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Au cimetière de la Chartreuse à Bordeaux, les coulisses d’un lieu vivant

Au cimetière de la Chartreuse à Bordeaux, les coulisses d’un lieu vivant


Sommaire

Dans les allées du cimetière de la Chartreuse (quartier Dupeux), les monuments racontent des histoires, les arbres apportent leur ombre et les agents veillent sur les lieux. Ici, le calme apparent ne signifie pas que rien ne se passe. Il y a les cérémonies, les familles à accompagner, les visiteurs à renseigner, les espaces à entretenir et les imprévus qui rythment les journées.

« On n’a jamais une journée qui ressemble à une autre », résume Estelle Keller, responsable du service des cimetières de la Ville de Bordeaux. Une réalité qui tient autant à la diversité des missions qu’à celle des personnes qui franchissent les grilles. À l’approche de la Toussaint, l’activité s’intensifie.

cimetière chartreuse

Les visiteurs arpentent les allées du cimetière de la Chartreuse à l’occasion de la Toussaint. © L.Timores / Ville de Bordeaux

Rencontre avec Olivier Galoin

Depuis plus de dix ans, Olivier arpente les allées du cimetière de la Chartreuse. Agent d’entretien et de restauration, il en connaît chaque recoin et veille au quotidien à la préservation de ce lieu chargé d’histoire. Après avoir travaillé huit ans à la conservation, il a choisi de rejoindre les équipes chargées de l’entretien du site. Ce poste était l’occasion de quitter son ancien bureau à l’hôtel de ville et de travailler en extérieur.

« J’avais envie de changement et d’être plus dans l’action manuelle », raconte-t-il en souriant. Son quotidien se partage entre les espaces verts, l’entretien des lieux de passage et la restauration de certains monuments. Il intervient sur des sépultures et des éléments patrimoniaux qui participent à l’identité du cimetière, comme ceux de la Faucheuse ou de Flora Tristan.

Agent du cimetiere

Olivier Galoin à l’entrée du cimetière, accueille et renseigne les visiteurs. © L.Timores / Ville de Bordeaux

Au printemps, lorsque les températures deviennent plus clémentes, les équipes s’attaquent notamment à la mousse qui s’installe sur les concessions dont la Ville à l'entretien « C’est quand même assez physique », souligne Olivier. Il faut aussi composer avec les saisons, les feuilles qui tombent, la végétation qui pousse et les besoins des visiteurs. Une journée peut être consacrée à l’entretien d’un espace, puis interrompue par une personne qui cherche son chemin ou souhaite un renseignement.

Car Olivier le sait bien : son métier reste lié au public « ils viennent se recueillir, mais ils ont besoin aussi d’attention, de compassion », explique-t-il. Au cimetière, chaque jour est unique. « C’est très aléatoire, les journées ne se ressemblent pas, le rythme dépend vraiment de l’affluence ». Certains ont envie de discuter, de partager un souvenir ou simplement d’être écoutés quelques instants.

Agent du cimetiere

Les agents assurent l’entretien quotidien des abords des monuments du cimetière. © L.Timores / Ville de Bordeaux

On est aussi là pour les vivants. "

Le fonctionnement du cimetière de la Chartreuse repose sur plusieurs équipes complémentaires. Les agents de conservation sont 17 à être présents sur le site au quotidien. À leurs côtés, 6 agents travaillent au service des fossoyeurs, tandis que l’équipe technique chargée de l’entretien compte 20 agents pour les trois cimetières.

« Les gens sont souvent surpris du nombre d’agents présents dans les cimetières », sourit Christophe Drapeau, responsable du centre travaux, des reprises et ventes de concessions, du fossoyage et de l’entretien des pins francs. Au total, près de 60 personnes arpentent les allées des cimetières tout au long de l’année, assurant son bon fonctionnement et la préservation de ses espaces.

Des métiers essentiels

La Ville de Bordeaux compte trois cimetières municipaux : la Chartreuse, les Pins Francs à Caudéran et celui de Bordeaux-Nord, situé à Bruges. Entretenir un cimetière ne consiste pas seulement à ramasser les feuilles ou à maintenir les allées propres. « C’est un domaine auquel on ne pense pas forcément, mais qui mérite d’exister et qui existera toujours. C’est ça qui est intéressant » affirme Christophe. Les équipes administratives assurent le suivi des concessions et les démarches des usagers.

Les agents de conservation, présents sur les sites, accompagnent les familles, renseignent les visiteurs et veillent au bon déroulement des opérations funéraires. Les fossoyeurs interviennent quant a eux pour les reprises administratives. Enfin, les équipes d’entretien prennent soin des espaces communs et du patrimoine.

Cimetière la chartreuse

Il existe des entreprises spécialisées dans les services d’entretien et de nettoyage des sépultures. © L.Timores / Ville de Boreaux

Un vrai lieu de vie ?

Si les familles restent au cœur de la vie des cimetières, elles ne sont pas les seules à en fréquenter les allées. Certains visiteurs viennent découvrir les monuments, d’autres traversent le site pour rejoindre leur destination, et des promeneurs apprécient simplement le calme et la beauté des lieux.

« Il y a beaucoup de gens qui passent aussi, qui traversent pour rejoindre ailleurs », constate Estelle. Des visites sont également organisées par l’office de tourisme ou par des enseignants qui souhaitent faire découvrir le patrimoine funéraire à leurs élèves.

Le cimetière de la Chartreuse possède de quoi éveiller la curiosité. Ses monuments présentent des formes et des architectures variées, parfois étonnantes. Certains visiteurs viennent spécifiquement découvrir les sépultures de personnalités comme Goya, ou de magnifiques sculptures connues.

Sculpture de la Chartreuse

Réalisée en 1875 par l'architecte Jean Alaux, la statue représente la Mort triomphante. © L.timores / Ville de Boreaux

Des tournages de films et de séries ont déjà eu lieu dans les cimetières bordelais, dont les allées arborées et les monuments offrent un décor singulier. La végétation apporte de l’ombre, participe à la beauté des lieux et contribue à en faire des espaces de fraîcheur, particulièrement appréciables lorsque les températures montent.

Pour Estelle, cette ouverture passe par de nouvelles façons de faire connaître les sites. Au cimetière de Bordeaux Nord, une exposition consacrée aux écureuils a ainsi été installée, accompagnée de visites autour de ces animaux. À la Chartreuse, des nichoirs ont également été mis en place, après l’observation d’une chauve-souris.

Chartreuse-bordeaux

Le 1er novembre, jour de la Toussaint, est traditionnellement consacré au souvenir des proches disparus. © L.Timores / Ville de Bordeaux

Derrière les murs de pierres, le silence n’est donc pas synonyme d’immobilité. Il y a des métiers, des histoires et des monuments qui traversent les générations. Autant de vies qui continuent de se croiser dans ces lieux singuliers du patrimoine bordelais et contribuent à faire évoluer le regard porté sur eux.

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