Accés trains PMR : Le constat d’échec de l’accessibilité ferroviaire
Suite à notre journée de test le 18 juin 2026 à La Réole, le constat est sans appel: les gares du Sud-Gironde restent majoritairement hostiles aux personnes à mobilité réduite (PMR). Malgré la loi de 2005 visant à favoriser l’inclusion et l’insertion sociale des personnes en situation de handicap, la chaîne du déplacement, celle qui doit permettre aux PMR de se déplacer de leur domicile jusqu’à leur point d’arrivée, est brisée à chaque étape.
Une matinée Thierry Grasset, représentant de l’APF France Handicap 33 : la réalité du terrain
Notre visite à la gare de La Réole, en collaboration avec Thierry Grasset, représentant de l’APF France Handicap 33 et vice-président du conseil départemental de la citoyenneté et de l’autonomie (CDCA), a mis en lumière un dysfonctionnement structurel.
Alors que la région Nouvelle-Aquitaine affiche fièrement 107 couverte par le dispositif « Assist’en gare ». La réalité est bien plus sombre. Le dispositif, censé faciliter les déplacements, est méconnu du grand public et sous-utilisé. Pire, il transforme le voyage en une corvée administrative et humaine, loin de la fluidité attendue. En effet, dans la plupart des cas, il ne permet pas de monter dans les trains et propose des trajets en taxi pour les PMR.
Un usager en fauteuil roulant peut emprunter le train pour rejoindre Bordeaux, mais se trouve dans l’impossibilité physique de revenir à La Réole faute d’ascenseur fonctionnel ou de quai adapté. Ainsi, une personne souhaitant rentrer à La Réole doit se rendre à Marmande en train avant de retourner en taxi vers La Réole mais pour cela il faut que la gare soit ouverte alors que les horaires d’ouverture de guichet se réduisent à peau de chagrin.
Cette asymétrie transforme le droit au transport en une contrainte inacceptable. À Cérons, à Beautiran, à Langon et dans d’autres gares rurales, l’absence d’ascenseurs ou de passages souterrains sécurisés rend le trajet impossible. D’une certaine manière, en ruralité les personnes en situation de handicap sont assignés à résidence.
Une communication trompeuse et un dispositif défaillant
Si le matériel roulant s’améliore avec l’arrivée des trains conçus pour être entièrement accessibles (planchers bas, larges portes), l’infrastructure en gare reste le point noir. Les quais trop hauts, l’absence de bandes rugueuses pour les déficients visuels et de signalétique claire pour les déficients auditifs créent des barrières insurmontables.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, seulement 3 000 transports de PMR par le dispositif “assist’en gare” ont été enregistrés dans la région, soit 0,005 % des trajets TER, alors que les personnes en situation de handicap représentent 5,3 % de la population en Gironde.
La loi de 2005, un cadre théorique non appliqué
La loi du 11 février 2005 dispose clairement que « la chaîne du déplacement […] est organisée pour permettre son accessibilité dans sa totalité ». Pourtant, dix ans après l’échéance initiale, puis les report successifs, la réalité du terrain démontre un échec de l’application. La communication de la région, qui semble rassurante, masque une réalité où peu de gares sont réellement accessibles.
Thierry Grasset souligne une injustice fondamentale : le transport à la demande, bien que fonctionnel dans certains cas, constitue un « traitement différencié » qui exclut les personnes en situation de handicap. Il rappelle que l’accessibilité ne concerne pas uniquement les personnes en situation de handicap permanent.
Selon la définition de l’OMS, la mobilité réduite inclut les blessures temporaires (5 % de la population), les personnes âgées (15 %), les femmes enceintes, ou celles se déplaçant avec des bagages lourds. En somme, nous sommes tous potentiellement PMR à un moment de notre vie.
Vers une véritable inclusion : un investissement pour tous
Les investissements nécessaires sont-ils prohibitifs ? Non. La région et la SNCF Réseau ont investi seulement 0,04 % du budget régional dans la mise en accessibilité des gares depuis 2015.
L’accessibilité n’est pas une dépense, c’est un investissement social et écologique. En rendant les gares accessibles, on permet aux personnes de sortir de la dépendance à la voiture, réduisant ainsi la congestion et la pollution. Les 20 milliards envisagés pour des projets comme la LGV seraient bien mieux investis dans la rénovation des lignes du quotidien, des quais et des gares de proximité.
Il est urgent que la Région, SNCF Gares et connexion et l’État alignent leurs actions pour appliquer la loi. La chaîne du déplacement ne peut plus être une chaîne de rupture. Nous devons exiger que l’accessibilité soit une réalité concrète, et non un vœu pieu sur les sites internet.
L’inclusion est une question de dignité et de droit pour toutes et tous.
A lire sur le sujet :
Le Républicain « Prendre le train en situation de handicap : les difficultés persistent dans ces gares de Gironde » (27/06/2026)
SudOuest « Accessibilité des gares en Sud-Gironde : en fauteuil roulant, « depuis La Réole, vous pouvez aller à Bordeaux, mais vous ne pouvez pas revenir » » (28/06/26)