Circonscription législative
12e circonscription de la Gironde
Tribune : Pour l’adoption d’un moratoire sur les fermes industrielles de saumons
Article Humanite : Pour l’adoption d’un moratoire sur les fermes industrielles de saumons
Depuis quelques mois, de nouveaux projets d’élevages aquacoles industriels d’élevage de saumons voient le jour en France, poussés par des fonds d’investissement étrangers. Ces nouveaux modèles reposent sur une technologie appelée RAS (Recirculating Aquaculture Systems ou Système d’Aquaculture en Recirculation en français) qui consiste à recycler l’eau polluée des bassins pour ensuite la réinjecter via un circuit de nettoyage et de régulation de la température.
Son utilisation dans le cadre d’usines aussi gigantesques (10 000 tonnes de saumons par an annoncé par les industriels) aux densités extrêmes pour les poissons (80kgs voire 92 par mètre carré !) serait une première dans le monde. Selon plusieurs études1ces projets pourraient s’avérer extrêmement énergivores et destructeurs pour l’environnement.
Face à ces inquiétudes sérieuses, des collectifs se constituent pour informer et organiser la contestation citoyenne. C’est notamment grâce à leurs mobilisations qu’un premier projet dans les Côtes-d’Armor a été abandonné en novembre 2024.
Mais en Gironde et dans le Pas-de-Calais, des méga-usines de saumons pourraient voir le jour malgré leur localisation dans des aires marines protégées où des exploitations conchylicoles sont installées. En Gironde, l’infrastructure portée par Pure Salmon serait installée en pleine zone ostréicole, menaçant directement les huîtres, très sensibles à la qualité de l’eau, par la toxicité et la température élevée des rejets.
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Dans le Pas-de-Calais, le projet Local Ocean menacerait, lui, les exploitations mytilicoles, notamment par aggravation du réchauffement des eaux côtières de la Manche, alors qu’il provoque déjà un développement fulgurant des araignées de mer, responsables à elles seules d’une chute de la production de moules de 50 à 80 % sur certaines zones.
Aujourd’hui, la conchyliculture2 regroupe 2 294 entreprises et emploie près de 18 300 personnes en France. Les conchyliculteurs sont essentiels à la vie économique et touristique de nos côtes, il est donc urgent de les protéger et de leur donner des garanties économiques.
C’est dans ces conditions que des parlementaires ont engagé un travail transpartisan et ont déposé une proposition de loi (n° 1136, 18 mars 2025) visant à instaurer un moratoire de 10 ans sur ces nouvelles infrastructures.
Ce texte est signé par plus de 105 députés issus de huit groupes politiques différents, de droite comme de gauche. Madame Éléonore Caroit, actuelle ministre de la Francophonie et des partenariats internationaux, l’avait d’ailleurs signé quand elle était encore parlementaire.
Le 15 avril dernier, la ministre de l’Écologie Monique Barbut a dit clairement, devant sénateurs et députés, son opposition à l’usine Pure Salmon au Verdon-sur-Mer. Et dans une note issue de sa collection Amers du mois d’avril, l’Ifremer a également exprimé ses préoccupations quant à la viabilité de ces fermes-usines.
Il appelle à la prudence face à ces projets industriels dont l’échelle gigantesque présente des risques environnementaux, biologiques, sociaux indéniables, et préconise de prendre le temps d’une expertise réelle.
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Il y a urgence à arrêter ces projets, qui sont de vraies bombes écologiques et économiques à retardement, et à réfléchir au modèle aquacole que nous voulons. Nous pouvons, nous devons agir. La proposition de loi visant à instaurer un moratoire sur les projets de fermes aquacoles de saumons à circuit fermé pourrait être étudiée à l’Assemblée nationale la semaine du 1er juin, si la conférence des présidents du mardi 12 mai prochain le décide.
Nous appelons donc solennellement nos collègues, nos présidents de groupe et nos concitoyens à soutenir la mise à l’ordre du jour de cette proposition.
Rapport de France Agrimer sur la pisciculture en circuit recirculé ↩️︎
Signataires :
Anne Stambach-Terrenoir, députée LFI-NFP de Haute-Garonne
Murielle Lepvraud, députée LFI-NFP des Côtes d’Armor
Mathilde Feld, députée LFI-NFP de Girondde
René Pilato
Loïc Prud’homme, député LFI-NFP de Gironde
Sandrine Le Feur, députée Ensemble pour la République du Finistère
Corinne Vignon, députée Ensemble pour la République de Haute-Garonne
Hubert Ott, député Les Démocrates du Haut-Rhin
Sabine Gervais, députée Les Démocrates de la 1e circonscription de Charente-Maritime
Corentin Le Fur, député Droite Républicaine des Côtes d’Armor
Mickaël Bouloux, député Socialistes et apparentés d’Ille-et-Vilaine
Damien Girard
Benoît Biteau, député Ecologiste et Social de Charente-Maritime
Nicolas Thierry, député Ecologiste et Social de Gironde
Marie Pochon, députée Ecologiste et Social de la Drôme
Boris Tavernier, député Ecologiste et Social du Rhône