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Projet EMME : l’usine classée haut risque en zone inondable

Projet EMME : l’usine classée haut risque en zone inondable

Site en zone inondable, impacts environnementaux majeurs, dépendance à une technologie et des ressources étrangères, ce projet est porté par Electro Mobility Materials Europe (EMME) et prévoit l’implantation d’une usine hydrométallurgique de conversion de nickel et de cobalt sur le terminal portuaire de Grattequina, à Parempuyre-Blanquefort en bord de Garonne.

Un projet industriel à trop haut risque

“Un risque technologique majeur est un événement accidentel survenant sur un site industriel et entraînant des conséquences immédiates graves pour le personnel, les populations avoisinantes, les biens ou l’environnement” définit le Ministère de l’Aménagement du territoire.

L’installation, classée SEVESO seuil haut, vise une production annuelle de 20 000 tonnes de nickel et 3 000 tonnes de cobalt. Le site couvrirait 32 hectares en zone estuarienne, dans un secteur déjà identifié pour sa vulnérabilité aux inondations.

Le coût annoncé du projet atteint 500 millions d’euros, avec un soutien public massif :

  • environ 150 millions d’euros de crédit d’impôt via le dispositif PINM ;
  • promotion officielle dans le cadre de Choose France 2024-2025.

Le décret PINM a été signé le 5 septembre 2025 et publié au Journal officiel le 7 septembre, à la veille de la chute du gouvernement.

L’enquête publique s’est achevée par un avis favorable de la commission d’enquête le 17 février 2026, mais le dossier reste en cours d’instruction à la DREAL Nouvelle-Aquitaine.

À ce jour :

  • aucun chantier n’a débuté ;
  • plusieurs recours juridiques sont engagés ou en préparation ;
  • la Sepanso a saisi le Conseil d’État contre le décret PINM ;
  • des recours visent également le PLUi, le SCoT, l’autorisation environnementale et le permis de construire.

Un déni écologique, démocratique et économique

L’usine SEVESO installée en zone inondable

Le site retenu se situe dans le lit majeur de la Garonne, soumis au Plan de Prévention du Risque Inondation (PPRI), où l’artificialisation est normalement interdite.
Le terrain a été inondé en février 2026. La seule étude hydraulique disponible a été financée par EMME elle-même auprès du cabinet Artelia. Aucune expertise indépendante n’a été produite à ce jour. Le projet prévoit pourtant l’implantation d’une usine chimique classée SEVESO seuil haut à proximité immédiate de la Garonne.

L’avis défavorable du CNPN ignoré

Le Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) a rendu un avis défavorable en octobre 2025.

L’organisme pointe :

  • des inventaires écologiques insuffisants ;
  • des impacts résiduels jugés « forts » sur les espèces protégées ;
  • la présence de l’Élanion blanc ;
  • un habitat potentiel du vison d’Europe, espèce à très fort enjeu de conservation.

Le projet entraînerait la destruction de 14,82 hectares de zones humides au sein d’un réservoir de biodiversité identifié par le SRCE Nouvelle-Aquitaine.
Malgré cet avis défavorable, la procédure administrative se poursuit.

L’approvisionnement industriel incertain

La matière première nécessaire au fonctionnement de l’usine doit provenir principalement du projet Brazilian Nickel, au Brésil.
Or :

  • le partenariat présenté n’est pas contraignant ;
  • la mine n’est pas construite ;
  • les contrats d’approvisionnement ne seraient finalisés qu’en 2027.

EMME reconnaît donc elle-même qu’aucune garantie d’approvisionnement pérenne n’existe au moment même où le projet est présenté comme stratégique.

La dépendance technologique à la Chine

Lors d’une conférence franco-allemande organisée à Paris le 9 avril 2026, Beurrier a indiqué publiquement que le procédé hydrométallurgique utilisé avait été acheté en Chine.

Cette réalité entre directement en contradiction avec le discours officiel de souveraineté industrielle utilisé pour justifier : le label PINM ; les aides publiques ; la communication autour de Choose France.
Le dossier EMME affirme vouloir réduire la dépendance européenne à la Chine, tout en s’appuyant sur une technologie chinoise pour son cœur industriel.

Un projet qui se cumule avec un conflit d’intérêt

Le préfet de Nouvelle-Aquitaine, Étienne Guyot, cumule deux fonctions au cœur du dossier :

  • il supervise l’instruction administrative du DDAE ;
  • il a personnellement soutenu l’obtention du décret PINM auprès du ministre dans un courrier daté du 5 août 2025.

Le décret a été signé un mois plus tard. Cette situation pose donc évidemment la question sur l’impartialité de la procédure. Le Conseil d’État a par ailleurs rappelé en septembre 2025 que le décret PINM ne suffisait pas à établir un intérêt public incontestable et qu’il pouvait donc être contesté devant la justice.

Entre risques industriels, implantation en zone inondable, destruction de zones humides, dépendance technologique étrangère et fragilité des approvisionnements, le projet EMME cristallise aujourd’hui une opposition locale et environnementale importante.

Pour nous, ce dossier symbolise un modèle de réindustrialisation imposé malgré :

  • les alertes environnementales ;
  • les recours en cours ;
  • les réserves scientifiques ;
  • et le rejet exprimé dans les urnes.

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