Circonscription législative
12e circonscription de la Gironde
81e anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945
Discours de cérémonie du 8 Mai
M. le Maire, MM les anciens combattants, portes drapeaux, élu.e.s, Mesdames, Messieurs, en vos grades et qualités,
Je vous remercie pour votre présence car le 8 mai commémore la fin d’une guerre, mais aussi de la Shoah et du nazisme.
Et nous sommes les générations futures, celles et ceux auxquels des milliers de résistantes et résistants ont sans doute rêvé pour se donner du courage, pour donner du sens à leur sacrifice.
Alors commémorer, ce n’est pas seulement se souvenir.
C’est aussi comprendre ce que ce souvenir exige de nous. C’est se demander si nous sommes à la hauteur, au quotidien, des rêves qui ont été faits pour nous.
Je vais vous lire la seconde partie d’un poème de Charlotte Delbo, rescapée du camp d’Auschwitz, qui fait parler d’outre-tombe, ceux à qui nous devons tant :
« Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants »
ils sont morts tous. Vous passez et vous buvez aux terrasses ; vous êtes heureux elle vous aime ; mauvaise humeur souci d’argent ; comment comment vous pardonner d’être vivants ? comment comment vous ferez-vous pardonner par ceux-là qui sont morts, pour que vous passiez bien habillés de tous vos muscles, que vous buviez aux terrasses, que vous soyez plus jeunes chaque printemps ? Je vous en supplie, apprenez à marcher et à rire faites quelque chose, parce que ce serait trop bête apprenez un pas, à la fin une danse que tant soient morts quelque chose qui vous justifie et que vous viviez qui vous donne le droit sans rien faire de votre vie. d’être habillés de votre peau de votre poil ;
Ce poème est un appel à la conscience, un appel à mesurer la chance qui est la nôtre, un appel à une réflexion profonde et intime.
Notre vie ne nous appartient pas entièrement, elle est un héritage et nous sommes en dette du courage et du sacrifice de ceux qui nous ont précédés.
Cette dette nous oblige envers les générations futures, mais aussi envers nos frères et sœurs humains d’aujourd’hui.
Cette dette oblige chacun et chacune d’entre nous et elle oblige aussi la France.
Alors faisons des choses qui nous justifient.
Refusons par exemple de détourner les yeux des innombrables conflits qui se déroulent aujourd’hui dans le monde, refusons de nous taire, refusons de réduire l’histoire au passé. Refusons les discours de haine.
Défendons la vérité face aux mensonges. Admettons que la montée des fascismes, qui s’est produite dans les années 30 n’est pas une anomalie, qu’elle est un glissement insidieux qui est en train de se reproduire.
Carignan, comme tant d’autres communes de Gironde et de France, a payé son tribut pendant la Seconde Guerre mondiale. Des familles ont été brisées, des vies ont été emportées par la folie meurtrière d’un régime qui méprisait la liberté et l’humanité.
Aujourd’hui, en leur rendant hommage, nous voulons nous souvenir. Nous voulons donner un sens à leur mort brutale.
Si on ne le combat pas, le fascisme ne meurt jamais vraiment.
Il se recompose, change de visage, mais son venin reste le même : le mépris de l’autre, le culte de la force, le rejet de la différence.
Hier, il portait l’uniforme nazi ou celui de Vichy. Aujourd’hui, au quotidien, il se cache derrière des costumes cravates et des sourires préfabriqués.
Indignons-nous, de façon inconditionnelle, sans relativiser, face aux crimes de masse, face aux génocides, face à la négation de la dignité humaine.
Renouons avec la seule garantie solide de Paix qu’est le droit international. Donnons les moyens à l’Organisation des Nations Unies de retrouver son autorité sans attendre d’avoir à la réinventer sur les ruines d’un nouveau conflit mondial.
Ne participons pas à l’effacement en regardant ailleurs parce-que nous aurions des intérêts à nous taire.
La mémoire et l’Histoire, doivent guider notre compréhension du monde, doivent guider nos actions et nourrir notre engagement pour un progrès réel de l’humanité.
Nous le devons, aux combattants civils et militaires, qu’ils soient morts, rescapés ou blessés, que nous honorons aujourd’hui.
Comme nous y exhorte Charlotte Delbo, faisons quelque chose qui nous justifie.
Méritons le privilège d’être libres, c’est notre responsabilité, engageons-nous pour la Paix. Engageons-nous pour la liberté, l’égalité et la fraternité.
Vive la République, vive la France
Je vous remercie.