quelque chose et qui repoussent le moment de se faire dépister.
V.B. Le dépistage organisé, c'est à partir de 50 ans. Mais il existe aussi des cancers avant 50 ans, cela a été mon cas. Et pour cette tranche de population, c'est un dépistage personnalisé et régulier qui doit être mis en place, à travers notamment l'autopalpation. L’un des messages véhiculés durant ce mois d'octobre est celui-ci : apprenez les manières de s'autopalper pour détecter les signes qui doivent alerter afin de se rendre vers un professionnel de santé, quand bien même on n'a pas encore 50 ans.
Valérie Bellamy a reçu la médaille de la Ville des mains du maire, et en présence de sa famille. © T. Sanson / Ville de Bordeaux
Ces notions de prévention et de dépistage occupent aussi vos missions en tant que salariée de Bergonié ?
V.B. Absolument. Cela occupe une partie de mes missions, notamment avec un dispositif propre à l'Institut Bergonié qui s'appelle le Bergo’Bus, qui sort de l'hôpital et se rend dans différentes communes de Nouvelle-Aquitaine, dans les entreprises, pour passer des messages de prévention.
La Ville doit-elle aussi tenir ce rôle de vigie pour sensibiliser au dépistage ?
C.B. Nous devons le soutenir et le faire passer, mais aussi plus largement comment prendre soin de soi. Qu'est-ce qu'il faut, finalement, que l'on mette de manière un peu régulière dans son calendrier de vie toute l'année ? Un bilan biologique, une prise de sa tension, un contrôle de sa glycémie. Ce sont de petites choses très importantes. Mais une Ville peut permettre de rendre visibles les ressources disponibles sur un territoire pour pouvoir prendre soin de soi au quotidien.
Je ne travaillais pas du tout dans le monde du soin. Je travaillais dans le marketing et la communication, dans la production et la distribution de fleurs coupées. Quoique, avec les fleurs, on soigne aussi ! »
Valérie Bellamy
V.B. Quand on parle de la santé de la femme, on pense aux gynécologues, qui ont généralement entre 6 et 8 mois de délai de rendez-vous. Mais on pense peut-être moins à d'autres professionnels, comme les sage femmes, les médecins-traitants, qui eux aussi peuvent assurer ce suivi-là et qui sont accessibles plus rapidement.
Mme Bellamy, que faisiez-vous auparavant professionnellement, avant de devenir patiente partenaire ?
V.B. Je ne travaillais pas du tout dans le monde du soin. Je travaillais dans le marketing et la communication, dans la production et la distribution de fleurs coupées. Quoique, avec les fleurs, on soigne aussi !
